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La crédibilité du politique et les élus du sondage


60 % des Marocains n’accorderaient pas crédit aux formations politiques. Ils seraient également 84 % à faire la distinction entre politique et religion. Ce sont les résultats qui ont le plus attiré l’attention, suite à la publication d’un sondage relatif aux prochaines élections. Les non-dits d’un sondage en disent souvent plus long que ce qu’il annonce.



Marocain, ta voix compte
Marocain, ta voix compte
Six questions ont été posées à 875 Marocains en âge de voter. Elles ont porté sur la crédibilité qu'ils accordent aux partis politiques, leur degré de connaissance des programmes de ces derniers, l’importance du facteur religieux dans leur choix, leur estimation de l’influence de l’argent dans le processus électoral, de la liste des jeunes et une hiérarchisation des priorités.

Le sondage a été réalisé par l’Institut des études sociales et médiatiques, du 23 au 29 du mois écoulé. La première remarque qui vient à l’esprit est la taille de l’échantillon. 875 personnes, sur les 15,3 millions d’inscrits sur les listes électorales, c’est plutôt mince.

95 % des avis collectés l’ont été, par ailleurs, via Facebook et par mail. Les électeurs non connectés ne représentent-ils vraiment que 5 % de l’électorat ?

La description de l’échantillon interrogé est, d’ailleurs, très instructive, en soi.

À vos bulletins, Mesdames !

Sur l’ensemble de l’échantillon, 15 % seulement sont des femmes. Les Marocaines, qui représentent 50,1 % de la population, n’ont pas été nombreuses à répondre aux questions du sondage. Il semble probable qu’elles adoptent le même comportement le jour des élections.

En concentrant l’attention, au cours des dernières années, sur la représentativité des femmes dans les instances élues, via le quota ou au suffrage direct, peut-être a-t-on oublié l’essentiel ; leur participation basique à la vie politique qu’est le vote.

Autre point intéressant à ce sujet, neuf sondés sur dix déclarent ne pas tenir compte du sexe ou de l’âge du candidat. Là encore, le discours politiquement correct des partis au sujet de la participation politique des femmes et des jeunes semble dépasser les attentes des citoyens. Ils escomptent de la compétence, c'est tout.

Courbe en cloche

Les plus nombreux à avoir répondus aux questions du sondage sont âgés de 30 à 40 ans (28 %). 22,5 % ont de 18 à 30 ans, 24 % de 40 à 50 ans, 13,9 % de 50 à 60 ans et seulement 11 % ont plus de 60 ans.

Rapporté à la variable temporelle, l’intérêt pour la chose politique trace ainsi une courbe en cloche. L’enthousiasme est d’abord faible, au niveau des plus jeunes, qui commencent à se passionner pour les affaires publiques, à la trentaine, avant de se remettre progressivement à s’en détourner, la quarantaine passée.

Si les plus âgés n’y croient plus, le spectacle de leur renonciation donné aux plus jeunes est autrement plus marquant que n’importe quelle communication politique prônant le jeunisme.

Vote dans le brouillard

La politique en sondage : Etes-vous très, moyennement ou pas du tout satisfait ?
La politique en sondage : Etes-vous très, moyennement ou pas du tout satisfait ?
Trois sondés sur quatre sont inscrits sur les listes électorales, deux sur trois ont déjà voté. Ces fractions des non-inscrits sur les listes électorales et des non-votants sont à relativiser, dans le sens ou seul l'avis des personnes qui ont bien voulu répondre aux questions du sondage est pris en considération.

Comparer la proportion des 67 % des sondés qui ont déjà voté lors du précédent scrutin à celle des 60 % qui ont déclaré ne pas accorder leur confiance aux partis politiques et des 42 % qui ont affirmé suffisamment connaître leurs programmes permet de relever quelques bizarreries. 17 % auraient donc voté pour des partis auxquels ils n’accordent pourtant pas leur confiance. Et 25 % ont fait leur choix pour une formation politique sans vraiment savoir ce que proposent les autres.

Ce sont des constats pas très rassurants sur l’état de santé de la démocratie au Maroc.


Pas d'« amen » en politique

Le comble de la stupidité politique revient à la question sur l’importance du facteur religieux dans le choix entre candidats aux élections. Tiens donc ! Les Marocains, électeurs et candidats, ne sont-ils pas, dans leur écrasante majorité, des Musulmans ? Existe-t-il un parti politique marocain qui se dit d’une autre religion que l’Islam ou areligieux ?

Parce qu’il ne faut surtout pas confondre la laïcité, effectivement prônée par certains courants politiques, et la foi religieuse, qui est, rappelons le encore une fois, le dénominateur commun de l’écrasante majorité des Marocains.

Oui, le référentiel religieux est fondamental, l’Islam est l’un des piliers de la nation marocaine. Et non, la religiosité ne constitue pas un critère dans le choix entre candidats, seule la compétence prime. Pour 84 % des sondés, le facteur « religion » n’en est pas vraiment un.

En tout cas, les militants du PJD vont apprécier cette distinction entre les électeurs par les sondeurs , en fonction de l’importance qu’ils accordent aux signes de religiosité extérieurs des hommes politiques. Cette question constitue le soubassement même de leur idéologie.

Quota contre droit naturel

2021, l'année de tous les scrutins
2021, l'année de tous les scrutins
Trois sondés sur cinq ne voient dans la liste des jeunes qu’une forme de rente politique. Un sur quatre, seulement, considère que c’est un acquis. Bien des efforts restent, donc, à déployer pour convaincre de la pertinence des quotas dans la promotion de la participation politique des femmes et des jeunes.

Jusqu’à présent, c’est le droit naturel de ceux qui ont déjà socialement réussi qui imprègne les esprits.

Pour le reste, le sondage ne révèle aucune nouveauté. Quatre sondés sur cinq considèrent que l’argent influe énormément sur le cours des élections.

Compétence, es-tu là ?

Les Marocains attendent d’abord de la part de leurs gouvernants des réalisations en matière d’éducation (83 % des sondés) et de santé (79 %). L’amélioration du niveau de vie et de lutte contre la pauvreté viennent en 3e lieu (77,6 %), avant la création d’emplois (74,4 %).

L’apport de ce sondage, nonobstant la réelle représentativité de l’échantillon et la pertinence des questions posées, est tout aussi minime que son impact auprès de l’opinion publique nationale. Il reflète, cependant, l’inquiétude de certaines élites et autres politiciens de salon face au poids politique du courant islamiste et l’embarras dans le choix du discours, politiquement correct, pour le contrecarrer.

Pourtant, la réponse suinte des résultats du sondage. « Compétence, es-tu là ? Si oui, manifeste-toi ».

Par Ahmed NAJI






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