Le programme "100 000 talents numériques"
Pendant longtemps, une politique de l’emploi consistait principalement à essayer de faire coïncider une personne disponible avec un poste disponible sur le territoire national. Le numérique bouleverse progressivement cette géographie. Un développeur installé à Oujda peut travailler pour une entreprise européenne. Une graphiste à Agadir peut vendre ses prestations à un client canadien. Un spécialiste du marketing numérique à Fès peut intégrer une équipe dont les membres se trouvent sur plusieurs continents.
L’emploi devient ainsi, pour certaines professions, exportable sans que le travailleur ait besoin d’émigrer. Pour un pays comme le Maroc, cette transformation représente potentiellement une opportunité considérable. Le Royaume dispose d’une population jeune, d’une proximité géographique et culturelle avec l’Europe, d’une pratique importante du français et d’une présence croissante de l’anglais chez les nouvelles générations. À cela s’ajoutent des infrastructures numériques qui permettent désormais d’imaginer une autre forme d’exportation : non plus seulement celle de produits industriels ou de services délocalisés dans de grandes plateformes, mais celle de compétences individuelles.
Former 100 000 talents numériques pourrait donc devenir bien davantage qu’un programme de formation. Encore faut-il former aux bons métiers. Car le risque serait de produire massivement des profils correspondant aux besoins numériques d’hier alors que l’intelligence artificielle transforme déjà le développement informatique, le graphisme, la traduction, la création de contenus et certaines fonctions administratives.
C’est probablement là que le programme devra être précisé. Quelles compétences seront enseignées ? Quel niveau d’anglais sera recherché ? Quelle place pour l’IA, la cybersécurité, les données ou le cloud ? Comment certifier les compétences ? Et comment accompagner les jeunes dans l’accès effectif aux marchés internationaux ?
La formation seule ne suffira pas. Il faudra également penser paiement international, statut du freelance, protection sociale, fiscalité, plateformes d’intermédiation et accès à des clients étrangers. Mais l’intuition mérite d’être prise au sérieux.
Le Maroc cherche depuis des années à attirer les emplois internationaux sur son territoire. Le numérique permet désormais d'imaginer le mouvement inverse : connecter directement une partie de la jeunesse marocaine au marché mondial du travail. Après le « Made in Morocco », une nouvelle ambition pourrait ainsi émerger : faire du « Worked from Morocco » une véritable politique nationale de l’emploi.












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