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Même l’Inde vacille : la pénurie de gaz révèle la brutalité du nouveau désordre énergétique

Ce qui se joue ici dépasse donc la simple histoire de restaurants fermés.


Rédigé par La rédaction le Samedi 21 Mars 2026

Il y a des crises qui restent loin, presque abstraites, jusqu’au moment où elles entrent dans la cuisine. En Inde, c’est exactement ce qui se passe. Ce n’est plus seulement une guerre au Moyen-Orient, un détroit bloqué sur une carte ou des chiffres agités par les marchés. C’est une file d’attente devant une agence de bouteilles de gaz. C’est un restaurant qui réduit son menu. C’est une cantine qui supprime les plats chauds. C’est une économie géante qui découvre, à ses dépens, que la souveraineté énergétique n’est jamais acquise. Reuters a documenté ces fermetures temporaires, ces tensions sur le GPL et ces perturbations qui frappent la restauration, les hôtels, les cantines et une partie de la vie quotidienne dans plusieurs villes indiennes.



Quand un pays comme l’Inde se retrouve obligé de rationner, de prioriser, d’arbitrer entre ménages et restauration, et d’appeler au basculement vers l’électricité ou le gaz canalisé, cela signifie que la crise n’est plus locale. Elle devient systémique.

Le plus frappant, au fond, n’est pas la pénurie en elle-même. C’est le pays qu’elle atteint. L’Inde n’est ni un petit importateur fragile ni une économie périphérique. C’est un géant démographique, industriel et politique. Pourtant, elle se retrouve exposée par une dépendance massive au GPL importé. L’an dernier, le pays a consommé 33,15 millions de tonnes de gaz de cuisson, et environ 60 % de cette demande venait de l’étranger. Plus grave encore : près de 90 % de ces importations arrivaient du Moyen-Orient. Autrement dit, quand le Golfe s’enraye, c’est l’une des plus grandes cuisines du monde qui se met à trembler.

Cette crise a aussi une cruauté sociale très particulière. Dans les grands récits énergétiques, on parle souvent de pétrole, de gaz naturel, de prix du baril ou de sécurité maritime. En Inde, la crise se lit d’abord dans les usages ordinaires. Le GPL n’est pas un produit abstrait : il permet à des centaines de millions de foyers de cuire leurs repas. Quand il manque, ce ne sont pas seulement des marges qui fondent, ce sont des routines familiales qui s’effondrent.

Et quand l’État décide, logiquement, de donner la priorité aux ménages, aux hôpitaux et aux établissements éducatifs, ce sont les usages commerciaux qui encaissent le choc frontal. Les restaurants deviennent alors les victimes visibles d’un arbitrage politique que le gouvernement assume ouvertement.

Il faut d’ailleurs le dire sans caricature : New Delhi ne reste pas les bras croisés. Les autorités ont activé des mesures d’urgence, augmenté la production domestique de GPL dans les raffineries, demandé aux consommateurs disposant déjà du gaz de ville de réduire leur dépendance aux bouteilles, révisé les intervalles de réservation et renforcé la lutte contre la thésaurisation et le marché noir.

Selon les communications officielles, la production intérieure de GPL a été relevée d’environ 30 à 36 %, et des volumes supplémentaires de GPL commercial ont été proposés aux États sous conditions de transition vers des solutions plus durables comme le PNG. Autrement dit, l’État indien ne nie pas la crise ; il tente de la contenir.

Mais la gestion de crise, aussi énergique soit-elle, ne change pas la réalité structurelle. L’Inde découvre en accéléré ce que beaucoup de pays préfèrent ne pas regarder en face : la mondialisation énergétique fonctionne tant que les routes maritimes restent fluides, que les détroits restent ouverts et que la guerre ne déborde pas sur les infrastructures. Dès que ces conditions cessent, la dépendance redevient une vulnérabilité nue.

Les réservations quotidiennes de bonbonnes ont bondi sous l’effet de la peur, passant selon Reuters d’environ 5,5 à 7,6 millions par jour à un pic de tension. Ce chiffre dit tout : la pénurie physique n’est jamais seule. Elle est doublée d’une pénurie psychologique, celle de la confiance.

La leçon, pour le reste du monde, mérite d’être entendue. Quand un pays comme l’Inde se retrouve obligé de rationner, de prioriser, d’arbitrer entre ménages et restauration, et d’appeler au basculement vers l’électricité ou le gaz canalisé, cela signifie que la crise n’est plus locale. Elle devient systémique. Reuters note déjà que l’impact énergétique de la guerre avec l’Iran dépasse largement le seul marché indien et alimente une désorganisation plus vaste des flux, des coûts et des chaînes d’approvisionnement. L’Inde a commencé à chercher d’autres sources, y compris en dehors du Moyen-Orient, mais cette diversification a un coût logistique, financier et temporel. On ne remplace pas en quelques jours un voisin énergétique par un fournisseur lointain.

Ce qui se joue ici dépasse donc la simple histoire de restaurants fermés. La scène indienne agit comme un révélateur. Elle rappelle que derrière chaque guerre dite “régionale”, il y a des économies lointaines qui paient l’addition. Derrière chaque missile, il y a parfois une cuisine qui s’éteint à des milliers de kilomètres. Derrière chaque blocage maritime, il y a une inflation importée, une petite entreprise étranglée, une cantine qui improvise des repas froids, un travailleur journalier qui perd sa journée. La mondialisation a longtemps vendu l’illusion de la fluidité permanente ; la crise du gaz en Inde réintroduit la vieille vérité des dépendances matérielles.

Il faut enfin se garder de l’excès inverse. Non, l’Inde n’est pas en collapse. Non, le pays ne manque pas de tout. Le gouvernement assure qu’il n’y a pas d’assèchement total du système, et des réallocations de volumes sont annoncées pour soulager progressivement le secteur commercial. Mais c’est précisément parce que l’Inde tient encore debout que l’alerte est sérieuse. Lorsqu’un géant de cette taille souffre sans tomber, il envoie au monde un message limpide : le système énergétique international est devenu si tendu que même les puissances résilientes ne sont plus à l’abri.

Au fond, cette séquence indienne dit quelque chose d’essentiel sur l’époque. Nous entrons dans un monde où la géopolitique ne se contente plus d’inquiéter les diplomates et les bourses ; elle remonte jusqu’aux fourneaux, aux commerces, aux familles. Et quand même l’Inde doit compter ses bouteilles de gaz, c’est que le désordre mondial n’est plus un bruit de fond. C’est déjà une réalité domestique.





Samedi 21 Mars 2026

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