L'ODJ Média

lodj






Je veux ma plaques d’immatriculation estampillé 1-ب pour ma voiture !


À force d’observer les files interminables, les mœurs administratives kafkaïennes et les cauchemars bureaucratiques autour des services de la mise en circulation, il fallait bien qu’un jour quelqu’un pose LA question :

Joke : Pourquoi ne pas légaliser directement le business illégal des plaques d’immatriculation "Rabat" ?
Oui, vous avez bien lu. Après tout, à quoi bon se battre contre la nature humaine quand on peut en tirer profit… à la source ?



La plaque “Rabat_1-ب ” : ce petit bijou d'un pseudo préstige

On ne va pas se mentir. Dans l’imaginaire collectif marocain, avoir une voiture immatriculée à Rabat, c’est un peu comme porter une Rolex dans les quartiers populaires : ça inspire un respect immédiat. Ce bout de métal blanc et noir, estampillé 1-ب, agit comme un passe-droit psychologique auprès de la maréchaussée. 

À force de les voir passer sans encombre, on se demande si les voitures immatriculées “1-A” ne bénéficient pas d’un label d’immunité routière. Même les motards de la gendarmerie, pourtant prompts à lever le bras à la vue d’un 45-B ou d’un 13-A, hésitent. On les entend presque chuchoter à leur collègue à l’oreillette :  « Ah non… celle-là, elle est peut-être trop bien placée. Laisse passer. »

Une phrase qui en dit long sur l’inégalité symbolique qui gangrène encore les routes marocaines. Car pendant qu’on laisse filer les Rabat-plates, les matricules de Tétouan, d’Oujda, de Nador historiquement classés “suspects” ou “clandéstinos par défaut” continuent à servir de cibles privilégiées pour contrôles “préventifs”. Le réflexe reste tenace : la plaque de l’Est ou du Rif = arrestation en règle, fouille approfondie, soupçon automatique.

Cette malheuse culture routière , héritée d’une époque où la confiance administrative dépendait de la distance avec la Capitale, continue de sévir. Et l’État ? Il ne la corrige pas. Il l’institutionnalise. Pire : il laisse des réseaux mafieux profiter de cette inégalité symbolique pour vendre l’adresse de Rabat comme un passeport social routier.

Car derrière la fraude des faux certificats de résidence, récemment révélée par un scandale impliquant certains agents administratifs véreux, se cache une question bien plus gênante : l’administration fabrique-t-elle , elle-même, un prestige fictif autour de certaines plaques.

Le mythe a la peau dure, et tout le monde y croit presque : les voitures de Rabat sont plus propres, les PV plus doux, les contrôles plus tolérants, et les amendes plus rares. Alors évidemment, la demande monte. Et qui dit demande, dit offre. Et qui dit offre illégale, dit réseau mafieux administratif.

C’est donc dans cette douce ambiance que quatre agents administratifs zélés ont décidé de répondre à une mission patriotique : fournir des faux certificats de domiciliation à ceux qui, bien que résidant à Fqih Bensalah, Safi ou Sidi Slimane, rêvaient d’avoir leur voiture officiellement liée à la capitale.

En toute logique, les fonctionnaires n’ont fait qu’externaliser un service public en rade : rapide, flexible, sans prise de tête, avec une touche de baksheesh. Et soyons clairs : ils l’ont bien fait. Professionnels, efficaces, discrets... jusqu’à ce qu’on les prenne la main dans le sac, ou plutôt, le certificat dans la poche.

L’opération de démantèlement orchestrée par la police judiciaire et la DGST (quand même) a mené à la découverte d’un réseau bien huilé : des faux certificats, des fausses cartes grises, et même des reçus de dépôt en bonne et due forme. L’un des agents a même été arrêté devant un centre d’immatriculation avec huit cartes grises et un sourire de vendeur de rêves.

Les peines tombent : 8 mois pour l’un, 6 pour l’autre, 4 mois pour les moins performants. On leur reproche d’avoir porté atteinte à l’intégrité du système national d’immatriculation. Sérieusement ? Ce système avait encore une intégrité ?

Voici donc l’idée du siècle, et elle est gratuite et évidemment farfelue : que l’État lance une startup publique dédiée à la “location de domiciliation de prestige”. Appelez-la "PlaqaTech", ou "Minia Premium". Objectif : offrir aux Marocains le droit d’acheter, légalement et avec facture, une plaque de Rabat. Et pour les plus exigeants, un pack “Rabat +” avec autocollant “Fonctionnaire parlementaire” ou “Conseiller au Ministère de l’Intérieur”.

Pourquoi pas ? Cela créerait de l’emploi, renforcerait les recettes de l’État, et surtout, permettrait de réguler un marché qui existe déjà. Comme le disait Milton Friedman (ou était-ce un douanier marocain ?) : "Quand une activité illégale devient structurelle, il faut l’intégrer".

