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La physique empoigne le politique


Le propre des lois de la physique est qu’elles se moquent éperdument des calculs des hommes politiques, quand ces derniers se sont amusés à les ignorer.



« Sans eau, ni électricité ». C’est une expression populaire courante pour signifier que les conditions de vie sont lamentables.

Sans forcer le trait, le déficit hydrique et le coût exorbitant de l’énergie vont indéniablement mettre à mal l’économie et la société marocaines en cette année 2022.

Rapport de situation : la retenue cumulée des barrages se situe, à la mi-mars, à un tiers du taux de remplissage, contre la moitié l’année écoulée.

Le baril de pétrole se négocie au-delà des 100 dollars, alors que la loi des finances 2022 table sur un cours de 80 dollars.

De l’eau et du gaz

Rappel des fondamentaux : l’agriculture au Maroc représente entre un dixième et un cinquième du Pib, selon la pluviométrie, et occupe un tiers de la population active.

C’est le premier contributeur à la création de richesses, devançant les secteurs du tourisme et de l’industrie.  
Le Maroc puise six dixièmes de ses besoins de consommation d’énergie primaire du pétrole et du gaz, qui sont abondamment importés.

La défection récente du fournisseur algérien, suite au non renouvellement du contrat relatif au gazoduc Maghreb-Europe, échu en novembre 2021, n’est pas venue arranger les choses.

Une précision en passant : en 2030, la production de gaz naturel de l’Algérie suffira juste à couvrir ses propres besoins, en raison de la croissance démographique.

Soif d’énergie

De 1990 à 2019, la consommation finale d’énergie au Maroc a vu celle des produits pétroliers progresser de 249% et celle du gaz naturel de 70%. En près de 30 ans, la consommation d’électricité a connu une hausse de 300%.

Malgré cela, la consommation d’énergie primaire du Marocain atteint à peine les 25,5 Gj (Gigajoule), pour une moyenne mondiale de 79,1 Gj.

Sachant que la production de biens physiques est en lien étroit avec la consommation d’énergie, le fait que le Marocain consomme juste un tiers de la consommation moyenne mondiale est significatif en soi. Mais tel n’est pas le sujet.

La question est plutôt de savoir comment le Maroc va s’en tirer avec des barrages au deux tiers vides et un coût de l’énergie exagéré par la guerre entre la Russie et l’Ukraine ?

Malencontreuses sanctions

Déjà, l’ambition, somme toute modeste, d’un taux de croissance du Pib de 3,2% semble hors de portée. A ses propres problèmes, le Maroc voit venir s’y greffer ceux de ses principaux partenaires, les pays de l’Union européenne.

Ces derniers n’ont rien trouvé de mieux à faire que de se tirer une balle au pied en déclenchant une avalanche de sanctions économiques et financières contre la Russie, dont ils seront pourtant les premiers à subir les conséquences.

Le gaz russe snobé par les Européens va quand même trouver preneur en Asie. La Russie pourra même le céder à meilleur prix sur le continent le plus économiquement dynamique de la planète, et de ce fait fortement énergivore.

En se privant d’une source d’énergie bon marché, le gaz naturel russe en l’occurrence, animés par des motivations stupidement idéologiques, les Européens sabotent la compétitivité de leurs produits et dépriment, de la sorte, leurs économies. Ainsi que celles de leurs principaux partenaires, tel le Maroc.


Sous-sol avare

Pour en revenir à nos propres déficits d’anticipation, il suffit de souligner que même la solution qui consiste à dessaler de l’eau de mer exige de l’énergie, ce dont le Maroc manque également.

Les énergies renouvelables, c’est 14% de la production nationale d’électricité, 52% à l’horizon 2030. Tenant compte du caractère intermittent des sources solaires et éoliennes, le besoin en gaz naturel pour couvrir les « creux » se fera donc toujours sentir.

Le Maroc a extrait de son propre sol 98 millions de m3 de gaz naturel, en 2020, et compte en produire 110 millions l’année en cours.

Le gisement gazier de Tendrara promet 400 millions de m3 par an et ceux découverts dans le Gharb et au large de Larache semblent prometteurs, mais le pays demeure loin du compte, comparativement à ses besoins croissant.

La consommation nationale actuelle de gaz naturel dépasse le milliard de m3, un volume consacré essentiellement à la production d’électricité.

Tout est énergie

L’économie est d’abord et avant tout un flux d’énergie. Prétendre produire plus de valeur ajoutée en réduisant l’apport en énergie n’est que foutaise d’écologistes utopistes.

Dame Nature, qui a mis des centaines de milliers d’années à affuter ses techniques, en donne la démonstration.

Toute entité se développe en absorbant plus d’énergie et fini par flétrir en en consommant de moins en moins, jusqu’à l’entropie.

C’est valable pour les plantes, les animaux comme pour l’étoile soleil, qui consomme de l’hydrogène pour pouvoir continuer à briller.

L’économie est une structure dissipative comme tout autre. Moins d’apport en énergie est égal à moins de croissance, c’est aussi simple que cela.

Déplacement de centre de gravité

L’actuel conflit armé entre la Russie et l’Ukraine a totalement bouleversé les équilibres géopolitiques, avec pour principal conséquence géoéconomique le déplacement définitif du centre de gravité de la planète vers l’Eurasie et le Pacifique.

Toute l’économie du bloc Occidental, sur lequel le Maroc a pris modèle, est basée sur l’accès à des flux d’hydrocarbures bon marché. De toute évidence, cette époque est finie.

D’ailleurs, même l’agenda « vert », si cher aux leaders politiques occidentaux, paraît sérieusement menacé, maintenant que l’inflation fait des ravages et que les mines de charbon sont progressivement remises en activité.

Il est peut être temps pour le Maroc de revoir ses calculs, ses plans et son ordre des priorités. Les choix qui semblaient auparavant pertinents ne le sont plus forcément aujourd’hui.

« Nous avons fait de l’eau toute chose vivante » (Sourate des Prophètes, verset 30). Afin d’en produire pour l’usage domestique, industriel et l’irrigation, puisse Dieu nous en donner l’énergie.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Vendredi 18 Mars 2022

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