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Le chef du gouvernement a reçu les avocats, le fera-t-il pour les médecins ?


Par Dr Anwar CHERKAOUI - Expert en communication médicale et journalisme de santé.

Sous pression, le chef du gouvernement a reçu les avocats.
La rencontre n’a rien d’anodin.
Elle est le résultat d’un climat tendu, d’un bras de fer prolongé et d’un malaise devenu trop visible pour être ignoré.

Les hommes et femmes à la toge noire ne descendent pas dans l’arène sans raison.
Lorsqu’ils le font, c’est que l’équilibre institutionnel leur semble menacé.

Les avocats ont exprimé des inquiétudes liées à des projets de réformes touchant à la fiscalité, à l’organisation judiciaire et à l’exercice même de leur profession.



Derrière ces revendications, il y a la question sensible de l’indépendance du barreau, de la place de l’avocat dans la chaîne judiciaire et de la protection du justiciable.

La pression est venue autant des grèves que des tribunes publiques, mais aussi du symbole que représente le corps des avocats dans un État de droit.

Quand la défense s’inquiète, c’est toute l’architecture judiciaire qui semble vaciller.

Recevoir les avocats, pour le chef du gouvernement, relevait donc d’un impératif politique et institutionnel.

Il s’agissait d’apaiser les tensions, de préserver le dialogue avec un corps structuré, influent, capable de mobiliser l’opinion et de paralyser une partie du fonctionnement judiciaire.

En toile de fond, la crainte d’un blocage durable et d’un message négatif envoyé à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

Mais si la toge noire a trouvé le chemin de la Primature, une autre blouse, tout aussi symbolique, attend peut-être son tour.

Les blouses blanches, elles aussi, portent un malaise profond.

Le système de santé traverse une phase de transformation majeure, avec l’extension de la couverture sociale, la réforme hospitalière et les tensions persistantes entre secteur public et secteur libéral.

Les médecins dénoncent des conditions de travail difficiles, une pression fiscale jugée lourde, des tarifs de remboursement contestés, et un écart grandissant entre les attentes des patients et les moyens réels du système.

Au-delà des revendications corporatistes, c’est la question de la soutenabilité du modèle sanitaire qui se pose.

Peut-on réussir une généralisation de la protection sociale sans associer pleinement ceux qui assurent l’acte médical ?

Peut-on réformer l’hôpital public sans écouter ceux qui y exercent ?

Peut-on exiger performance, accessibilité et qualité sans dialogue structuré avec les professionnels de santé ?

Un autre argument, plus stratégique encore, devrait retenir l’attention du chef du gouvernement. 

La réforme du système de santé constitue l’un des chantiers sociaux les plus ambitieux du Royaume. 
Sa réussite dépend moins des textes adoptés que de l’adhésion réelle de ceux qui les appliquent sur le terrain. 

Aucun modèle de couverture universelle ne peut fonctionner durablement si les praticiens se sentent fragilisés ou marginalisés.

Le médecin est l’interface directe entre la politique publique et le citoyen.

Lorsqu’il doute, la confiance du patient vacille. 

Lorsqu’il adhère, la réforme prend corps. 
Écouter les médecins, c’est sécuriser la généralisation de la protection sociale, prévenir l’exode des compétences, préserver l’attractivité des carrières médicales et garantir la qualité des soins. 

Il ne s’agit donc pas seulement d’une revendication professionnelle, mais d’un enjeu stratégique pour la stabilité sociale et le développement du pays.

Rencontrer les blouses blanches ne serait pas seulement un geste d’apaisement.
Ce serait un signal stratégique.


La santé n’est pas un secteur comme les autres. Elle touche au quotidien des citoyens, à leur dignité, à leur confiance envers l’État.
Elle influence l’attractivité du pays, sa stabilité sociale et son développement économique.

Pour accélérer une telle rencontre, des mécanismes concrets pourraient être envisagés.

L’organisation d’assises nationales réunissant gouvernement, représentants des médecins du public et du privé, organismes de remboursement et associations de patients permettrait de structurer le débat et d’éviter les crispations dispersées.

L’instauration d’un calendrier clair de concertation, accompagné d’engagements précis sur les questions fiscales, tarifaires et organisationnelles, instaurerait un climat de confiance. 

Une évaluation indépendante de l’impact économique réel des réformes sanitaires éclairerait la décision politique par des données objectives. 
Enfin, une rencontre officielle élargie aux différentes composantes du corps médical enverrait un signal fort de reconnaissance et d’écoute. 

Car en politique comme en médecine, le bon diagnostic précède toujours le bon traitement.

- Les avocats défendent les droits.
- Les médecins protègent les vies.
- Les premiers alertent quand la justice vacille. Les seconds s’inquiètent quand le système de soins s’essouffle.

Dans les deux cas, il s’agit d’institutions essentielles à la cohésion nationale.

- La question n’est donc pas de savoir qui mérite d’être reçu.
- La vraie question est celle du rythme et de la méthode du dialogue.
- Gouverner, c’est arbitrer. Mais gouverner, c’est aussi écouter.

Lorsque les corps intermédiaires se sentent marginalisés, la tension monte.
Lorsqu’ils sont associés aux décisions, la réforme gagne en légitimité.
Le chef du gouvernement a ouvert la porte aux toges noires. 

Reste à savoir si les blouses blanches franchiront, elles aussi, le seuil de la concertation. Car dans un pays en pleine mutation sociale, le dialogue n’est pas un luxe. Il est une nécessité.

Par Dr Anwar CHERKAOUI



Vendredi 13 Février 2026


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