Mais au fond, cette affaire dit bien plus qu’elle n’en a l’air. Elle parle de notre obsession du paraître, de cette société marocaine où la valeur d’une voiture n’est pas dans sa motorisation, mais dans le code de la ville qui l’a vue naître administrativement.

Rabat n’est pas seulement une capitale : c’est un label social, une carte VIP, un fantasme de distinction. Et ceux qui ne peuvent pas s’y inscrire officiellement sont prêts à frauder pour y exister symboliquement.

C’est aussi un miroir de notre hypocrisie collective : on condamne les faussaires, mais on leur passe commande. On réprime, mais on inspire la demande. Tout le monde sait, tout le monde se tait… jusqu’à ce qu’un lampiste se fasse pincer.

👏 Bravo la justice… et maintenant ?

La justice a fait son travail, les policiers aussi. Mais à l’échelle du problème, ces condamnations ressemblent à un pansement sur une fracture ouverte. Le vrai chantier, ce n’est pas de punir les petits intermédiaires, mais de remettre du sens, de la transparence et de l’égalité dans l’accès aux services publics.

Tant que les citoyens percevront les services de Rabat comme plus rapides, plus fiables, mieux traités, ils continueront à tricher pour en faire partie. L’administration crée la frustration, et certains agents corrompus n’en sont que le symptôme.

Et si on arrêtait de faire semblant, c'est mieux ?

À force de vouloir des plaques de Rabat, c’est le Maroc entier qui veut être un peu plus Rabatien. Un peu plus proche du centre, du pouvoir, de l’image flatteuse. Mais cette centralisation symbolique est aussi une violence. Une violence envers ceux qu’on laisse à la périphérie, loin de tout même des illusions.

Alors oui, on peut rire. On peut écrire un édito sarcastique. Mais la vérité, c’est que tant qu’on ne réforme pas l’idée même d’égalité territoriale, la fraude sera toujours une voie parallèle pour atteindre un centre qui exclut.

 
Et vous ? Quelle serait votre prochaine idée de startup légalisée à partir d’un business illégal déjà bien implanté ?

plaques d’immatriculation, Rabat, fraude administrative, faux certificats, gendarmerie, corruption Maroc, satire politique, centralisation, justice sociale




Jeudi 31 Juillet 2025

Billet | Billet 2026 | Chroniqueurs invités | Experts invités | Deep Think | Quartier libre | Chroniques Vidéo | Replay vidéo & podcast outdoor | Documentaires IA


Bannière Réseaux Sociaux

Par ordre alphabétique : 

Abdallah Benzekri  (Fr)
Abdelaziz Koukas (Fr) & Abdelaziz Koukas  (Ar)
Abdelfettah Essadiki (Ar)
Abdelghani El Arrasse  (Fr)
Abdeslam Seddiki  (Fr) & Abdeslam Seddiki (Ar)
Abdessamad Alhyan  (Fr) & Abdessamad Alhyan (Ar) 
Adel Ghallab  (Fr) 
Adil Benhamza   (Fr) & Adil Benhamza (Ar) 
Adnan Debbarh (Fr) 
Ali Bouallou (Fr) & Ali Bouallou (Ar) 
Ali Tounsi (Ar)
Anissa Mekouar Senhadji (Fr) 
Ayoub Mechmoum (Ar)
Aziz Boucetta (Fr) & Aziz Boucetta (Ar)
Aziz Daouda (Fr) & Aziz Daouda (Ar) 
Aziz Rabbah (Fr) & Aziz Rabbah (Ar)
Aziza Benkirane (Fr) & Aziza Benkirane (Ar)
Badr Ben Allach (Ar)
Bargach Larbi (Fr)
Badreddine Aitlekhoui (Ar) 
Dr Anwar Cherkaoui (Fr) & Dr Anwar Cherkaoui (Ar) 
Dr Az-Eddine Bennani (Fr) 
Dr Hassan Bennani (Fr) 
Dr Idriss Qorich (Ar)
Dr Khalid Fathi (Fr) & ​ Dr Khalid Fathi (Ar)
Dr Mustapha Belaouni (Ar)
Dr Zakaria Benomar Farès (Fr) 
El Montacir Bensaid (Fr) & El Montacir Bensaid (Ar)
Fawzia Talout Meknassi (Fr) 
Hassan Abdelkhalek (Fr) & Hassan Abdelkhalek (Ar) 
Hicham El Aadnani (Fr) & Hicham El Aadnani (Ar)
Lahcen Haddad (Fr) & Lahcen Haddad (Ar) 
Marwane El Bouzdaini (Fr) 
Mohamed El Ouardi (Fr) & Mohamed El Ouardi (Ar)
Mohamed Yasser Mouline (Fr) & Mohamed Yasser Mouline (Ar)



