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Istiqlal 2026-2031 : et si la prochaine bataille se jouait sur le terrain de la souveraineté stratégique ?

La souveraineté ne se proclame pas, elle se construit


Il fut un temps où la souveraineté se mesurait principalement à la capacité d’un État à protéger ses frontières et à défendre ses intérêts. Aujourd’hui, elle se joue aussi ailleurs : dans nos ressources en eau, notre capacité à produire notre énergie, la solidité de notre tissu productif, notre maîtrise des technologies et notre aptitude à protéger la santé et la sécurité de notre population.



C’est tout le sens du cinquième pilier du programme de l’Istiqlal, consacré à la souveraineté stratégique.

Le choix du terme est particulièrement révélateur. Il ne s’agit plus seulement de penser le développement en termes de croissance ou d’investissement, mais de s’interroger sur une question devenue centrale dans un monde marqué par les crises, les tensions géopolitiques et les ruptures des chaînes d’approvisionnement : que devons-nous absolument être capables de produire, de maîtriser et de protéger nous-mêmes ?

La réponse proposée s’articule autour de quatre priorités : l’eau et l’énergie, le tissu productif, la technologie et la sécurité biologique. Quatre dossiers différents en apparence, mais qui renvoient en réalité à une même ambition : renforcer la capacité du Maroc à décider de son avenir.

L’eau : la première des souverainetés

S’il existe aujourd’hui une ressource autour de laquelle la notion de souveraineté prend tout son sens, c’est bien l’eau.

La question hydrique ne peut plus être considérée comme une problématique strictement environnementale. Elle touche à l’agriculture, à l’industrie, aux villes, à l'emploi et, plus largement, à la sécurité nationale.

Le choix d’en faire un élément central de la souveraineté stratégique apparaît donc particulièrement pertinent.

Mais l’enjeu est désormais de penser l’eau dans une logique encore plus intégrée : mobilisation de nouvelles ressources, dessalement, réutilisation des eaux usées, réduction des pertes dans les réseaux, modernisation de l’irrigation et surtout changement progressif des comportements.

La technologie peut ici devenir un allié majeur. La gestion intelligente des réseaux, la détection des fuites, la prévision des besoins et l’utilisation de données peuvent permettre de passer d’une gestion essentiellement réactive à une véritable politique de pilotage de la ressource.

La souveraineté hydrique ne signifiera donc pas seulement disposer de davantage d’eau. Elle signifiera aussi mieux connaître, mieux gérer et mieux préserver chaque goutte disponible.

L’énergie : produire davantage, dépendre moins

La même logique vaut pour l’énergie.

Les transformations mondiales offrent au Maroc une opportunité considérable. Le pays dispose d’atouts importants dans les énergies renouvelables et peut progressivement consolider sa position dans les nouvelles filières énergétiques.

Mais la souveraineté énergétique ne devrait pas être réduite à la seule production d’électricité verte. Elle pose aussi la question du stockage, des réseaux, de la compétitivité énergétique des entreprises et de la capacité à développer localement les équipements et les compétences nécessaires.

Autrement dit, il ne suffit pas de produire de l’énergie : il faut aussi maîtriser une partie croissante de la chaîne de valeur. C’est probablement l’une des pistes qui mériteraient d’être davantage poussées : transformer l’avantage énergétique du Maroc en avantage industriel, en favorisant l’émergence d’un véritable écosystème national autour des technologies propres.

Un tissu productif plus robuste

La souveraineté passe également par la production.

Les crises récentes ont rappelé une réalité que l’on avait parfois tendance à oublier : un pays peut être économiquement performant tout en restant vulnérable lorsqu’il dépend excessivement de l'extérieur pour des produits stratégiques.

Renforcer le tissu productif marocain constitue donc une priorité qui dépasse largement la seule politique industrielle. L’objectif devrait être de favoriser davantage la production locale dans les secteurs où le Maroc dispose d’un avantage réel ou peut raisonnablement en construire un.

Cela suppose de continuer à soutenir les entreprises marocaines, mais aussi de favoriser leur montée en gamme, leur accès à la technologie, leur financement et leur intégration dans les chaînes de valeur.

Une attention particulière pourrait être accordée aux PME et aux entreprises intermédiaires, qui constituent souvent le maillon permettant de transformer une politique industrielle en emplois, en innovation et en valeur ajoutée locale.

Le véritable enjeu ne serait-il pas, à terme, de passer d’une logique de « produire au Maroc » à une ambition plus large : concevoir, produire, innover et exporter depuis le Maroc ?

