Ce sont des images que l’on croyait réservées aux archives d’un autre siècle ou aux bulletins météo de contrées tropicales. Pourtant, depuis quelques jours, le nord-ouest du Maroc, et particulièrement les plaines fertiles du Gharb et du Loukkos, offre le spectacle désolant d’une mer intérieure. Sous un ciel de plomb, la terre, gorgée jusqu’à l’écœurement, a fini par rendre les armes, transformant les oueds bienfaiteurs en torrents dévastateurs.
Entre une mobilisation étatique spectaculaire pour sauver les vies et l'urgence d'une reconstruction post-traumatique
Le bilan humain, heureusement préservé du pire, cache une réalité sociale poignante. Derrière le chiffre froid de 143 000 personnes évacuées annoncé par le ministère de l’Intérieur, il y a 143 000 histoires interrompues. Il y a ces familles de Tétouan ou de Sidi Kacem qui ont vu l’eau monter dans leurs salons en pleine nuit, emportant souvenirs et sécurités. Il y a ces fellahs du Gharb, le grenier du Royaume, qui contemplent aujourd'hui leurs champs noyés, conscients que la récolte de l'année, et avec elle, leur subsistance, vient de disparaître sous la boue. La détresse est silencieuse, étouffée par le bruit des hélicoptères et des motopompes, mais elle est immense. C’est la souffrance de l’arrachement, celle de devoir quitter son douar, sa maison, souvent construite à la sueur d'une vie, pour se retrouver dans l'anonymat d'un centre d'accueil provisoire.
Pourtant, au cœur de ce chaos liquide, une digue a tenu bon : celle de l'État. Il faut reconnaître, avec l'objectivité qui sied à l'analyse, que la réponse des autorités a été d'une efficacité redoutable. La doctrine du "zéro victime" n'est pas restée un slogan creux. Le déploiement des Forces Armées Royales, de la Gendarmerie, de la Protection Civile et des autorités locales a relevé de la chorégraphie logistique de haute précision. Voir des zodiacs sillonner les ruelles inondées pour récupérer des personnes âgées, ou des hélicoptères effectuer des rotations incessantes pour ravitailler des îlots de terre isolés, témoigne d'une montée en compétence indéniable dans la gestion des risques majeurs. L'État a joué son rôle de bouclier, anticipant les crues, ouvrant les vannes des barrages avec calcul, et ordonnant les évacuations avant que l'irréparable ne se produise.
Mais ce tableau de résilience est teinté d'une amertume paradoxale. Comme le soulignent les experts, près de 3,8 milliards de mètres cubes d'eau ont été déversés vers la mer. Pour un pays structurellement assoiffé, qui vit sous la menace constante du stress hydrique, voir cette manne céleste se perdre dans l'Atlantique faute de capacités de stockage suffisantes ou de saturation des sols est un crève-cœur. C’est toute la complexité de l’équation marocaine : gérer la pénurie hier, et l’excès aujourd’hui, dans une alternance climatique de plus en plus violente.
Désormais, alors que la décrue s'amorce timidement, une nouvelle bataille commence, plus insidieuse et plus complexe que celle de l'urgence : celle de l'après. C'est ici que se jouera la véritable crédibilité de l'action publique. Comment transformer l'élan de sauvetage en mécanique de réparation ?
La question de l'organisation de l'aide aux sinistrés se pose avec acuité. Si l'évacuation a été un succès logistique vertical (du haut vers le bas), la reconstruction et l'indemnisation devront être une réussite horizontale, sociale et humaine. L'expérience du séisme d'Al Haouz a enseigné au Maroc que la générosité de l'instant doit laisser place à une rigueur administrative sans faille. Les sinistrés du Gharb et du Nord n'auront pas seulement besoin de couvertures et de paniers repas, mais de perspectives.
