Derrière ces grands nombres se dessine une réalité plus nuancée : si l’appétit pour l’émission de titres demeure fort, la structure même des instruments révèle des tendances économiques à suivre de près.
Une large part de ces levées de capitaux provient des émissions de titres de créances négociables (TCN), qui représentent à elles seules 61,69 MMDH. Ces instruments, souvent privilégiés par les entreprises pour financer leurs besoins de trésorerie à court terme, continuent d’occuper une place dominante. À côté, les émissions obligataires, davantage orientées vers des projets d’investissement à moyen et long terme, ont totalisé 40,35 MMDH. Enfin, les émissions de titres de capital – actions par exemple – restent modestes avec 4,57 MMDH, ce qui pose la question de l’attractivité des placements en capital-risque ou en croissance.
Ces chiffres bruts méritent une interprétation mesurée. D’un côté, l’augmentation globale des levées (+ 18,7 % environ en glissement annuel) témoigne d’une plus grande activité financière et d’une meilleure capacité d’absorption des émissions par les investisseurs. De l’autre, la faible part relative des titres de capital en dit long sur les défis structurels persistants du marché marocain : peu de nouvelles introductions en bourse et un marché actions qui peine à gagner l’enthousiasme des particuliers. Cette observation résonne particulièrement auprès des jeunes investisseurs marocains qui, souvent, demandent plus de diversité et d’accessibilité dans les opportunités financières.
Du côté des opérations de prêt-emprunt de titres, un autre indicateur vital de la liquidité et de la sophistication du marché, l’encours atteint 31 MMDH. Ce chiffre est intéressant à deux titres : il est en baisse de 15 % depuis le début de l’année 2025, mais il affiche une hausse de 2 % par rapport à fin novembre 2024. Cette dualité suggère un marché en mouvement, peut-être ralenti par des incertitudes macroéconomiques ou des besoins de trésorerie différents des années précédentes.
Pour le seul mois de novembre 2025, les levées de capitaux ont atteint 8,79 MMDH, comprenant 5,55 MMDH d’émissions obligataires et 3,24 MMDH de TCN. Bien que ce total mensualisé soit inférieur à certains pics observés plus tôt dans l’année (comme en juin ou en juillet), il confirme une activité continue qui ne faiblit pas même en fin d’année.
L’un des enseignements les plus significatifs de ces données est, sans doute, le rôle central du marché obligataire et des TCN dans le financement national. Cette dominance reflète, d’un côté, une préférence pour des instruments moins risqués par rapport aux actions et, de l’autre, une confiance croissante des investisseurs institutionnels et des grands épargnants dans le cadre réglementaire que promeut l’AMMC. Toutefois, pour de nombreux jeunes entrepreneurs et investisseurs marocains, cette tendance peut sembler conservatrice, voire limitée, face au besoin de financement innovant et d’accès à des véhicules d’investissement plus dynamiques.
Enfin, derrière ces chiffres se joue une réalité plus vaste : celle d’une économie marocaine en quête d’un équilibre entre sécurité et croissance durable. Les levées de capitaux, loin d’être un simple baromètre financier, constituent un prisme à travers lequel se lit l’état de confiance des acteurs économiques. Dans un contexte de défis mondiaux inflation, tensions géopolitiques, changements de taux d’intérêt le marché marocain tient la barre, mais il faudra encore des réformes et des incitations pour stimuler davantage l’investissement en capital et encourager une finance plus inclusive et tournée vers l’avenir.
Derrière chaque chiffre, c’est l’histoire d’une économie qui se transforme : plus ouverte aux financements diversifiés, mais encore en quête d’un second souffle pour mobiliser les énergies créatives des investisseurs et accompagner les ambitions de prospérité partagée du Maroc.












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