L'ODJ Média

lodj






Lettre fictive ouverte aux partis qui prometteront la lune ...


Ce que l’économie marocaine peut encore supporter, et ce qu’elle ne peut plus se permettre



Mesdames et Messieurs les responsables des partis politiques,

Dans quelques mois, vous présenterez aux Marocains vos programmes pour les élections législatives de septembre 2026. Vous parlerez pouvoir d’achat, emploi, investissement, justice sociale, souveraineté économique, jeunesse, monde rural, santé, école, entreprises, fiscalité, dette, soutien public. Vous promettrez, parfois beaucoup. Peut-être trop.

Permettez alors qu’une voix venue d’un autre registre que celui du meeting ou du slogan vous adresse cette mise au point. Non pour arbitrer le débat démocratique. Ce n’est pas le rôle d’une banque centrale. Mais pour rappeler une évidence que la politique oublie souvent à l’approche des urnes : une économie n’obéit ni aux applaudissements, ni aux affiches, ni aux enthousiasmes de campagne. Elle obéit à des équilibres. Et ces équilibres, eux, ne votent pas. Ils sanctionnent.

Le Maroc aborde 2026 avec des raisons sérieuses d’espérer :
 
La croissance s’annonce plus vigoureuse.
L’inflation, après les secousses des dernières années, se modère.
La campagne agricole redonne de l’oxygène à des territoires éprouvés par la sécheresse.
Les activités non agricoles tiennent bon.
L’investissement dans les infrastructures produit ses effets.
Le tourisme résiste.
L’automobile exporte.
Les recettes extérieures restent soutenues par plusieurs piliers.

En somme, le pays n’est pas à terre. Il n’est pas non plus dans l’euphorie. Il est dans cet entre-deux délicat où la solidité existe, mais où la vulnérabilité n’a pas disparu.

C’est précisément dans ce moment-là que les erreurs politiques coûtent le plus cher.

Car derrière les indicateurs encourageants se cache une vérité moins confortable. La bonne année agricole annoncée ne doit pas être confondue avec une transformation structurelle du modèle. Une récolte abondante soulage, mais elle ne règle ni la productivité de long terme, ni la dépendance climatique, ni la question de la valeur ajoutée durable dans le monde rural. De la même manière, une inflation ralentie n’autorise pas à faire croire que la bataille du coût de la vie est définitivement gagnée. Le Maroc reste exposé aux chocs importés, particulièrement énergétiques. Et dans un monde traversé par les tensions géopolitiques, l’énergie peut redevenir en quelques semaines ce qu’elle a déjà été : un impôt extérieur imposé à toute l’économie.

Voilà pourquoi vos programmes ne peuvent plus être écrits comme on rédigeait hier des catalogues de promesses. Le temps des plateformes électorales où chaque problème appelait une dépense nouvelle, chaque frustration une subvention, chaque attente un engagement budgétaire flou, ce temps-là touche à ses limites. Le pays a besoin d’un débat adulte. Non d’un concours d’annonces.

Il vous faudra donc choisir vos mots avec la même rigueur qu’un banquier choisit ses engagements. Quand vous parlerez de pouvoir d’achat, dites par quels mécanismes durables vous comptez l’améliorer. S’il s’agit seulement d’ouvrir plus grand le robinet budgétaire, dites aussi qui paiera la facture demain. Quand vous parlerez d’emploi, évitez le vieux réflexe consistant à additionner des postes publics imaginaires comme s’ils créaient de la richesse par eux-mêmes. L’emploi qui tient ne vient pas d’une formule. Il vient d’un tissu productif plus dense, plus compétitif, mieux financé, mieux formé.

Quand vous parlerez d’entreprise, surtout, soyez cohérents. On ne peut pas réclamer simultanément plus d’investissement privé, plus de création de richesse, plus d’exportations, et continuer à traiter l’entreprise comme un suspect fiscal ou moral chaque fois que la campagne électorale exige des coupables. Le pays a besoin de davantage d’investissement, pas d’un climat de méfiance supplémentaire. Mais cet investissement, lui aussi, suppose un cadre : visibilité, stabilité réglementaire, accès au foncier, justice commerciale plus rapide, financement moins coûteux, administration moins punitive.

Il y a ici un autre sujet que vous auriez tort d’ignorer : celui de la transmission réelle de la politique monétaire. Lorsqu’un taux baisse, encore faut-il que cette détente se retrouve concrètement dans le crédit aux entreprises et aux ménages. Autrement dit, le débat économique de 2026 ne peut pas rester prisonnier des grands mots. Il doit entrer dans la plomberie réelle de l’économie : comment circule l’argent ? À quel prix ? Pour qui ? Avec quelles asymétries ? Si vos programmes ignorent cela, ils parleront du Maroc théorique, pas du Maroc productif.