Comment l'État compte-t-il orchestrer ce soutien ? S'achemine-t-on vers la création d'un fonds spécial, alimenté par la solidarité nationale, ou vers des mécanismes d'assurance climatique activés en urgence ? La subtilité de l'exercice résidera dans la capacité des pouvoirs publics à éviter les lourdeurs bureaucratiques qui transforment souvent les victimes en dossiers administratifs en souffrance. La rapidité du recensement des dégâts, la transparence dans l'attribution des aides et, surtout, l'accompagnement psychologique et économique des agriculteurs seront les véritables baromètres de la réussite de cette gestion de crise.
Le Maroc a prouvé qu'il savait sauver ses enfants des eaux. Il doit maintenant prouver qu'il sait leur redonner terre ferme et espoir, en transformant cette épreuve en une leçon d'aménagement du territoire et de justice sociale. Car après la pluie, vient le temps, non pas du beau temps, mais des comptes et de la reconstruction.
Pourtant, au cœur de ce chaos liquide, une digue a tenu bon : celle de l'État. Il faut reconnaître, avec l'objectivité qui sied à l'analyse, que la réponse des autorités a été d'une efficacité redoutable. La doctrine du "zéro victime" n'est pas restée un slogan creux. Le déploiement des Forces Armées Royales, de la Gendarmerie, de la Protection Civile et des autorités locales a relevé de la chorégraphie logistique de haute précision. Voir des zodiacs sillonner les ruelles inondées pour récupérer des personnes âgées, ou des hélicoptères effectuer des rotations incessantes pour ravitailler des îlots de terre isolés, témoigne d'une montée en compétence indéniable dans la gestion des risques majeurs. L'État a joué son rôle de bouclier, anticipant les crues, ouvrant les vannes des barrages avec calcul, et ordonnant les évacuations avant que l'irréparable ne se produise.
Mais ce tableau de résilience est teinté d'une amertume paradoxale. Comme le soulignent les experts, près de 3,8 milliards de mètres cubes d'eau ont été déversés vers la mer. Pour un pays structurellement assoiffé, qui vit sous la menace constante du stress hydrique, voir cette manne céleste se perdre dans l'Atlantique faute de capacités de stockage suffisantes ou de saturation des sols est un crève-cœur. C’est toute la complexité de l’équation marocaine : gérer la pénurie hier, et l’excès aujourd’hui, dans une alternance climatique de plus en plus violente.
Désormais, alors que la décrue s'amorce timidement, une nouvelle bataille commence, plus insidieuse et plus complexe que celle de l'urgence : celle de l'après. C'est ici que se jouera la véritable crédibilité de l'action publique. Comment transformer l'élan de sauvetage en mécanique de réparation ?
La question de l'organisation de l'aide aux sinistrés se pose avec acuité. Si l'évacuation a été un succès logistique vertical (du haut vers le bas), la reconstruction et l'indemnisation devront être une réussite horizontale, sociale et humaine. L'expérience du séisme d'Al Haouz a enseigné au Maroc que la générosité de l'instant doit laisser place à une rigueur administrative sans faille. Les sinistrés du Gharb et du Nord n'auront pas seulement besoin de couvertures et de paniers repas, mais de perspectives.
Comment l'État compte-t-il orchestrer ce soutien ? S'achemine-t-on vers la création d'un fonds spécial, alimenté par la solidarité nationale, ou vers des mécanismes d'assurance climatique activés en urgence ? La subtilité de l'exercice résidera dans la capacité des pouvoirs publics à éviter les lourdeurs bureaucratiques qui transforment souvent les victimes en dossiers administratifs en souffrance. La rapidité du recensement des dégâts, la transparence dans l'attribution des aides et, surtout, l'accompagnement psychologique et économique des agriculteurs seront les véritables baromètres de la réussite de cette gestion de crise.
Le Maroc a prouvé qu'il savait sauver ses enfants des eaux. Il doit maintenant prouver qu'il sait leur redonner terre ferme et espoir, en transformant cette épreuve en une leçon d'aménagement du territoire et de justice sociale. Car après la pluie, vient le temps, non pas du beau temps, mais des comptes et de la reconstruction.












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