L’année qui vient de s’achever a été décisive pour le Maroc sur le front agricole, et plus particulièrement pour ses exportations fruitières. L’avocat, longtemps considéré comme un pari audacieux de diversification, a atteint en 2025 des sommets en termes de volumes et de recettes. Selon les données de la plateforme spécialisée EastFruit, le Royaume a expédié 112 000 tonnes d’avocats entre septembre 2024 et août 2025 un niveau inédit qui double pratiquement les chiffres de la saison précédente et dépasse pour la première fois 300 millions de dollars de recettes à l’export.
Cette performance s’inscrit dans une dynamique de croissance qui dure depuis au moins cinq campagnes consécutives, portée par l’extension des surfaces plantées, la maturation des vergers et une demande soutenue de la variété Hass sur les marchés internationaux. Pourtant, dès que l’on gratte un peu sous la surface de ces chiffres, apparaissent des fragilités qui interpellent.
À Rabat ou à Casablanca, dans les bureaux comme dans les fermes du Gharb ou du Loukkos, on rejoint souvent l’avis des producteurs : “Ces records sont impressionnants, certes, mais ils ne doivent pas masquer l’alerte que lance déjà le climat”. Plus chaud, plus sec, et avec des bassins hydriques sous pression, le pays doit jongler entre ambitions économiques et contraintes environnementales. Cette tension est loin d’être théorique : certains vergers récents, moins bien irrigués ou moins bien équipés, ont souffert de stress hydrique et de chutes précoces de fleurs et de fruits. Le signal est clair : la croissance brute des volumes arrive à ses limites si elle n’est pas accompagnée d’une stratégie de gestion de l’eau et de résilience climatique.
Sur le marché européen, la géographie des exportations de l’avocat marocain évolue aussi. L’Espagne reste en tête des importateurs, mais d’autres pays confirment leur appétit : la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et notamment l’Allemagne, où les exportations ont doublé pour atteindre près de 20 000 tonnes, valorisées à environ 80 millions de dollars. Parallèlement, des progressions remarquables, quoique encore modestes en volume, ont été enregistrées vers des marchés comme le Canada ou la Suisse, élargissant la portée géographique des fruits marocains.
Pendant que l’avocat attire tous les regards et les inquiétudes autour de l’eau une autre filière joue sa partition, parfois dans l’ombre mais avec un tempo convaincant : la myrtille. En 2024, le Maroc est devenu le quatrième exportateur mondial de myrtilles, avec environ 83 000 tonnes expédiées, un bond impressionnant dans un secteur extrêmement compétitif. Cette progression est révélatrice d’une capacité d’adaptation et d’une maîtrise technique qui contrastent avec les fragilités apparentes de certaines zones de productions d’avocats.
La récolte marocaine de myrtilles s’étend souvent de décembre jusqu’au printemps, offrant une fenêtre commerciale stratégique sur l’Union européenne en amont ou en relais d’autres origines. Cette avance temporelle, couplée à une logistique efficace et à une standardisation des calibres, confère au pays un avantage comparatif distinct. Cependant, la pression sur les prix et les défis liés aux coûts énergétiques et aux normes sanitaires demeurent des enjeux majeurs pour consolider cette réussite.
À y regarder de plus près, l’année 2025 ne se résume donc pas à un simple tableau de chiffres record, mais à un moment de vérité pour l’agriculture exportatrice marocaine. Les filières à haute valeur ajoutée comme l’avocat ou la myrtille ont prouvé leur capacité à séduire les marchés étrangers, mais leur avenir dépendra de leur aptitude à conjuguer performance commerciale, qualité durable, et gestion responsable des ressources naturelles.
La chute de cet épisode est peut-être mieux exprimée par ce que l’on entend dans les vergers : “Oui, nous avons franchi un cap. Mais si nos arbres ne trouvent plus d’eau, cette envolée restera un feu de paille.” Cette phrase, souvent entendue dans les plaines agricoles du nord, résume à la fois l’optimisme pragmatique et la gravité du défi qui attend le secteur. Pour le Maroc, l’équation n’est plus seulement de produire davantage, mais de produire mieux, plus intelligemment et de façon durable.












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