La technologie : de consommateur à producteur

C’est sans doute ici que la notion de souveraineté stratégique prend une dimension particulièrement nouvelle.

La technologie n’est plus un secteur parmi d’autres. Elle traverse désormais tous les secteurs : agriculture, santé, industrie, énergie, administration, sécurité et éducation. La question n’est donc plus seulement de savoir comment accélérer la digitalisation du Maroc, mais comment faire émerger une capacité nationale à développer des solutions, des compétences et des technologies.

L'intelligence artificielle, la cybersécurité, les données, les semi-conducteurs, les technologies industrielles ou encore les biotechnologies ouvrent de nouveaux champs. Le Maroc dispose d’une jeunesse capable de se positionner sur ces marchés. Encore faut-il renforcer les passerelles entre universités, centres de recherche, entreprises et investisseurs.

Une stratégie technologique ambitieuse gagnerait ainsi à faire de la recherche et de l’innovation un véritable levier de souveraineté, avec davantage de financement, de valorisation des brevets et d'accompagnement des jeunes entreprises innovantes.

Car la souveraineté numérique de demain se construira moins en achetant des technologies qu'en développant la capacité à en créer.

La sécurité biologique : une leçon des dernières crises

Enfin, l'intégration de la sécurité biologique dans ce pilier témoigne d'une lecture particulièrement actuelle des nouvelles vulnérabilités.

Les dernières crises sanitaires ont montré que la santé publique pouvait rapidement devenir une question économique, sociale et stratégique. Disposer de capacités nationales en matière de recherche, de diagnostic, de production de médicaments et de certains produits sanitaires essentiels constitue donc un élément important de résilience.

Là encore, l'objectif ne devrait pas être de tout produire localement, ce qui serait irréaliste, mais d'identifier les secteurs critiques pour lesquels une dépendance excessive pourrait devenir problématique en période de crise.

Cette approche permettrait de construire une doctrine claire : quelles sont les productions que le Maroc doit absolument maîtriser, quelles sont celles qu'il doit sécuriser et dans quels domaines peut-il continuer à s'appuyer intelligemment sur les partenariats internationaux ?

La souveraineté comme stratégie, pas comme repli

C'est probablement l'un des points essentiels à rappeler, car parler de souveraineté ne signifie pas tourner le dos au monde.

Au contraire, dans un pays aussi ouvert que le Maroc, la souveraineté stratégique doit être conçue comme la capacité à choisir ses partenariats plutôt qu'à les subir, à diversifier ses fournisseurs, à renforcer ses propres compétences et à défendre ses intérêts dans un environnement international de plus en plus compétitif.

Le Maroc n'a pas vocation à tout produire seul. Il a vocation à savoir ce qu'il doit maîtriser, ce qu'il doit sécuriser et ce qu'il peut mutualiser avec ses partenaires. Cette nuance est fondamentale.

Le prochain défi : transformer les ambitions en chaînes de valeur

Le cinquième pilier pose donc une question qui dépasse le cadre électoral : quel Maroc voulons-nous construire face aux incertitudes du monde de demain ?

Un Maroc qui importe les technologies ou un Maroc qui développe progressivement ses propres compétences ?
Un Maroc qui consomme l'énergie ou un Maroc qui transforme son potentiel énergétique en industrie ?
Un Maroc qui gère la pénurie d'eau au coup par coup ou un Maroc qui construit une véritable culture de la gestion de la ressource ?
Un Maroc qui dépend de chaînes d'approvisionnement fragiles ou un Maroc qui dispose d'un tissu productif capable d'absorber les chocs ?

L'ambition de souveraineté stratégique mérite, à ce titre, d'être encouragée et approfondie. La prochaine étape sera sans doute celle de la hiérarchisation : identifier les secteurs véritablement stratégiques, définir des objectifs mesurables, préciser les échéances et surtout créer les passerelles entre l'État, l'entreprise, l'université et la recherche.

Car la souveraineté ne se décrète pas. Elle se construit patiemment, par l'investissement, la connaissance, l'innovation, la production et la formation des compétences.

Et si la véritable bataille des prochaines années n'était finalement pas seulement celle de la croissance, mais celle de notre capacité à rester maîtres de nos choix dans un monde où les ressources, l'énergie, la technologie et la santé deviennent chaque jour davantage des instruments de puissance ?

C'est peut-être là toute la portée de ce cinquième pilier : faire de la souveraineté non pas un slogan, mais une méthode pour préparer le Maroc aux incertitudes de demain.



Jeudi 10 Septembre 2026

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