Allocation intelligente des forces productives.
Il ne s'agit plus de croissance extensive, mais d'un nouveau modèle de création de richesses fondé sur les percées technologiques, l'allocation intelligente des facteurs de production (données, capital technologique, talents) et la transformation systémique des secteurs traditionnels.
À ces fins, la Chine déploie une stratégie à trois étages : moderniser les secteurs traditionnels, développer les industries émergentes, investir dans les technologies du futur.
Moderniser les secteurs traditionnels (mines, métallurgie, chimie, construction mécanique, construction navale...), qui constituent encore 80% du tissu industriel de la Chine.
L’objectif est de les refondre par l’automatisation, la numérisation et l’écologisation.
La transformation, d'une ampleur inédite, devrait générer à elle seule environ 10 000 milliards de yuans (1 370 Mds €) sur cinq ans, soit plus de 7 % du PIB 2025.
Les moteurs de la croissance.
Leur point commun : forte intensité technologique, faible empreinte carbone, et capacité à générer des emplois qualifiés. Investir dans les technologies du futur, un pari sur le très long terme.
La Chine mise aussi sur des technologies encore jeunes : quantique, biomanufacturing, fusion nucléaire, interfaces cerveau-machine, 6G. L'objectif est de prendre une longueur d'avance : d'ici dix ans, les filières concernées pourraient peser l'équivalent d'un nouveau secteur high-tech à part entière.
L’innovation technologique est au cœur du système. Elle constitue l’axe le plus important du 15e plan quinquennal. Les dépenses de R&D devraient continuer à croître d’environ 7 % par an, afin de renforcer l’écosystème national d’innovation.
La Chine souhaite ainsi passer du statut de « grande puissance manufacturière » à celui de leader mondial de l’innovation technologique.
« Double circulation »
Les priorités comprennent l’augmentation du revenu des ménages, la réduction des inégalités régionales, l’amélioration de la protection sociale et l’accès à l’éducation et aux soins.
Le gouvernement vise également à maintenir le taux de chômage urbain en dessous de 5,5 %, afin de garantir la stabilité sociale.
L’un des objectifs majeurs consiste également à renforcer le rôle de la consommation intérieure dans la croissance.
Aujourd’hui, la consommation des ménages représente environ 40 % du PIB ; elle devrait atteindre environ 45 % d’ici 2030 afin de réduire la dépendance aux exportations et à l’investissement public.
Cette réorientation vers la demande intérieure constitue un pilier central de la stratégie dite de « double circulation », combinant développement du marché intérieur et maintien d’une ouverture économique contrôlée.
Cette stratégie vise à réduire la « dépendance » de la Chine par rapport aux exportations et à contrecarrer la politique protectionniste de Trump.
Le poids des tensions géopolitiques.
Après plusieurs décennies de croissance rapide, l’économie chinoise entre dans une phase plus mature caractérisée par un rythme d’expansion plus modéré.
Le gouvernement doit trouver un équilibre délicat entre le maintien d’une croissance stable et la poursuite des réformes nécessaires pour améliorer l’efficacité économique.
Ce ralentissement de la croissance est une donnée objective dans une économie qui a connu par le passé des taux de croissance à deux chiffres. A partir d’un certain seuil, la qualité prime sur la quantité.
C’est le cas aujourd’hui de la Chine. Un autre défi majeur réside dans les transformations démographiques que connaît la Chine.
La baisse du taux de natalité et le vieillissement rapide de la population constituent des tendances préoccupantes pour l’avenir économique du pays.
La diminution de la population active pourrait peser sur la croissance et accroître la pression sur les systèmes de retraite et de santé.
Pour répondre à ces défis, les autorités devront encourager l’innovation, améliorer la productivité — via notamment l’utilisation massive des robots et de l’IA — et mettre en place des politiques sociales adaptées à une société vieillissante.
Les tensions géopolitiques représentent également un facteur d’incertitude majeur. Les rivalités entre grandes puissances ont conduit à l’adoption de certaines restrictions visant l’accès à des technologies avancées.
Dans ce contexte, la Chine cherche à renforcer sa sécurité économique et technologique tout en continuant à participer activement aux échanges internationaux.
Maintenir cet équilibre entre autonomie stratégique et ouverture économique constitue un enjeu central pour les années à venir.
Dans la grande symphonie de la transformation mondiale, le 15ème plan quinquennal de la Chine s’apprête à jouer une note décisive : ambitieuse, complexe et profondément marquante.
Avec une vision qui allie croissance verte, autosuffisance technologique et revitalisation de l’économie intérieure, ce plan directeur ne se limite pas à atteindre des objectifs, mais cherche à redéfinir ce qu’une nation moderne peut accomplir.
Qu’il s’agisse de relever les défis démographiques ou de se positionner en leader de la neutralité carbone, la Chine envoie un message clair au monde : l’avenir n’est pas quelque chose que l’on attend, c’est quelque chose que l’on construit.
Pour ceux qui observent attentivement, les cinq prochaines années ne représenteront pas seulement un plan : elles constitueront une leçon magistrale où l’ambition s’alliera à l’exécution.
On le voit, la Chine poursuit une voie aux antipodes de celle de l’Amérique de Trump. Alors que ce dernier cherche à dominer le monde par les armes, la Chine œuvre à devenir la première puissance mondiale par l’économie.
Cette confrontation entre les deux grandes puissances du globe avec des visions différentes marquera de son empreinte les prochaines années.
Le sommet entre le Président américain Donald Trump et le Président chinois Xi Jinping, prévu à Pékin à la fin de ce mois, s’il est maintenu, nous donnera certainement un avant-goût de cette confrontation.
Par Abdeslam Seddiki.












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