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La made in Morocco à zéro % de droits de douane sur le marché chinois

Opportunité historique ou mirage commercial ?


Rédigé par La rédaction le Vendredi 20 Février 2026

À partir du 1er mai 2026, la Chine ouvrira grand ses frontières douanières à 53 pays africains, Maroc compris, en supprimant totalement les droits de douane sur leurs exportations. Sur le papier, l’annonce fait rêver. Zéro pour cent. Accès préférentiel. Marché de 1,4 milliard de consommateurs. Mais du point de vue d’un exportateur marocain qui connaît les docks, les salons internationaux et les négociations parfois rugueuses avec les importateurs asiatiques, une question s’impose : sommes-nous réellement prêts à transformer cette décision politique en succès économique tangible, ou risquons-nous de laisser passer le train, une fois encore ?



​Zéro droit de douane : un geste fort, mais pas un cadeau

La décision chinoise est loin d’être anodine. Elle étend à l’ensemble des 53 pays africains ayant des relations diplomatiques avec Pékin un régime qui, jusqu’ici, ne concernait que 35 pays, principalement les moins avancés. L’Eswatini reste l’exception, pour des raisons diplomatiques connues. Pour le Maroc, l’entrée dans ce cercle du « zéro droit de douane » est une première à cette échelle.

D’un point de vue strictement tarifaire, le signal est clair : les produits marocains deviennent mécaniquement plus compétitifs sur le marché chinois. Moins de barrières à l’entrée, moins de coûts, plus de marge potentielle. Sur le papier, encore une fois, tout semble aligné.

Mais l’export n’est jamais une équation purement arithmétique. La Chine n’est pas un marché naïf. C’est une puissance industrielle qui affiche des excédents commerciaux massifs et qui maîtrise, sur de nombreux segments, l’ensemble de la chaîne de valeur, de la matière première au produit fini. Penser que la seule suppression des droits de douane va bouleverser la structure des échanges sino-africains serait une lecture pour le moins optimiste, voire candide.

​Face à la machine chinoise, le Maroc doit choisir ses batailles

Il faut le dire sans détour : sur les produits industriels standardisés, à faible valeur ajoutée, le Maroc n’a aucune chance face à la compétitivité-prix chinoise. Les facteurs de production, les économies d’échelle, la logistique intégrée et la rapidité d’exécution jouent clairement en faveur de Pékin.

Faut-il pour autant conclure que cette ouverture douanière ne sert à rien pour le Maroc, sous prétexte que notre balance commerciale avec la Chine est déficitaire ? Ce serait une erreur d’analyse. Une facilité intellectuelle.

L’export n’est pas une guerre frontale, c’est une stratégie de contournement. Le Maroc ne doit pas chercher à vendre à la Chine ce que la Chine sait déjà produire mieux et moins cher. Il doit vendre ce que la Chine ne peut ni copier, ni industrialiser à grande échelle, ni délocaliser.

C’est là que se jouent les vraies opportunités. Dans les niches. Dans l’identité. Dans le récit produit.

​Produits du terroir marocain : quand l’authenticité devient un avantage comparatif

Prenons un exemple concret, vécu sur le terrain : l’huile d’argan. Ce produit n’a pas de concurrent réel. Aucun pays ne peut revendiquer la même origine, la même histoire, la même légitimité. En Chine, l’huile d’argan ne se consomme pas comme une huile alimentaire classique. Elle se vend comme un produit premium, souvent offert en cadeau, soigneusement emballé, chargé de symboles.

Une petite bouteille peut atteindre 30 à 40 dollars sur certains circuits. À ce niveau de prix, le droit de douane devient un facteur déterminant de compétitivité. Zéro pour cent, ici, change réellement la donne. Mais à une condition : que le produit soit pensé pour le marché chinois, dans son packaging, son storytelling, ses normes, sa distribution.

Il en va de même pour d’autres produits du terroir marocain : huile d’olive de qualité, safran, dattes premium, cosmétiques naturels, artisanat à forte valeur culturelle. Ce sont ces segments-là qui peuvent absorber un avantage douanier et le transformer en valeur ajoutée réelle.

​Zéro droit de douane ne veut pas dire zéro effort

C’est sans doute le point le plus mal compris par certains opérateurs. La suppression des droits de douane, à elle seule, ne garantit absolument rien. Elle n’ouvre pas des portes toutes seules. Elle ne remplace ni la prospection, ni la présence terrain, ni la compréhension fine du consommateur chinois.

Aller en Chine, ce n’est pas envoyer un catalogue par e-mail. C’est comprendre les circuits de distribution, rencontrer les importateurs, accepter des négociations longues, parfois déroutantes, et surtout s’adapter à des codes culturels très spécifiques. Les Chinois n’achètent pas seulement un produit. Ils achètent une relation, une régularité, une capacité à livrer dans le temps.

Un grand effort reste à faire pour transformer cet avantage douanier en véritable gain de compétitivité. Et cet effort est avant tout humain, organisationnel, stratégique.

​Salons internationaux : le test de la réalité

Un salon est prévu en juin 2026 à Pékin. Sur le papier, c’est une opportunité idéale pour capitaliser sur l’avantage douanier. Dans les faits, l’expérience des dernières années est préoccupante. Peu d’exposants marocains. Très peu, même. À l’inverse, des pays voisins, comme la Tunisie, arrivent avec une vingtaine d’opérateurs structurés, visibles, préparés.

Ceux qui réussissent sont toujours les mêmes : ceux qui s’organisent, mutualisent les efforts, construisent une présence collective, racontent une histoire cohérente. L’export est rarement une aventure solitaire qui réussit par miracle.

La Chine respecte ceux qui prennent le marché au sérieux. Elle ignore ceux qui improvisent.

​Diaspora marocaine et diplomatie économique : des leviers à activer pleinement

Il serait injuste de ne pas reconnaître les atouts dont dispose le Maroc. La présence d’une diaspora active en Chine facilite les premiers contacts. Le dynamisme de l’ambassade et des structures d’accompagnement est réel et s’est renforcé ces dernières années. Les conditions d’accès au marché peuvent être facilitées, oui, à condition que les opérateurs fassent leur part du chemin.

Le gain de compétitivité-prix est réel. Mais le véritable bénéfice ne viendra pas tout seul. Il dépendra de notre capacité collective à nous positionner intelligemment, à choisir les bons produits, les bons canaux, les bons partenaires.

U​ne fenêtre ouverte, pas une promesse automatique

Zéro pour cent de droits de douane sur le marché chinois n’est ni une illusion totale, ni une baguette magique. C’est une fenêtre. Elle est ouverte. Elle ne le restera pas éternellement. D’autres pays africains sont déjà en mouvement, structurés, présents, offensifs.

La question n’est donc pas de savoir si la Chine nous fait un cadeau. La vraie question est plus inconfortable : sommes-nous prêts, en tant qu’exportateurs marocains, à sortir de nos zones de confort, à investir du temps, de l’intelligence et de la constance pour transformer cette ouverture en succès durable ?

L’histoire économique montre que les opportunités ne récompensent jamais les plus enthousiastes, mais les plus préparés.





Vendredi 20 Février 2026

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