Mustapha Sehimi  (Fr) & Mustapha Sehimi (Ar)
Naïm Kamal (Fr) & Naïm Kamal (Ar) 
Najib Mikou (Fr) & Najib Mikou (Ar)
Omar Hasnaoui (Fr) 
Saâd Faouzi (Fr) 
Rachid Boufous (Fr) & Rachid Boufous (Ar) 
Saïd Temsamani (Fr) & Saïd Temsamani  (Ar)
Souad Mekkaoui (Fr) 
Taoufiq Boudchiche (Fr) & Taoufiq Boudchiche (Ar)
Yasser Derkouli (Fr) 
Younes Amimi (Ar)
Zakaria Berala  (Fr)


Bannière Lodj DJ

Avertissement : Les textes publiés sous l’appellation « Quartier libre » ou « Chroniqueurs invités » ou “Coup de cœur” ou "Communiqué de presse" doivent être conformes à toutes les exigences mentionnées ci-dessous.

1-L’objectif de l’ODJ est de d’offrir un espace d’expression libre aux internautes en général et des confrères invités (avec leurs accords) sur des sujets de leur choix, pourvu que les textes présentés soient conformes à la charte de l’ODJ.

2-Cet espace est modéré  par les membres de la rédaction de lodj.ma, qui conjointement assureront la publication des tribunes et leur conformité à la charte de l’ODJ

3-L’ensemble des écrits publiés dans cette rubrique relève de l’entière responsabilité de leur(s) auteur(s).la rédaction de lodj.ma ne saurait être tenue responsable du contenu de ces tribunes.

4-Nous n’accepterons pas de publier des propos ayant un contenu diffamatoire, menaçant, abusif, obscène, ou tout autre contenu qui pourrait transgresser la loi.

5-Tout propos raciste, sexiste, ou portant atteinte à quelqu’un à cause de sa religion, son origine, son genre ou son orientation sexuelle ne sera pas retenu pour publication et sera refusé.

Toute forme de plagiat est également à proscrire.

 


Par ordre alphabétique : 

Abdallah Benzekri  (Fr)
Abdelaziz Koukas (Fr) & Abdelaziz Koukas  (Ar)
Abdelfettah Essadiki (Ar)
Abdelghani El Arrasse  (Fr)
Abdeslam Seddiki  (Fr) & Abdeslam Seddiki (Ar)
Abdessamad Alhyan  (Fr) & Abdessamad Alhyan (Ar) 
Adel Ghallab  (Fr) 
Adil Benhamza   (Fr) & Adil Benhamza (Ar) 
Adnan Debbarh (Fr) 
Ali Bouallou (Fr) & Ali Bouallou (Ar) 
Ali Tounsi (Ar)
Anissa Mekouar Senhadji (Fr) 
Ayoub Mechmoum (Ar)
Aziz Boucetta (Fr) & Aziz Boucetta (Ar)
Aziz Daouda (Fr) & Aziz Daouda (Ar) 
Aziz Rabbah (Fr) & Aziz Rabbah (Ar)
Aziza Benkirane (Fr) & Aziza Benkirane (Ar)
Badr Ben Allach (Ar)
Bargach Larbi (Fr)
Badreddine Aitlekhoui (Ar) 
Dr Anwar Cherkaoui (Fr) & Dr Anwar Cherkaoui (Ar) 
Dr Az-Eddine Bennani (Fr) 
Dr Hassan Bennani (Fr) 
Dr Idriss Qorich (Ar)
Dr Khalid Fathi (Fr) & ​ Dr Khalid Fathi (Ar)
Dr Mustapha Belaouni (Ar)
Dr Zakaria Benomar Farès (Fr) 
El Montacir Bensaid (Fr) & El Montacir Bensaid (Ar)
Fawzia Talout Meknassi (Fr) 
Hassan Abdelkhalek (Fr) & Hassan Abdelkhalek (Ar) 
Hicham El Aadnani (Fr) & Hicham El Aadnani (Ar)
Lahcen Haddad (Fr) & Lahcen Haddad (Ar) 
Marwane El Bouzdaini (Fr) 
Mohamed El Ouardi (Fr) & Mohamed El Ouardi (Ar)
Mohamed Yasser Mouline (Fr) & Mohamed Yasser Mouline (Ar)
Mustapha Sehimi  (Fr) & Mustapha Sehimi (Ar)
Naïm Kamal (Fr) & Naïm Kamal (Ar) 
Najib Mikou (Fr) & Najib Mikou (Ar)
Omar Hasnaoui (Fr) 
Saâd Faouzi (Fr) 
Rachid Boufous (Fr) & Rachid Boufous (Ar) 
Saïd Temsamani (Fr) & Saïd Temsamani  (Ar)
Souad Mekkaoui (Fr) 
Taoufiq Boudchiche (Fr) & Taoufiq Boudchiche (Ar)
Yasser Derkouli (Fr) 
Younes Amimi (Ar)
Zakaria Berala  (Fr)






LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html

















Vos contributions
LODJ Vidéo