L'ODJ Média

lodj






Istiqlal 2026 - 2031 : et si la santé mentale devenait enfin une politique publique ?


À l’approche des élections de 2026, les programmes politiques se penchent naturellement sur les grandes préoccupations des Marocain.es. Le pouvoir d’achat, l’emploi, l’école, l’hôpital, la protection sociale ou encore la qualité des services publics occupent une place centrale dans les engagements présentés aux électeurs. Le programme 2026-2031 du Parti de l’Istiqlal ne fait pas exception. Parmi ses cinq grands engagements figure notamment la volonté de renforcer les services publics et de poursuivre la transformation du système de santé. Une ambition nécessaire dans un pays où la question de l’accès aux soins demeure l’une des préoccupations majeures des citoyens. Mais au cœur de cette réflexion sur la santé, une question mérite peut-être d’être davantage mise en lumière : quelle place voulons-nous réellement accorder à la santé mentale dans le Maroc de demain ?



La question n’est pas de reprocher à un programme politique de ne pas pouvoir tout traiter. Un programme électoral est, par définition, un exercice de priorisation. Il fixe des orientations, identifie des urgences et propose une vision. Mais précisément, la santé mentale mérite aujourd’hui de sortir de cette zone grise où elle apparaît parfois comme une composante secondaire de la politique de santé, alors qu’elle traverse, en réalité, une grande partie des problèmes sociaux auxquels le pays est confronté. La souffrance psychique ne commence pas à la porte d’un hôpital psychiatrique et ne se limite pas aux pathologies les plus visibles. Elle peut être liée à la précarité, au chômage, à l’isolement, aux violences, aux difficultés familiales, à l’échec scolaire, aux addictions ou encore aux transformations profondes de nos modes de vie.


Le Maroc lui-même semble avoir engagé une nouvelle réflexion sur cette question. En avril 2025, le ministère de la Santé et de la Protection sociale a annoncé le lancement de l’élaboration d’une stratégie nationale en matière de santé mentale et psychique, dans toutes ses dimensions. Cette initiative constitue une reconnaissance importante : la santé mentale ne peut plus être pensée uniquement à travers la psychiatrie hospitalière ou la gestion des situations les plus graves. Elle suppose une vision globale, qui associe prévention, accès aux soins, ressources humaines, accompagnement des familles et lutte contre la stigmatisation.


C’est précisément là que le débat électoral pourrait apporter sa propre contribution. La santé mentale ne devrait pas seulement être une affaire de spécialistes ou une question renvoyée exclusivement au ministère de la Santé. Elle pourrait devenir une véritable question de politique publique, au croisement de plusieurs domaines.

Comment parler de réussite scolaire sans s’interroger sur le bien-être psychologique des élèves et des étudiants ?
Comment traiter la question du chômage des jeunes sans s’intéresser aux conséquences de la précarité et du sentiment de déclassement ?
Comment évoquer la famille sans prendre en considération les conflits, les violences et les souffrances qui peuvent la traverser ?
Comment construire une politique ambitieuse pour les personnes âgées sans réfléchir à l’isolement et à la perte d’autonomie ?
Et comment parler de travail et de performance sans interroger l’épuisement professionnel et les risques psychosociaux ?


Le programme de l’Istiqlal pourrait ainsi trouver dans cette question un prolongement naturel de plusieurs de ses engagements. La famille, la jeunesse, les services publics et la cohésion sociale ne sont pas des domaines étrangers à la santé mentale. Ils en constituent, au contraire, certains des principaux déterminants. Faire de la santé mentale une priorité transversale permettrait précisément d’éviter de l’enfermer dans une approche uniquement médicale. Car attendre que la souffrance devienne une urgence pour intervenir revient souvent à agir trop tard.


Une première piste pourrait donc être de faire de la prévention un véritable axe politique. Cela suppose de développer des mécanismes de repérage précoce dans les établissements scolaires et universitaires, mais aussi de mieux former les professionnels qui sont quotidiennement en contact avec les enfants et les jeunes. L’objectif ne serait évidemment pas de médicaliser chaque difficulté de la vie, mais de pouvoir identifier plus tôt les situations de détresse et d’orienter les personnes concernées vers un accompagnement adapté. Entre le silence et l’hospitalisation, il existe tout un espace de prévention que la politique publique doit apprendre à investir.