Je vous invite également à une lucidité plus grande sur notre commerce extérieur. Oui, le Maroc dispose aujourd’hui de plusieurs amortisseurs : automobile, phosphate, tourisme, transferts des Marocains du monde, réserves de change plus confortables. C’est un acquis précieux. Mais cet acquis ne doit pas nourrir l’illusion d’une invulnérabilité. Le pays reste dépendant de l’extérieur pour une part essentielle de ses besoins énergétiques. Cela signifie qu’un choc pétrolier, un emballement régional ou une crise logistique mondiale peuvent rapidement reprendre d’une main ce que la croissance intérieure avait commencé à reconstruire de l’autre.

Dans ce contexte, la responsabilité d’un parti sérieux n’est pas de promettre tout à tout le monde. C’est d’expliquer les arbitrages. Il faudra sans doute investir davantage, mais sans fragiliser les grands équilibres. Il faudra soutenir davantage, mais avec un ciblage plus intelligent. Il faudra protéger les plus exposés, sans généraliser des mécanismes coûteux et inefficaces. Il faudra parler au pays réel : celui des jeunes diplômés sans débouchés, des classes moyennes pressurisées, des petites entreprises fatiguées, du monde rural dépendant du ciel, des ménages qui ne mesurent pas l’inflation en pourcentage mais en panier, en facture, en loyer, en transport, en renoncement.

L’échéance de septembre 2026 peut être utile au Maroc à une seule condition : qu’elle ouvre un cycle de vérité. Pas un carnaval statistique. Pas une compétition de chiffres détachés des capacités du pays. Pas une inflation verbale au moment même où nous essayons de contenir l’inflation économique.

Les citoyens attendent de vous des solutions. Ils ont raison. Mais les solutions ne valent que si elles tiennent debout après le scrutin. Ce que l’économie marocaine demande aujourd’hui à la politique, ce n’est pas davantage de lyrisme. C’est davantage de discipline intellectuelle. Le prochain Parlement pourra voter des lois, pas abolir les contraintes. Le prochain gouvernement pourra lancer des chantiers, pas suspendre les réalités extérieures. La souveraineté n’est pas la liberté de nier les équilibres ; elle est la capacité de les maîtriser sans les travestir.

Je vous écris donc, symboliquement, non pour refroidir le débat démocratique, mais pour lui rendre sa gravité. Le Maroc peut croître. Le Maroc peut amortir. Le Maroc peut investir. Le Maroc peut corriger. Mais il ne peut plus se permettre une politique économique de vitrine, faite de promesses instantanées et de factures différées.

À l’heure des programmes, souvenez-vous de ceci : un pays ne se fragilise pas seulement par la crise. Il se fragilise aussi par l’illusion.

Cordialement, un banquier, au nom des équilibres que personne n’applaudit, mais que tout le monde paie lorsqu’ils s’effondrent.



Dimanche 29 Mars 2026



Dans la même rubrique :
< >

Mardi 24 Mars 2026 - 20:00 Le Sénégal et le TAS en dix questions.

Billet | Chroniqueurs invités | Experts invités | Quartier libre | Chroniques Vidéo | Replay vidéo & podcast outdoor | Podcast Agora


Bannière Réseaux Sociaux


Bannière Lodj DJ

Avertissement : Les textes publiés sous l’appellation « Quartier libre » ou « Chroniqueurs invités » ou “Coup de cœur” ou "Communiqué de presse" doivent être conformes à toutes les exigences mentionnées ci-dessous.

1-L’objectif de l’ODJ est de d’offrir un espace d’expression libre aux internautes en général et des confrères invités (avec leurs accords) sur des sujets de leur choix, pourvu que les textes présentés soient conformes à la charte de l’ODJ.

2-Cet espace est modéré  par les membres de la rédaction de lodj.ma, qui conjointement assureront la publication des tribunes et leur conformité à la charte de l’ODJ

3-L’ensemble des écrits publiés dans cette rubrique relève de l’entière responsabilité de leur(s) auteur(s).la rédaction de lodj.ma ne saurait être tenue responsable du contenu de ces tribunes.

4-Nous n’accepterons pas de publier des propos ayant un contenu diffamatoire, menaçant, abusif, obscène, ou tout autre contenu qui pourrait transgresser la loi.

5-Tout propos raciste, sexiste, ou portant atteinte à quelqu’un à cause de sa religion, son origine, son genre ou son orientation sexuelle ne sera pas retenu pour publication et sera refusé.

Toute forme de plagiat est également à proscrire.

 







LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html

















Vos contributions
LODJ Vidéo