Les initiatives récentes autour de l’« IA Made in Morocco » traduisent une évolution notable du discours public.
Mais cette évolution appelle une clarification fondamentale : la souveraineté en matière d’IA ne peut être réduite à une accumulation de projets ou d’équipements. Elle relève d’un choix d’État, engageant la durée, la cohérence et la capacité à arbitrer.
Pendant des années, la souveraineté numérique a été pensée à travers la maîtrise des réseaux, des data centers, du cloud et de la cybersécurité. Ces éléments restent indispensables. Aucun État ne peut prétendre à l’autonomie sans contrôle minimal de ses infrastructures critiques.
Mais l’intelligence artificielle a déplacé le centre de gravité du pouvoir. Le véritable levier de souveraineté ne réside plus uniquement dans l’infrastructure, mais dans les modèles qui transforment les données en décisions.
Un système d’intelligence artificielle n’est jamais neutre.
Dès lors, importer massivement des modèles conçus dans d’autres contextes économiques, culturels et politiques revient à externaliser une partie de la capacité de décision collective.
Ce phénomène est profondément politique.
Il existe une différence majeure entre adopter des solutions d’IA et maîtriser son intelligence artificielle. La maîtrise suppose la capacité à comprendre, gouverner et auditer les modèles, et à préserver une capacité autonome de décision.
C’est dans les services publics que la question devient décisive. Dans ces domaines, l’IA oriente, priorise et filtre. Une IA de confiance exige donc une gouvernance algorithmique explicite et un pilotage stratégique assumé par l’État.
L’intelligence artificielle n’est pas un simple levier de modernisation. Elle est un test de maturité politique. À cette condition, elle peut devenir un levier stratégique de souveraineté et de cohésion.
Par Dr Az-Eddine Bennani












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