La question de l’accès aux soins mérite également une attention particulière. Parler de santé mentale ne peut se limiter à appeler les citoyens à « consulter » lorsque l’offre reste inégalement répartie et que les ressources humaines spécialisées constituent un défi majeur. Le renforcement des services publics de santé, défendu dans le programme de l’Istiqlal, pourrait donc intégrer plus explicitement la santé mentale dans le développement de l’offre territoriale. Un citoyen confronté à une souffrance psychique ne devrait pas être obligé de parcourir de longues distances ou de supporter seul le coût d’une prise en charge privée pour trouver une aide adaptée. Le renforcement des ressources humaines spécialisées et l’intégration progressive de la santé mentale dans les parcours de soins de proximité pourraient constituer des objectifs politiques concrets. Le gouvernement lui-même a reconnu l’importance de cette dimension en lançant l’élaboration d’une stratégie nationale globale.

Il faudrait également interroger notre rapport collectif à la souffrance psychique. La santé mentale reste entourée de nombreux préjugés. On parle plus facilement d’une maladie physique que d’une dépression, d’un trouble anxieux ou d’un épuisement psychologique. Certaines personnes hésitent encore à consulter par peur du regard des autres, tandis que les familles elles-mêmes peuvent parfois se retrouver démunies face à une situation qu’elles ne comprennent pas. Une politique ambitieuse devrait donc intégrer une dimension essentielle : la déstigmatisation. Informer, sensibiliser et permettre aux citoyens de parler de santé mentale sans être immédiatement réduits à une étiquette constituent aussi des enjeux de santé publique.


Mais peut-être faudrait-il aller encore plus loin et changer notre manière même de mesurer l’efficacité de l’action publique. Nous avons l’habitude d’évaluer les politiques à travers le nombre d’hôpitaux construits, de médecins recrutés ou de bénéficiaires couverts. Ces indicateurs sont indispensables. Mais une société peut-elle réellement se considérer en bonne santé si une partie de ses citoyens vit dans l’isolement, l’épuisement ou une détresse psychologique sans trouver d’écoute ni d’accompagnement ? La santé mentale pourrait progressivement devenir l’un des indicateurs de la qualité de notre État social.


Il ne s’agit pas de demander aux partis politiques de promettre une société sans souffrance. Aucune politique publique ne pourra éliminer les difficultés humaines, les deuils, les échecs ou les crises personnelles. Mais l’action publique peut faire une différence considérable dans la manière dont une société accompagne ceux qui traversent ces moments. Elle peut prévenir plutôt que réparer. Écouter avant que la situation ne devienne une urgence. Rapprocher les soins de ceux qui en ont besoin. Et surtout reconnaître que demander de l’aide pour sa santé mentale ne constitue ni une faiblesse ni une marginalité.


À quelques jours du scrutin, les électeurs seront invités à comparer des programmes, des promesses et des visions pour les cinq prochaines années. La santé, naturellement, y occupera une place importante. Mais peut-être est-il temps d’élargir la question que nous posons habituellement : de quel système de santé avons-nous besoin ? Un système qui soigne uniquement le corps lorsque la maladie apparaît, ou un système capable de prendre en considération l’être humain dans toute sa complexité ?


Faire de la santé mentale une véritable politique publique ne signifie pas créer un slogan supplémentaire dans un programme électoral. Cela signifie fixer des objectifs, prévoir des moyens, former des professionnels, développer la prévention et rendre l’accompagnement accessible sur l’ensemble du territoire. Pour un parti comme l’Istiqlal, qui place le renforcement des services publics et la cohésion sociale au cœur de son projet, cette question pourrait constituer non pas une rupture avec ses engagements, mais au contraire un approfondissement de leur ambition.


