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Le « Qandouh » de Benkirane... Quand le débat politique oublie la hauteur de l'État


Il y a des mots qui échappent à leur auteur comme un ballon dégonflé dans une finale… On les prononce en quelques secondes, puis on passe des jours à tenter de les rattraper... Abdelilah Benkirane vient d'en faire l'expérience avec son désormais célèbre « Qandouh »…



Par Mohammed Yassir Mouline

L'ancien chef du gouvernement a finalement retiré le mot et présenté ses excuses… Un geste qui mérite d'être relevé… Mais l'exercice est resté très ciblé… le vocabulaire est retiré du marché... tandis que le reste du discours demeure soigneusement conservé en rayon… Autrement dit, on retire l'étiquette, mais on garde le produit… !!
 
La politique marocaine a connu bien des joutes oratoires… Elle a besoin de contradictions, de débats et même de critiques vigoureuses… Mais lorsque le débat glisse vers les qualificatifs dépréciatifs visant des personnalités nommées par Sa Majesté le Roi, ce n'est plus la force des arguments qui s'exprime…c'est souvent leur faiblesse qui apparaît…
 
Depuis plusieurs années, une constante intrigue les observateurs... À chaque nouvelle sortie médiatique ou presque, l'institution monarchique ou son entourage semble finir par s'inviter dans le discours… À croire que certains responsables politiques disposent d'une seule boussole… si l'on ne trouve plus ses adversaires, il reste toujours le Palais comme décor de fond… !!
 
Pourtant, les Marocains attendent d'autres réponses… Le citoyen veut entendre parler du pouvoir d'achat, de l'emploi des jeunes, de l'école publique, de l'hôpital, de l'investissement, de la sécheresse ou encore des défis économiques… Il attend des projets, pas des polémiques à répétition… Il espère des solutions, pas des formules destinées à provoquer les réseaux sociaux…
 
Après la débâcle électorale de 2021, le Parti de la Justice et du Développement cherche naturellement à retrouver une place dans le paysage politique… C'est son droit le plus légitime… Mais reconquérir une crédibilité ne se résume pas à fabriquer des séquences virales... La confiance des citoyens se reconstruit par les idées, la cohérence et le respect des institutions, non par l'escalade verbale… Les excuses publiées sur Facebook montrent d'ailleurs qu'une limite a été franchieSi le mot a été retiré, c'est bien parce qu'il a suscité une indignation suffisamment forte pour imposer une correction publiqueLes mots ont un poids… Ils construisent parfois une réputation... et parfois ils l'abîment…
 
Un vieux poète arabe rappelait que les blessures de l'épée finissent par guérir, alors que celles de la langue demeurent… La politique moderne semble parfois avoir oublié cette sagesse pourtant vieille de plusieurs siècles…  
Les blessures de l'épée peuvent guérir,
Mais celles infligées par la langue ne cicatrisent jamais.
Les plaies des lances finissent par se refermer,
Tandis que celles causées par les mots demeurent ouvertes.
La blessure du sabre se referme avec le temps,
Mais celle de la langue marque à jamais les esprits.
Ces vers célèbres du poète Yaqub Al-Hamdouni comparent les mots aux armes… Une arme blesse le corps, mais le temps guérit cette douleur… Une mauvaise parole blesse le cœur et l'esprit… Cette cicatrice invisible dure toute la vie…
 
Quant à l'islam, auquel M. Benkirane se réfère souvent, il place précisément la maîtrise de la parole parmi les premières qualités du croyant... Le Coran appelle à éviter les mauvaises paroles… « Allah n’aime pas qu’on profère de mauvaises paroles sauf quand on a été injustement provoqué. Et Allah est Audient et Omniscient. »  (Sourate An-Nissa, verset 148)… Toutefois, l'exception mentionnée dans le verset (« sauf celui qui a subi une injustice ») ne signifie pas que la personne lésée est libre d'insulter sans limite... Les savants expliquent qu'il lui est permis d'exposer l'injustice dont elle est victime ou d'invoquer contre son oppresseur dans la stricte mesure du tort subi… Néanmoins, le pardon et la réconciliation demeurent, dans bien des situations, une voie préférable, conformément à la parole d'Allah : « … Et celui qui endure avec patience et pardonne, voilà qui relève assurément des actes de grande résolution. » (Sourate Ach-Choura, verset 43)…
 
Tandis que le Prophète Sidna Mohammed enseigne que le croyant n'est ni insultant, ni grossier, ni vulgaire. Voilà une leçon qui traverse les siècles sans perdre une ride… « Le croyant n'est ni médisant, ni maudisseur, ni grossier, ni vulgaire. »… Alors Ssi Benkirane, le principe fondamental en islam demeure la préservation de la langue et le rejet de l'injure comme de l'insulte, qu'elles visent un musulman ou un non-musulman, sauf dans les cas où la Charia autorise l'exposé d'une injustice ou la revendication d'un droit, sans excès ni outrance… Tel est l'esprit du Coran et de la Sunna
 
Au fond, l'affaire « Qandouh » dépasse largement le destin d'un mot malheureux… Elle rappelle qu'en politique, la liberté de ton ne dispense jamais de la responsabilité des propos… Les appels à davantage de retenue dans le discours politique, notamment lorsqu'il concerne les conseillers de Sa Majesté le Roi et, plus largement, les institutions constitutionnelles, ne relèvent ni de la censure ni du conformismeIls traduisent une exigence démocratique…  celle d'un débat vigoureux, mais digne… critique, mais respectueux… passionné, mais responsable…
 
Car au Maroc, les gouvernements passent, les partis montent et descendent au gré des urnes, les polémiques s'éteignent aussi vite qu'elles s'enflamment... En revanche, les institutions demeurent… Et lorsqu'un responsable politique choisit de faire du bruit plutôt que de porter la contradiction sur le terrain des idées, il finit souvent par découvrir qu'un mot peut faire beaucoup de vacarme... mais très peu de politique…
 
Le Royaume mérite un débat public à la hauteur de son ambition, de ses institutions et des attentes de ses citoyens… Les mots peuvent faire sourire, provoquer ou blesser… Mais ils ne remplaceront jamais la force des idées, ni le sens de l'État… Les polémiques passent… Les institutions demeurent... Et l'Histoire, elle, retient rarement ceux qui ont parlé le plus fort… elle retient surtout ceux qui ont parlé le plus juste… Wa Salam Aleykoum wa Rahmatou Allah.



Samedi 11 Juillet 2026


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