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Psychiatrie et condamnation pénale d’un médecin : Le rôle de l’ordre des médecins.


Par Dr Anwar CHERKAOUI - Expert en communication médicale et journalisme de santé.

Après la condamnation d’un médecin psychiatre pour abus sexuels, l’ordre national des médecins est dans l’obligation de se prononcer sur cette affaire.

Son silence porte préjudice à la crédibilité de toute la profession médicale.

Un médecin psychiatre marocain viens d'être condamné à 20 ans de prison pour abus sexuels formulées envrrs certaines de ses patientes.  définitive n’a été rendue.

Au-delà de la dimension individuelle de ce dossier, cette affaire soulève des interrogations profondes qui dépassent le seul cadre judiciaire.

Elle invite magistrats, professionnels de santé et opinion publique à réfléchir à plusieurs questions essentielles : la responsabilité médicale, la protection des patients vulnérables et l’équilibre délicat entre confiance thérapeutique et pouvoir d’influence du soignant.



La psychiatrie occupe en effet une place particulière dans l’univers médical.

Elle intervient au cœur même de l’intimité psychique.

Dans le cabinet du psychiatre, les patients déposent leurs angoisses, leurs traumatismes, leurs fragilités les plus profondes. La relation thérapeutique repose sur un lien de confiance absolu et sur une asymétrie structurelle entre le soignant et la personne en souffrance.

Le médecin détient le savoir, l’autorité médicale et une forme d’influence qui dépasse largement le cadre d’un acte technique. Dans cet espace thérapeutique singulier, la question du consentement devient particulièrement complexe.

Un patient en état de souffrance psychique, de dépression ou de dépendance affective peut-il réellement exprimer un consentement libre et pleinement éclairé dans une relation intime avec son thérapeute ?

Les codes de déontologie médicale à travers le monde apportent une réponse claire :

Toute relation intime entre un médecin et un patient pendant la période de prise en charge constitue une transgression grave des règles professionnelles. Au Maroc, deux dimensions doivent être distinguées dans l’analyse de ce type d’affaires.

La première est pénale. Lorsqu’une plainte est déposée, il appartient à la justice d’examiner les faits, d’évaluer les éléments de preuve et de qualifier juridiquement les actes éventuels.

Les magistrats doivent apprécier la situation à la lumière du droit pénal, en tenant compte, le cas échéant, de la vulnérabilité des plaignants et du lien d’autorité qui peut exister dans la relation thérapeutique.

La seconde dimension relève du champ disciplinaire. L’Ordre des médecins peut être saisi pour examiner d’éventuels manquements aux règles de déontologie. Cette procédure est distincte de la procédure judiciaire.

Elle vise avant tout à préserver l’éthique de la profession et à maintenir la confiance du public dans l’institution médicale. Les affaires d’abus en milieu psychiatrique présentent souvent une particularité : la parole des victimes peut émerger tardivement.

La honte, la peur de ne pas être crue, la crainte de la stigmatisation liée aux troubles psychiques ou encore l’attachement émotionnel au thérapeute peuvent retarder la révélation des faits.

Cette réalité oblige les acteurs judiciaires à une analyse particulièrement fine des mécanismes psychologiques à l’œuvre.

La parole d’un patient ne peut être disqualifiée du seul fait de sa pathologie.

Mais elle ne peut pas non plus être acceptée sans un examen rigoureux et contradictoire. Dans ce contexte, l’information du public doit être menée avec prudence et responsabilité.

Il serait injuste d’assimiler une accusation individuelle à l’ensemble d’une profession. L’immense majorité des psychiatres marocains exerce avec intégrité, dévouement et respect strict de l’éthique médicale.

Toutefois, la protection de l’honneur d’une profession ne peut reposer sur le silence. Au contraire, la crédibilité du corps médical se renforce lorsqu’il se montre capable d’examiner avec lucidité les dérives éventuelles et de sanctionner celles qui sont établies.

Une question institutionnelle se pose également :

Quelle autorité et quelle crédibilité peut revendiquer une instance ordinale lorsque son mandat est dépassé ou contesté ?

Dans un contexte aussi sensible, la légitimité des institutions professionnelles constitue un élément central pour garantir la confiance du public.

Après la condamnation de ce médecin psychiatre, l’ordre national est dans l’obligation de se prononcer sur cette affaire.

Cette affaire invite enfin à une réflexion plus large sur la prévention.

Le renforcement de la formation éthique des praticiens, une meilleure sensibilisation aux phénomènes de transfert et de contre-transfert — notions fondamentales en psychiatrie —, la mise en place de dispositifs de signalement accessibles aux patients, ou encore le développement d’espaces de supervision professionnelle pourraient contribuer à sécuriser davantage la relation thérapeutique.

La médecine repose sur un pacte de confiance entre le soignant et le patient. En psychiatrie, ce pacte est particulièrement fragile car il touche à l’équilibre émotionnel et à l’intimité psychique de la personne.

Si des abus venaient à être établis, ils ne constitueraient pas seulement une faute pénale ou disciplinaire.

Ils porteraient atteinte au cœur même de la relation de soin. Entre condamnation pénale d’un médecin, , protection des personnes vulnérables et exigence d’éthique professionnelle, l’équilibre est délicat. Mais il demeure indispensable.

Informer avec rigueur, sans sensationnalisme ni complaisance, constitue une responsabilité essentielle pour éclairer la justice et préserver la confiance du public dans la médecine.

C'est une des responsabilités d’un ordre des médecins qui respecte cette noble profession, qu’est la médecine.

Par Dr Anwar CHERKAOUI.



Jeudi 5 Mars 2026

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