Car au fond, il y a peut-être une promesse que tous les programmes politiques devraient pouvoir formuler : celle d’un pays qui ne demande pas seulement à ses citoyens de travailler, de produire et d’avancer, mais qui se préoccupe aussi de la manière dont ils vont.

En 2026, la santé mentale ne devrait plus être la parenthèse silencieuse de la politique de santé. Elle mérite de devenir l’une des questions auxquelles la politique accepte enfin de répondre.




Dimanche 13 Septembre 2026


Dans la même rubrique :
< >

Billet | Billet 2026 | Chroniqueurs invités | Experts invités | Deep Think | Quartier libre | Chroniques Vidéo | Replay vidéo & podcast outdoor | Documentaires IA


Bannière Réseaux Sociaux

Par ordre alphabétique : 

Abdallah Benzekri  (Fr)
Abdelaziz Koukas (Fr) & Abdelaziz Koukas  (Ar)
Abdelfettah Essadiki (Ar)
Abdelghani El Arrasse  (Fr)
Abdeslam Seddiki  (Fr) & Abdeslam Seddiki (Ar)
Abdessamad Alhyan  (Fr) & Abdessamad Alhyan (Ar) 
Adel Ghallab  (Fr) 
Adil Benhamza   (Fr) & Adil Benhamza (Ar) 
Adnan Debbarh (Fr) 
Ali Bouallou (Fr) & Ali Bouallou (Ar) 
Ali Tounsi (Ar)
Anissa Mekouar Senhadji (Fr) 
Ayoub Mechmoum (Ar)
Aziz Boucetta (Fr) & Aziz Boucetta (Ar)
Aziz Daouda (Fr) & Aziz Daouda (Ar) 
Aziz Rabbah (Fr) & Aziz Rabbah (Ar)
Aziza Benkirane (Fr) & Aziza Benkirane (Ar)
Badr Ben Allach (Ar)
Bargach Larbi (Fr)
Badreddine Aitlekhoui (Ar) 
Dr Anwar Cherkaoui (Fr) & Dr Anwar Cherkaoui (Ar) 
Dr Az-Eddine Bennani (Fr) 
Dr Hassan Bennani (Fr) 
Dr Idriss Qorich (Ar)
Dr Khalid Fathi (Fr) & ​ Dr Khalid Fathi (Ar)
Dr Mustapha Belaouni (Ar)
Dr Zakaria Benomar Farès (Fr) 
El Montacir Bensaid (Fr) & El Montacir Bensaid (Ar)
Fawzia Talout Meknassi (Fr) 
Hassan Abdelkhalek (Fr) & Hassan Abdelkhalek (Ar) 
Hicham El Aadnani (Fr) & Hicham El Aadnani (Ar)
Lahcen Haddad (Fr) & Lahcen Haddad (Ar) 
Marwane El Bouzdaini (Fr) 
Mohamed El Ouardi (Fr) & Mohamed El Ouardi (Ar)
Mohamed Yasser Mouline (Fr) & Mohamed Yasser Mouline (Ar)



Mustapha Sehimi  (Fr) & Mustapha Sehimi (Ar)
Naïm Kamal (Fr) & Naïm Kamal (Ar) 
Najib Mikou (Fr) & Najib Mikou (Ar)
Omar Hasnaoui (Fr) 
Saâd Faouzi (Fr) 
Rachid Boufous (Fr) & Rachid Boufous (Ar) 
Saïd Temsamani (Fr) & Saïd Temsamani  (Ar)
Souad Mekkaoui (Fr) 
Taoufiq Boudchiche (Fr) & Taoufiq Boudchiche (Ar)
Yasser Derkouli (Fr) 
Younes Amimi (Ar)
Zakaria Berala  (Fr)


Bannière Lodj DJ

Avertissement : Les textes publiés sous l’appellation « Quartier libre » ou « Chroniqueurs invités » ou “Coup de cœur” ou "Communiqué de presse" doivent être conformes à toutes les exigences mentionnées ci-dessous.

