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Prix, carburants, pharmacies : Ahmed Rahhou lève le voile


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Lundi 9 Mars 2026

Carburants, pharmacies, produits alimentaires ou plateformes numériques : plusieurs marchés sensibles se retrouvent aujourd’hui sous le regard attentif du Conseil de la concurrence. Invité de l’émission Nabd Al Omk le 6 mars, son président Ahmed Rahhou a détaillé les mécanismes économiques à l’origine des tensions sur les prix et les enquêtes en cours. Derrière les débats parfois passionnés, il rappelle une réalité plus technique : le rôle de l’institution consiste moins à fixer les prix qu’à traquer les distorsions de concurrence.



Pendant plus d’une heure d’échanges, Ahmed Rahhou a levé le voile sur les dossiers qui alimentent aujourd’hui les discussions économiques au Maroc. Prix des carburants, sanctions contre certaines compagnies pétrolières, fragilités du secteur pharmaceutique, enquêtes dans des marchés de consommation : le président du Conseil de la concurrence a déroulé une cartographie précise des tensions qui traversent l’économie nationale.
 

Au passage, il a tenu à clarifier un malentendu fréquent dans l’opinion. Le Conseil de la concurrence n’est pas un observatoire quotidien des prix. « Notre rôle consiste à analyser les causes d’une hausse durable et à vérifier s’il existe des ententes entre opérateurs », explique-t-il. Autrement dit, l’institution intervient surtout lorsque des indices laissent penser que la concurrence est faussée.
 

Cette distinction peut sembler technique, mais elle est centrale dans l’architecture économique marocaine. D’un côté, l’État surveille les marchés à travers différents dispositifs administratifs relevant notamment du ministère de l’Intérieur ou du ministère des Finances. De l’autre, le Conseil agit sur un temps plus long, celui de l’enquête économique et juridique.
 

Une précision importante dans un contexte où les consommateurs s’interrogent de plus en plus sur la formation des prix.


Pharmacies : un modèle économique sous pression

Le secteur pharmaceutique occupe une place particulière dans les préoccupations du Conseil. Ahmed Rahhou parle sans détour d’un système fragilisé par plusieurs déséquilibres structurels.
 

Le Maroc compte aujourd’hui près de 14.000 pharmacies, un niveau que le président du Conseil juge élevé au regard des repères internationaux. L’Organisation mondiale de la santé évoque généralement un ratio d’environ une pharmacie pour 5.000 habitants, alors que le réseau marocain dépasse ce seuil.
 

À cette densité s’ajoute l’arrivée régulière de nouveaux diplômés. Chaque année, près de 900 pharmaciens rejoignent la profession, accentuant la pression sur un marché déjà très concurrentiel.
 

Conséquence directe : selon les estimations évoquées par Ahmed Rahhou, environ 4.000 pharmaciens rencontreraient aujourd’hui des difficultés financières. Certaines officines peinent à atteindre un niveau de revenu suffisant pour assurer leur équilibre.
 

Face à cette situation, le Conseil de la concurrence a proposé une piste qui alimente déjà les discussions dans la profession : l’ouverture du capital des pharmacies. L’idée serait de permettre l’arrivée de nouveaux investisseurs afin de soutenir l’évolution économique du secteur.
 

Dans plusieurs pays, rappelle Rahhou, les officines diversifient largement leurs activités. Une part significative de leur chiffre d’affaires provient de la parapharmacie, de la nutrition ou de produits liés au bien-être et à l’hygiène. Ces segments peuvent représenter près de 30 % des revenus.
 

Au Maroc, le modèle reste beaucoup plus centré sur la distribution de médicaments. Une spécialisation qui limite les sources de revenus et fragilise certaines structures.
 

Le président du Conseil rappelle par ailleurs que les pharmaciens ne fixent pas eux-mêmes les prix des médicaments. Ceux-ci sont déterminés par l’État lors de l’autorisation de mise sur le marché. Ni les pharmaciens, ni les grossistes, ni les distributeurs ne peuvent les modifier librement.
 

Une réforme est toutefois envisagée pour réviser ces prix tous les trois ans, contre cinq auparavant, afin de mieux suivre l’évolution du marché.


