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Les nouveaux dangers de la marchandisation de l’information


La saturation médiatique, un cheval Troie pour l’extrémisme et le complotisme
Al Jazira, FOX News, CNews, BFM TV même combat…



Par Taoufiq Boudchiche

Doit-on s’obliger à débattre avec n’importe quel adversaire politique ? L’exemple viendrait des Etats-Unis où le refus de l’injonction au débat avec les extrémistes de tous bords s’érige en position politique.

Scientifiques, chercheurs, analystes, jusqu’aux hommes politiques ont enclenché un mouvement de  refus  à débattre dans les médias face aux professionnels de la polémique.

En refusant de débattre ils éliminent le risque de faire valoir les fausses idées  véhiculées dans les médias par un adversaire réputé pour ses positions extrémistes.

Trente secondes pour émettre un mensonge et 30 minutes pour le réfuter avec peine et difficulté ; le temps médiatique n’est pas le temps scientifique

Un célèbre scientifique avait ainsi justifié son refus de débattre  «Il faut trente secondes pour émettre une déclaration scientifique trompeuse dans les médias et trente minutes pour la réfuter». La disproportion à dévoiler la vérité face aux déclarations de la désinformation, de la fausse rumeur et les mensonges savamment proférées destinées à déstabiliser ou à compromettre la réputation a trouvé une nouvelle dimension dans l’injonction à débattre.

La médiatisation à outrance et la dictature de l’audimat conduit à saturer le paysage médiatique de sujets à fort clivage politique et sociale. Les sujets de l’insécurité, l’immigration, le terrorisme… par exemple,  donnent lieu désormais à des manipulations intellectuelles de haute voltige dans les médias occidentaux.

La mode est parvenue depuis les Etats-Unis, immédiatement après la chute du Mur de Berlin, quand est sorti l’ouvrage sur « le choc des civilisations », ensuite  des  idéologues de la droite conservatrice  comme « Steve Bannon » ont inauguré un mouvement d’idées au contenu sulfureux sur  le grand remplacement de la société blanche des Etats-Unis par les nouveaux venus issus de l’immigration (Latino et hispaniques, africains, musulmans, …).

A force d’ouvrages publiés, de tournées médiatiques promotionnelles, de stratégies de présence dans les réseaux sociaux, le paysage audiovisuel sature d’injonctions au « débat » et de  « mise en scènes » de confrontations entre les personnages les plus « clivants ». Certains y trouvent  une notoriété qu’ils n’auraient jamais eue sinon.

La liberté de débattre, un cheval de Troie pour l’extrémisme

Sous le hashtag #débate me, un mouvement de pensée américain, tire la sonnette d’alarme sur le déferlement médiatique dans le champ du débat d’idées et du débat politique. Exploitant tous les filons commerciaux, que « l’information marchandise », procure aux médias en termes d’audimat, ce mouvement de pensée part du constat de l’évolution inquiétante du débat politique, notamment, lors des campagnes électorales dans les pays occidentaux qui sont devenues l’objet de toutes les dérives médiatiques, de la cyber-manipulation électorale,  jusqu’à désigner à l’avance le vainqueur.

Dans d’autres sphères culturelles, la manipulation médiatique n’est pas en reste. Médias russes, médias chinois, etc. s’attellent à promouvoir l’information qui convient le mieux aux intérêts politiques.

Al Jazira dans la monde arabo-musulman où l’histoire d’un marasme culturel

Le vaste marché de l’information où la liberté médiatique sert de valeur absolue, celle-ci est devenue prétexte à tous les excès. Par exemple, dans le monde arabo-musulman, la chaîne Al Jazira avait fleuri financée par le Qatar, en offrant des tribunes médiatiques à tous les extrémistes de tous bords. Au début des années 1990, profitant des moyens colossaux des pétrodollars du Qatar, de la technologie satellitaire, elle avait fait du débat sa valeur cardinale avec des « mises en scène hollywoodiennes ».

Des journalistes de talent invitaient tous azimuts opposants, islamistes, adeptes du jihadisme, takfiristes et autres oiseaux de malheur… pour vociférer leurs idéologies de la haine destructrice.  Les télévisions nationales dépourvues de moyens et figées sur des anciens schémas de production et de diffusion étaient alors incapables de promouvoir un autre récit que celui imposé par la chaîne Qatarie.

