La psychiatrie occupe en effet une place particulière dans l’univers médical.
Dans le cabinet du psychiatre, les patients déposent leurs angoisses, leurs traumatismes, leurs fragilités les plus profondes. La relation thérapeutique repose sur un lien de confiance absolu et sur une asymétrie structurelle entre le soignant et la personne en souffrance.
Le médecin détient le savoir, l’autorité médicale et une forme d’influence qui dépasse largement le cadre d’un acte technique. Dans cet espace thérapeutique singulier, la question du consentement devient particulièrement complexe.
Un patient en état de souffrance psychique, de dépression ou de dépendance affective peut-il réellement exprimer un consentement libre et pleinement éclairé dans une relation intime avec son thérapeute ?
Les codes de déontologie médicale à travers le monde apportent une réponse claire :
La première est pénale. Lorsqu’une plainte est déposée, il appartient à la justice d’examiner les faits, d’évaluer les éléments de preuve et de qualifier juridiquement les actes éventuels.
Les magistrats doivent apprécier la situation à la lumière du droit pénal, en tenant compte, le cas échéant, de la vulnérabilité des plaignants et du lien d’autorité qui peut exister dans la relation thérapeutique.
La seconde dimension relève du champ disciplinaire. L’Ordre des médecins peut être saisi pour examiner d’éventuels manquements aux règles de déontologie. Cette procédure est distincte de la procédure judiciaire.
Elle vise avant tout à préserver l’éthique de la profession et à maintenir la confiance du public dans l’institution médicale. Les affaires d’abus en milieu psychiatrique présentent souvent une particularité : la parole des victimes peut émerger tardivement.
La honte, la peur de ne pas être crue, la crainte de la stigmatisation liée aux troubles psychiques ou encore l’attachement émotionnel au thérapeute peuvent retarder la révélation des faits.
Cette réalité oblige les acteurs judiciaires à une analyse particulièrement fine des mécanismes psychologiques à l’œuvre.
La parole d’un patient ne peut être disqualifiée du seul fait de sa pathologie.
Il serait injuste d’assimiler une accusation individuelle à l’ensemble d’une profession. L’immense majorité des psychiatres marocains exerce avec intégrité, dévouement et respect strict de l’éthique médicale.
Toutefois, la protection de l’honneur d’une profession ne peut reposer sur le silence. Au contraire, la crédibilité du corps médical se renforce lorsqu’il se montre capable d’examiner avec lucidité les dérives éventuelles et de sanctionner celles qui sont établies.
Une question institutionnelle se pose également :
Dans un contexte aussi sensible, la légitimité des institutions professionnelles constitue un élément central pour garantir la confiance du public.
Après la condamnation de ce médecin psychiatre, l’ordre national est dans l’obligation de se prononcer sur cette affaire.
Cette affaire invite enfin à une réflexion plus large sur la prévention.
La médecine repose sur un pacte de confiance entre le soignant et le patient. En psychiatrie, ce pacte est particulièrement fragile car il touche à l’équilibre émotionnel et à l’intimité psychique de la personne.
Si des abus venaient à être établis, ils ne constitueraient pas seulement une faute pénale ou disciplinaire.
Informer avec rigueur, sans sensationnalisme ni complaisance, constitue une responsabilité essentielle pour éclairer la justice et préserver la confiance du public dans la médecine.
C'est une des responsabilités d’un ordre des médecins qui respecte cette noble profession, qu’est la médecine.
Par Dr Anwar CHERKAOUI.












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