Carburants : la contrainte du marché mondial

La question des carburants reste évidemment au cœur du débat public. Sur ce point, Ahmed Rahhou insiste sur une réalité structurelle : le Maroc dépend entièrement des importations de pétrole et de produits raffinés.
 

Essence et gasoil sont donc directement influencés par les fluctuations des marchés internationaux. Lorsque les cours mondiaux montent, la hausse finit inévitablement par se répercuter sur le marché national.
 

Dans ce contexte, le rôle du Conseil de la concurrence consiste à surveiller un paramètre clé : l’évolution des marges pratiquées par les opérateurs du secteur.
 

À la suite d’enquêtes menées ces dernières années, les sociétés pétrolières transmettent désormais tous les trois mois leurs données de prix d’achat, de prix de vente et de marges au Conseil. Ces informations font ensuite l’objet d’analyses afin de vérifier si les variations observées au Maroc correspondent bien aux évolutions des marchés internationaux.
 

Une interrogation revient souvent chez les consommateurs : les prix augmentent-ils plus vite qu’ils ne baissent ?
 

Le Conseil avait effectivement identifié ce phénomène lors de la forte volatilité des marchés en 2022. « Le rythme d’application des hausses était plus rapide que celui des baisses », rappelle Rahhou. Depuis, un suivi plus attentif aurait permis un rapprochement progressif avec les tendances internationales.


Sanctions, enquêtes et marchés sensibles

Le président du Conseil est également revenu sur les sanctions infligées aux compagnies pétrolières à l’issue d’une enquête pour pratiques anticoncurrentielles. La loi marocaine prévoit que les amendes peuvent atteindre jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires des entreprises concernées.
 

Dans le cas examiné par l’institution, la sanction représenterait environ les deux tiers des bénéfices annuels des sociétés impliquées, un niveau jugé particulièrement élevé au regard de certaines pratiques internationales.
 

Pour autant, le Conseil privilégie parfois la voie de la conciliation plutôt que celle d’un long contentieux judiciaire. Les procédures devant les tribunaux peuvent durer plusieurs années. La transaction permet alors d’obtenir plus rapidement des engagements correctifs.
 

L’objectif, insiste Rahhou, n’est pas uniquement de sanctionner mais aussi de corriger les dysfonctionnements des marchés.
 

Plusieurs secteurs restent par ailleurs sous surveillance. Le président du Conseil évoque notamment une enquête sur le marché de la banane, où des soupçons d’entente sur les prix ou les volumes ont émergé.
 

Dans la filière halieutique, un travail est également engagé pour améliorer la transparence des marchés de gros du poisson et mieux comprendre l’écart entre les prix à la première vente et ceux pratiqués chez les détaillants.
 

Dans l’économie numérique, le Conseil s’est aussi penché sur la plateforme de livraison Glovo. L’institution a privilégié l’obtention d’engagements visant à améliorer la situation des livreurs, notamment à travers la garantie d’un revenu minimal pouvant atteindre environ 20 % au-dessus du salaire minimum légal.


Liberté des prix et concurrence

Interrogé sur l’idée d’un retour au plafonnement administratif des prix, Ahmed Rahhou reste prudent. Selon lui, l’expérience économique montre que des prix artificiellement limités peuvent entraîner des pénuries ou une baisse de la qualité de l’offre.
 

Lorsque les marges deviennent trop faibles, les opérateurs peuvent être tentés de réduire leur production ou de se retirer du marché.
 

Dans cette logique, le président du Conseil reste attaché à un principe fondamental du modèle économique marocain : la liberté des prix encadrée par la concurrence.
 

« La concurrence et la liberté des prix restent la meilleure manière de protéger le consommateur », affirme-t-il.

Au fil de cet entretien, une idée s’impose : réguler un marché ne consiste pas seulement à intervenir sur les prix visibles. Il s’agit d’abord de comprendre les mécanismes qui les produisent. Dans une économie ouverte comme celle du Maroc, où les chaînes d’approvisionnement sont largement mondialisées et certains secteurs concentrés, la concurrence demeure un équilibre délicat. C’est précisément sur cette ligne que le Conseil de la concurrence tente d’avancer entre enquête, régulation et pédagogie économique.






Lundi 9 Mars 2026

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