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Le RNI, ou la politique Excel


On ne peut que se féliciter de la tenue par le RNI de son conseil national dans les temps impartis. Un parti ne doit en effet pas oublier ses instances et son règlement, surtout quand il est aux « commandes » de l’Etat. A cette occasion, le chef se présente devant ses troupes et expose son action et celle de son bureau politique. Aziz Akhannouch est donc venu, il a vu, et il s’est abondamment félicité.



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Qu’a-t-il dit ? Il a développé l’action du gouvernement qu’il dirige et, comme tous les autres partis gouvernementaux dans le monde, avec un excès d’autosatisfaction autoproclamée. Ainsi, le RNI, à travers M. Akhannouch en sa qualité de chef du gouvernement a déroulé ses réalisations à « la tête » de l’exécutif, omettant sans doute que ses grands acquis – en l’occurrence la santé et l’éducation – sont d’abord et avant tout des projets royaux portés par des ministres de souveraineté ayant leur propre logique, leur propre feuille de route, leurs propres objectifs et l’assistance de toutes les institutions publiques, du fait qu’ils répondent à des orientations royales.

Pour le reste, le dialogue social lancé patine un peu et est surtout tributaire d’une forme de « chantage » exercé par le patronat concernant le droit de grève et un amendement du Code du Travail portant sur la flexibilité (dite) responsable, autrement dit le droit de licencier plus facilement, même avec « responsabilité ».

Il y a aussi une action sur l’emploi et le marché du travail, à travers les deux programmes Awrach et Forsa, mais c’est tantôt du provisoire et du saupoudrage pour le premier et du précaire à la fiabilité voire la viabilité loin d’être garantie pour le second. Mais c’est toujours ça, pourrait-on dire pour demeurer optimiste.

L’investissement à son tour suscite l’enthousiasme du chef du gouvernement, lui-même investisseur dans sa vie antérieure (et sans doute postérieure). Mais la charte d’investissement est également un projet royal et qui, à ce titre, gagnerait à être revêtu de plus de transparence sur les modalités de fonctionnement des commissions, de plus de garanties sur la sécurité juridique et surtout sur la mise en place de règles de concurrence qui soient, véritablement, appliquées.

Pour le reste, et bien, pour le reste, Ssi Akhannouch semble vivre ailleurs que dans le Maroc réel. Evoquer le pouvoir d’achat et revenir sur la marotte habituelle de la compensation lui...évite de regarder avec les yeux d’un responsable le malaise grandissant au sein des classes défavorisées et des classes moyennes de plus en plus démonétisées : manifestations, agressions, crispations sont en croissance inquiétante, face à une étrange et coupable impassibilité du gouvernement.

Le chef dudit gouvernement agit comme un technocrate les yeux rivés sur ses chiffres et ses milliards qu’il n’est pas tout à fait sûr de voir atteindre leurs destinataires.

Ce gouvernement, un an et demi après son installation, fait bien plus dans la culture Excel qu’il n’excelle dans l’art de la politique, pourtant nécessaire pour faire avancer le pays. Et grâce à la politique et au courage qui va ou devrait aller avec, un pays avance également par des réformes sociétales, qui font cruellement défaut au bilan autosatisfait d’Aziz Akhannouch : Comment lutter contre la corruption, par exemple, quand on coince dans les tiroirs une législation sur l’enrichissement illicite ou sur l’occupation temporaire du domaine public de l’État, et qu’on n’agit nullement pour inciter les organismes de gouvernance à faire leur travail, comme le Conseil de la concurrence ?

Où en est la réforme de la fiscalité ? Où en est aussi la réforme du code pénal ? Doit-on attendre des réformes sur les libertés individuelles et les droits des femmes ? Où en est la réforme du code de la famille ou celle concernant la très vaste communauté des Marocains du monde ? Ce sont là des actes éminemment politiques que ne peut réaliser qu’un gouvernement réellement politique dirigé par une personnalité résolument politique. Ce qui ne semble pas être le cas.

Pourquoi ce silence du chef du gouvernement face aux scandales qui agitent la société marocaine, les derniers en date étant ceux de l’examen d’accès à la profession d’avocats ou encore la douloureuse question de la billetterie du mondial du Qatar ? Qui ne dit mot consent-il toujours ?

Si ce gouvernement se maintient jusqu’au terme de son mandat en 2026, ce qui serait souhaitable, qu’en sera-t-il de la politique alors, lorsqu’il s’agira de convaincre les gens d’aller voter ? La politique, ce ne sont pas seulement des milliards et des tableaux statistiques, c’est aussi et surtout enclencher le changement des mentalités, insuffler de l’espoir, créer l’envie de faire et d’entreprendre, instaurer la confiance.

Mais de tout cela, Ssi Akhannouch n’a pipé mot et ne semble en avoir cure. Et c’est aussi regrettable que préoccupant.

Rédigé par  Aziz Boucetta sur Panorapost



Mardi 14 Février 2023


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