Sous couvert, de promouvoir un point de vue arabe et musulman, ce sont en fait les modèles de pensée de quelques unes des puissances financières et pétrolières arabo-musulmanes qui ont été le plus largement diffusées. Avec les résultats que l’on connaît chez l’auditeur moyen. Des idéologies « prêtes à penser » qui ont contribué au « sous développement culturel et idéologique » dans le Monde arabo-musulman.

Al Jazira, FOX News, CNews, BFM TV même combat…

L’information a de tout temps été un bien, voire une marchandise, un outil de pouvoir et un précieux objet à toutes les manipulations.  Dans l’écosystème médiatique poste moderne « hyper-connecté » et « hyper-imbriqué », elle est devenue plus qu’une marchandise. Associé à l’évènement ou pas nécessairement,  elle est cette matière première que les médias toutes formes confondues se l’arrachent pour en avoir la primeur, la mettre en scène, la décrypter…

Les sociétés de médias soumises à la loi du capital libéral ont pris la fâcheuse tendance à la guerre à l’audimat dans le but de toucher le maximum d’auditeurs souvent aux dépens de la qualité. Des chaînes se sont imposées dans le marché du débat et de la joute oratoire. Parmi les plus célèbres au plan international  Al Jazira et  Fox News par exemple. Celle-ci ayant même contribué à la victoire de Donald Trump. En France,  CNews et BFM-TV semblent, à la veille de la présidentielle française, également prendre le pli en imposant des chroniqueurs polémistes comme M. Zemmour. C-News a sans nul doute contribué à le  propulser comme candidat à la présidentielle crédité d’un pourcentage d’intentions de votes faisant rêver les plus aguerris des leaders politiques.

Le « complotisme » l’enfant illégitime de la médiatisation à outrance

La parole médiatique étant à fort impact, Les thèses « complotistes » qui pullulent sur les réseaux sociaux,  y trouvent  un terrain de déploiement sans précédent. Les campagnes « anti-vax » par exemple donnent du fil à « retordre » aux gouvernements et aux « politiques publiques »  pour mettre en place des stratégies de sortie de la crise sanitaire sans trop de heurts sociaux.

En d’autres temps, la découverte scientifique d’un vaccin pour répondre au virus du Covid-19 qui a déstabilisé l’humanité serait passée comme une lettre à la poste puisque validée par la majorité des milieux scientifiques, les pouvoirs publics les organisations internationales (ONU, OMS, Laboratoires de recherches…).  

On peut difficilement soupçonner ces dernières de manipuler les résultats scientifiques. Aujourd’hui, il aura suffi à quelques scientifiques réfractaires au consensus scientifique de bénéficier d’une présence médiatique et internet pour faire basculer une partie de l’opinion publique dans des versions invraisemblables de « complotisme mondial » entachant la victoire scientifique et les campagnes de vaccinations à travers le Monde.

Il en va  de même de plus en plus des autres sujets susceptibles de modifier un rapport de force électoral, politique, scientifique…

France, une commission présidentielle pour lutter contre le « complotisme »

Pour prendre la mesure d’un tel sujet, j’évoquerai le cas de la France, où le Président Macron, qui est à la veille d’une campagne électorale où devrait se jouer son deuxième mandat, a décidé d’installer  la semaine dernière une commission présidée par un sociologue afin d’examiner les propositions pour lutter contre le « complotisme ».

Le choix d’un sociologue pour la présider est en soi significatif. Celui-ci lors d’un point de presse a indiqué, que parmi les sujets à étudier, il s’agira de regarder la question des « algorithmes et la façon dont ils peuvent provoquer un «asservissement numérique» en modelant la conversation au sein de la société, la façon dont le marché publicitaire tire profit de ces fausses nouvelles, mais aussi les moyens de développer l'esprit critique, la liberté éditoriale des médias face à la pression des plateformes, ou encore les ingérences étrangères ». Tout est dit dans cette formulation et nous l’en remercions.

Par Taoufiq Boudchiche, Economiste et ancien diplomate international
 



Dimanche 3 Octobre 2021


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