1-L’objectif de l’ODJ est de d’offrir un espace d’expression libre aux internautes en général et des confrères invités (avec leurs accords) sur des sujets de leur choix, pourvu que les textes présentés soient conformes à la charte de l’ODJ.

2-Cet espace est modéré  par les membres de la rédaction de lodj.ma, qui conjointement assureront la publication des tribunes et leur conformité à la charte de l’ODJ

3-L’ensemble des écrits publiés dans cette rubrique relève de l’entière responsabilité de leur(s) auteur(s).la rédaction de lodj.ma ne saurait être tenue responsable du contenu de ces tribunes.

4-Nous n’accepterons pas de publier des propos ayant un contenu diffamatoire, menaçant, abusif, obscène, ou tout autre contenu qui pourrait transgresser la loi.

5-Tout propos raciste, sexiste, ou portant atteinte à quelqu’un à cause de sa religion, son origine, son genre ou son orientation sexuelle ne sera pas retenu pour publication et sera refusé.

Toute forme de plagiat est également à proscrire.

 


Par ordre alphabétique : 

Abdallah Benzekri  (Fr)
Abdelaziz Koukas (Fr) & Abdelaziz Koukas  (Ar)
Abdelfettah Essadiki (Ar)
Abdelghani El Arrasse  (Fr)
Abdeslam Seddiki  (Fr) & Abdeslam Seddiki (Ar)
Abdessamad Alhyan  (Fr) & Abdessamad Alhyan (Ar) 
Adel Ghallab  (Fr) 
Adil Benhamza   (Fr) & Adil Benhamza (Ar) 
Adnan Debbarh (Fr) 
Ali Bouallou (Fr) & Ali Bouallou (Ar) 
Ali Tounsi (Ar)
Anissa Mekouar Senhadji (Fr) 
Ayoub Mechmoum (Ar)
Aziz Boucetta (Fr) & Aziz Boucetta (Ar)
Aziz Daouda (Fr) & Aziz Daouda (Ar) 
Aziz Rabbah (Fr) & Aziz Rabbah (Ar)
Aziza Benkirane (Fr) & Aziza Benkirane (Ar)
Badr Ben Allach (Ar)
Bargach Larbi (Fr)
Badreddine Aitlekhoui (Ar) 
Dr Anwar Cherkaoui (Fr) & Dr Anwar Cherkaoui (Ar) 
Dr Az-Eddine Bennani (Fr) 
Dr Hassan Bennani (Fr) 
Dr Idriss Qorich (Ar)
Dr Khalid Fathi (Fr) & ​ Dr Khalid Fathi (Ar)
Dr Mustapha Belaouni (Ar)
Dr Zakaria Benomar Farès (Fr) 
El Montacir Bensaid (Fr) & El Montacir Bensaid (Ar)
Fawzia Talout Meknassi (Fr) 
Hassan Abdelkhalek (Fr) & Hassan Abdelkhalek (Ar) 
Hicham El Aadnani (Fr) & Hicham El Aadnani (Ar)
Lahcen Haddad (Fr) & Lahcen Haddad (Ar) 
Marwane El Bouzdaini (Fr) 
Mohamed El Ouardi (Fr) & Mohamed El Ouardi (Ar)
Mohamed Yasser Mouline (Fr) & Mohamed Yasser Mouline (Ar)
Mustapha Sehimi  (Fr) & Mustapha Sehimi (Ar)
Naïm Kamal (Fr) & Naïm Kamal (Ar) 
Najib Mikou (Fr) & Najib Mikou (Ar)
Omar Hasnaoui (Fr) 
Saâd Faouzi (Fr) 
Rachid Boufous (Fr) & Rachid Boufous (Ar) 
Saïd Temsamani (Fr) & Saïd Temsamani  (Ar)
Souad Mekkaoui (Fr) 
Taoufiq Boudchiche (Fr) & Taoufiq Boudchiche (Ar)
Yasser Derkouli (Fr) 
Younes Amimi (Ar)
Zakaria Berala  (Fr)






LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html



Agenda Culturel







Vos contributions
LODJ Vidéo