La question n’est pas théorique.
Elle force surtout à distinguer ce qui est réalisable immédiatement de ce qui relève d’une vision industrielle et énergétique de long terme.
Pour corser l’exercice, j’ajoute une contrainte essentielle à mes étudiants. Cette souveraineté ne peut se limiter à l’usage d’outils importés, aussi performants soient-ils.
Elle doit inclure la capacité de concevoir ou de maîtriser un modèle de langage qui traduise un algorithme marocain, c’est-à-dire une manière marocaine de penser, de hiérarchiser les priorités et de contextualiser les réponses selon nos réalités économiques, sociales, culturelles et institutionnelles.
Car un algorithme n’est jamais neutre. C’est une méthode de raisonnement. Un modèle de langage n’en est que la traduction à grande échelle, transformée en code, entraînée sur des données et encadrée par des règles.
Dès lors, parler de souveraineté en intelligence artificielle revient à poser une question plus profonde encore : qui décide de la manière dont les problèmes sont formulés et résolus.
Algorithme, code, LLM : clarifier pour décider
Le code informatique traduit cette méthode en instructions exécutables.
Un modèle de langage est un système statistique entraîné sur de très grands volumes de données pour produire des réponses plausibles.
La souveraineté en IA repose sur plusieurs couches indissociables : infrastructure, données, modèles, gouvernance et usages.
Ce que 40 millions d’euros permettent réellement de faire :
Avec un budget compris entre 18 et 26 millions d’euros, il est possible de mettre en place un noyau national de calcul capable de faire fonctionner des modèles de langage en local, avec environ 128 processeurs spécialisés et une puissance électrique de 1 à 2 mégawatts.
Un réseau territorial de compétences peut être déployé avec 4 à 8 processeurs par site, pour un coût compris entre 600 000 et 1,2 million d’euros par site, soit un total de 7 à 14 millions d’euros.
Un budget de gouvernance, représentant 10 à 15 pour cent de l’ensemble, est indispensable pour l’audit, la cybersécurité et la traçabilité.
Ce que 40 millions d’euros ne permettent pas
Coopérer est nécessaire. Se déposséder ne l’est pas.
Pour clore cette étude de cas, l’un des étudiants a formulé une remarque décisive. Un serveur ou un centre de calcul de 500 mégawatts relève d’une tout autre échelle industrielle et ne peut pas être financé par une enveloppe de 40 millions d’euros.
Ce type d’infrastructure suppose des investissements énergétiques et financiers de long terme, distincts d’un budget d’amorçage destiné à poser les bases d’une souveraineté numérique et en intelligence artificielle.
Par Dr Az-Eddine Bennani












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Intelligence artificielle et souveraineté numérique : un choix d’État, pas une option technologique










