Démarche ascendante
La région de Drâa-Tafilalet affiche un PIB par habitant de 25.324 dirhams contre une moyenne nationale de 40.508 dirhams, pour 12,5% du territoire national et moins de 5% de la population.
Le problème n’est donc pas la volonté. La volonté, ici, est réelle et chiffrée. Le problème est de savoir si l’architecture bâtie pour convertir cette volonté en effet vécu est elle-même conçue pour réussir.
Le dispositif se présente comme une démarche ascendante: plus de 86.000 participants consultés à travers l’ensemble des préfectures et provinces du Royaume, des diagnostics territoriaux, une concertation citoyenne élargie.
Le vocabulaire est celui de la proximité. Mais la structure de décision raconte une histoire plus précise. Au niveau local, les comités de programmation sont présidés par les gouverneurs. Au niveau régional, la consolidation revient aux walis. Au niveau national, la validation est confiée à un comité présidé par le chef du gouvernement.
Les élus régionaux, eux, héritent d’un rôle circonscrit mais réel: la présidence des sociétés anonymes chargées de l’exécution, c’est-à-dire la gestion du décaissement, non l’arbitrage sur les priorités.
Ce n’est pas une éviction des élus locaux, mais une séparation nette entre deux fonctions qui étaient supposées converger dans la même main démocratique: décider ce qu’il faut faire et exécuter ce qui a été décidé pour soi. La première se concentre vers le haut. La seconde se délègue vers le bas.
C’est une architecture cohérente. Ce n’est pas celle que le mot «régionalisation avancée» avait longtemps laissé espérer. Il ne s’agit plus seulement de bâtir davantage, mais de mieux comprendre comment chaque investissement peut produire davantage de valeur locale, davantage de tissu productif, davantage de mobilité économique et, finalement, davantage de confiance (Ph Bziouat)
Pas seulement une affaire de financement, mais dépend aussi de circulation de l’information
Car la percolation n’est pas seulement une affaire de financement ; elle dépend aussi de la circulation de l’information, des initiatives et des capacités d’adaptation entre le terrain et le centre.
Dans un registre différent, mais complémentaire, une décision récente mérite d’être saluée sans réserve. En juillet 2026, le Haut-Commissariat au Plan a connu une réforme institutionnelle réelle.
Il est devenu une instance de bonne gouvernance, dotée de la personnalité morale et de l’autonomie administrative et financière. Son rôle, désormais élargi à l’évaluation des politiques publiques, intègre explicitement la dimension territoriale.
C’est, sur le papier, exactement l’instrument qui manquait pour boucler la boucle: mesurer si l’équipement produit l’effet promis.
Garde-fou technique tangible
Cette réforme a été portée par le ministère de l’Intérieur, département de souveraineté, distinct du gouvernement politique, et qui préside par ailleurs, à travers ses walis et ses gouverneurs, l’ensemble du dispositif de pilotage territorial que le HCP est désormais appelé à évaluer.
Ce n’est pas une accusation de manipulation: l’audit annuel conjoint de l’Inspection générale des finances et de l’Inspection générale de l’administration territoriale, prévu dans le dispositif, constitue un garde-fou technique tangible.
Mais c’est un fait d’architecture qu’il convient de nommer sans détour: la main qui construit et la main qui s’apprête à mesurer si la construction a servi à quelque chose logent, aujourd’hui, dans le même département.
Mieux comprendre
Il ne s’agit plus seulement de bâtir davantage, mais de mieux comprendre comment chaque investissement peut produire davantage de valeur locale, davantage de tissu productif, davantage de mobilité économique et, finalement, davantage de confiance.
Les grands projets créent de la puissance. Ils ne remplacent ni la confiance, ni la preuve. Ils constituent un levier; ils ne peuvent devenir leur propre juge.
Un problème de conception
Ce n’est pas un problème de volonté; la volonté, on l’a dit, est documentée.
C’est un problème de conception: on ne peut pas être à la fois l’architecte, l’exécutant et l’évaluateur de sa propre réussite, sans que la mesure finisse, tôt ou tard, par ressembler à ce que l’on voulait déjà voir.












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