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Le lâcher-prise, un luxe accessible pour un intellect alerte

Par Ali Bouallou




A lire ou à écouter en podcast :

le_lacher_prise,_un_luxe_accessible_pour_un_intellect_alerte.mp3 mp3  (6.23 Mo)

« Les hommes se rendent malheureux non par les choses qui arrivent mais par leur manière de voir les choses qui arrivent »


Je vais au fil des mots et des phrases, lâcher-prise et me laisser aller pour expliquer le sens philosophique de cet oxymore qui comporte aussi bien le sens de lâcher que de prendre, deux sens contradictoires pour donner un sens à la vie ou comme dirait Jean-Paul Sartre, de la vacuité de la conscience, c.à.d. le néant, à l’existence ou la vraie nature de l’existence.

C’est ce que tout un chacun devrait rechercher dans la vie pour combattre l’ignorance et cheminer vers la progression spirituelle. Lâcher prise ses convictions et certitudes est une sorte d’abandon de soi, un détachement total de l’idée de la maitrise de tout, et de cet art très profane d’avoir toujours raison.

L’intuition devrait prendre le dessus par rapport à l’esprit pour vivre l’expérience directe des choses et changer ce qui peut l’être pour combler ses propres manquements. Et au delà de tout, faire avec l’idée qu’on ne maitrise rien ou pas grand-chose de ce qui nous entoure.

Le lâcher-prise est aussi réagir contre le fait de voir, comme dirait Arthur Schopenhauer (philosophe allemand 1788-1860), que « le faux, le mauvais…, l’absurde et le non-sens devenir l’objet de l’admiration et du respect général » dans notre monde actuel…La magie de la philosophie est l’intemporalité de ses principes : ce qui a été bien pensé hier, est souvent valable aujourd’hui.              

Lâcher-prise c’est dire oui à la vie, c’est prendre le recul sur son comportement et ses pensées. C’est changer son regard sur les choses. Ce qui est perdu est remplacé ! « Trompé par l’espérance, nous dansons dans les bras de la mort » nous dit Schopenhauer. Ce qu’il insinue par la mort est l’ennui.

L’ennui, ce mal qui s’abat sur toute existence insignifiante, indemne de sens, où les non-initiés, les non-curieux, vivent leur vie comme une duperie aussi bien dans le détail que dans l’ensemble. Ils vivent dans le royaume de l’erreur absorbés par les maux inhérents à ce monde. 

L’ennui peut également miner une existence devenue sûre où les besoins de subsistance laissent au fur et à mesure la place à des besoins plus exigeants, plus matériels, qui ne laissent nullement la place à la spiritualité, au chemin vers le lâcher-prise et le recul sur soi.   

Lâcher-prise n’est ni résignation ni passivité mais plutôt être conscient de ses limites, dont notre vie est la plus fidèle représentation. Mais au cours de cette vie, il arrive que l’on découvre de nouvelles limites, inconnues, dont nous ignorions l’existence.

Tout parcours initiatique, en vue d’une progression spirituelle, aide à cerner ces limites et à accéder à la vérité que Schopenhauer décrit comme ceci : « La vérité n’est pas fille de joie à se jeter au cou de qui ne la désire pas ». La vérité est volonté. La vérité est lumière et c’est la plus belle chose dans ce monde. Elle permet d’arriver au meilleur voire au parfait à supposer que le parfait existe.         

La volonté, l’initiation, la vérité ou le lâcher-prise pour enfin le changement ou l’exaltation de la conscience. Ce quatuor résume à mon sens le parcours initiatique pour passer de la conscience empirique à la conscience supérieure ou meilleure, ou comme dirait Platon, du monde sensible au monde des idées (ou monde intelligible).    

Nous sommes avant tout des êtres humains et nous faisons des choix de vie. Parfois, la vie nous impose sa loi comme celle de vivre seul. La vie en solitude peut être synonyme de peur, d’angoisse et de remise en question mais elle peut aussi donner une sensation de grande liberté, de puissance et de force. Et c’est cette vie qu’ont choisi beaucoup de philosophes pour passer de la solitude c.à.d. l’être à soi, à la contemplation et l’argumentation rationnelle.

Parmi ceux-là, on peut citer Epictète, philosophe grec (50 ap. J-C, 135 ap J-C), esclave puis affranchi de l’école stoïcienne, pour qui le bonheur désigne l’indépendance vis-à-vis des circonstances extérieures et le détachement à l’égard des choses. Epictète n’attendait le bien ou le mal que de lui-même. Il ne désirait que ce qui dépendait de lui-même. Il acceptait tout ce qui pouvait cheminer à son bonheur car comme il le dit : « Les hommes se rendent malheureux non par les choses qui arrivent mais par leur manière de voir les choses qui arrivent ».      

Donner à l’être humain son propre pouvoir et sa responsabilité. Se détacher du désir d’être constamment dans la maitrise. Quitter la peur de voir quelque chose ou quelqu’un nous échapper. Vivre en accord et en harmonie avec la nature et la raison, pour parvenir à la sagesse et au bonheur. C’est le principe de la philosophie d’Epictète. En d’autres termes, malgré la non-maitrise des causes, nous nous devons de contrôler nos représentations pour atteindre ce qu’Aristote appelle « le Souverain Bien » c.à.d. le bonheur conçu comme vie conforme à la raison.

Nous avons tous un rôle à jouer dans ce bas monde. Nous y sommes en représentation et nous sommes censés y exercer notre potentiel rationnel pour nous poser les bonnes questions parmi lesquelles, pourquoi sommes-nous créés ? Que savons-nous de nous-mêmes ? Que savons-nous du monde dans lequel nous vivons ? A quoi pensons-nous ? Sommes-nous libres ?...

Les réponses à ces questionnements dépendent de nous, de nos opinions, nos émotions, notre évolution, notre comportement et nos désirs voire nos passions. Et pour dominer ces passions, encore une fois, nous devons dominer nos représentations pour que la raison prenne constamment le dessus.   

Est-ce que bien penser suffit pour vivre dans l’harmonie, la paix, le bonheur, la quiétude spirituelle et matérielle…

Oui car bien penser c’est nous voir dans ce monde sans nous y soustraire. Bien penser c’est admettre. C’est comprendre. Bien penser, c’est aussi chercher sa liberté. C’est assumer les obligations en se débarrassant des contraintes.

Bien penser, c’est créer, innover. C’est être prêt à bouleverser les ordres établis….mais bien penser surtout, c’est continuer de penser car cesser de penser équivaut au déclin de la conscience et à la finitude de l’Homme.  

Lâcher-prise seul c’est bien mais lâcher-prise à plusieurs rend plus fort.

Alors donnons un sens profond au lâcher-prise pour que celui-ci nous élève pour le bien de tous.

Ali Bouallou

 



Ali Bouallou


Rédigé par Ali Bouallou le Lundi 18 Janvier 2021

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