Il s’agit d’interroger une pratique qui se développe dans l’enseignement supérieur :
Le nom de Paris évoque la Sorbonne, les grandes écoles, les bibliothèques, les laboratoires, les chercheurs, les diplômes reconnus, les débats d’idées et une longue tradition académique.
Il est donc compréhensible que le mot « Paris » exerce une forte attraction auprès des étudiants, des familles et des établissements partenaires. Mais cette attraction peut aussi devenir un outil de communication.
Lorsqu’une école privée utilise le mot « Paris » dans son nom ou dans son positionnement, cela ne signifie pas automatiquement qu’elle délivre un diplôme universitaire français.
Cela ne signifie pas non plus qu’elle délivre un diplôme visé par le ministère français de l’Enseignement supérieur. Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle confère le grade de master. Cela peut simplement vouloir dire qu’elle est localisée à Paris, qu’elle utilise Paris comme marque, ou qu’elle prépare à une certification professionnelle. La nuance est essentielle.
Une ENCG marocaine est une école publique d’enseignement supérieur, rattachée à une université publique. Elle délivre un diplôme inscrit dans le système marocain de l’enseignement supérieur.
Ce diplôme engage l’État, l’université, l’école, les enseignants et toute une architecture institutionnelle de formation. En face, certaines écoles privées parisiennes, souvent récentes et très spécialisées dans le digital, proposent des formations qui débouchent non pas sur un diplôme universitaire, mais sur une certification professionnelle RNCP, parfois présentée comme un niveau Bac+5.
Cela peut avoir une valeur. Une certification professionnelle peut être utile. Elle peut répondre à des besoins du marché. Elle peut former à des compétences concrètes dans le digital, l’e-business, le marketing numérique, l’entrepreneuriat ou l’intelligence artificielle appliquée.
Mais une certification professionnelle n’est pas un diplôme universitaire. Un titre RNCP niveau 7 n’est pas automatiquement un master. Une école privée dite parisienne n’est pas nécessairement une grande école reconnue. Et le mot « Paris » ne suffit pas à produire une reconnaissance académique.
C’est là que le risque de confusion apparaît.
Or, dans certains cas, il peut s’agir d’une certification professionnelle. Ce n’est pas illégitime. Ce n’est pas inutile. Mais ce n’est pas la même chose. Il ne s’agit donc pas de refuser les partenariats.
Au contraire, les universités marocaines doivent s’ouvrir. Elles doivent nouer des coopérations avec des établissements étrangers, des écoles spécialisées, des entreprises, des laboratoires et des plateformes.
Le Maroc a besoin de compétences en IA, en données, en cybersécurité, en transformation numérique, en systèmes d’information et en management des technologies.
Mais l’ouverture ne doit jamais se faire au prix de la confusion. Avant de publier une photo officielle, avant d’annoncer un partenariat stratégique, avant d’associer le nom d’une université publique marocaine à une école privée étrangère, il faut poser quelques questions simples : quelle est la nature exacte du partenaire ?
Quelle est son ancienneté ? Quelle est sa reconnaissance académique ? Délivre-t-il un diplôme ou une certification ? Existe-t-il un visa ministériel ? Un grade de master ? Des crédits ECTS ? Un titre RNCP ? Qui est l’organisme certificateur ? Quelle est la date de validité de la certification ? Quels bénéfices concrets pour les étudiants marocains ? Ces questions ne sont pas secondaires. Elles relèvent de la gouvernance académique.
Ce qui m’interpelle également, c’est la nature de la communication publique autour de ce type de partenariat. La signature a été rendue visible par des publications sur les réseaux sociaux, avec photo officielle, présence de responsables universitaires et vocabulaire institutionnel fort : « partenariat stratégique », « digital », « intelligence artificielle », « international ».
Or, sauf erreur de ma part, la communication institutionnelle détaillée sur les sites officiels semble beaucoup moins explicite que la communication publiée sur les réseaux sociaux. Cette situation pose une question simple : lorsqu’une université publique et une école publique associent leur image à un partenaire privé étranger, la clarté académique ne devrait-elle pas précéder la communication ?
Une université publique marocaine engage plus que son image lorsqu’elle signe un partenariat. Elle engage la confiance des étudiants, des familles, des enseignants et du pays.
Une ENCG engage aussi son histoire, son diplôme, son positionnement et la valeur symbolique du service public de l’enseignement supérieur.
Il ne suffit pas qu’une école soit située à Paris pour que le partenariat soit académiquement solide. Il ne suffit pas qu’une formation soit digitale pour qu’elle soit stratégique.
Il ne suffit pas qu’un titre soit de niveau 7 pour qu’il soit un master. Il ne suffit pas qu’une certification soit reconnue pour qu’elle devienne un diplôme. Il ne suffit pas qu’une photo soit officielle pour que la reconnaissance soit claire. Le vrai sujet n’est donc pas l’existence d’un partenariat précis.
Le vrai sujet est la manière dont ces partenariats sont présentés aux étudiants et à l’opinion publique. Il faut dire clairement ce que l’étudiant obtient : un diplôme marocain ? un diplôme français visé ? un grade de master ? une certification professionnelle ? une attestation ? un certificat d’école ? une double diplomation réelle ? une simple mobilité ? une expérience complémentaire ?
Ces mots ne sont pas interchangeables.
C’est précisément dans cette période que les mots utilisés dans la communication académique doivent être les plus clairs : diplôme, certification, titre RNCP, grade de master, partenariat, double diplomation ou simple attestation ne renvoient pas à la même réalité.
La certification professionnelle a sa place. Le diplôme universitaire a sa place. Le titre RNCP a sa place. Le grade de master a sa place. Les écoles spécialisées ont leur place. Les ENCG ont leur place.
Mais chacun doit rester à sa place. C’est justement parce que je connais l’enseignement supérieur français et l’enseignement supérieur marocain que cette distinction me paraît indispensable.
En France, on sait très bien qu’un titre RNCP, un diplôme visé, un grade de master, un diplôme national et une certification professionnelle ne renvoient pas à la même réalité. Pourquoi cette précision devrait-elle disparaître lorsqu’on communique vers les étudiants marocains ?
Le Maroc doit encourager les partenariats internationaux, mais avec rigueur. Il doit soutenir les formations digitales, mais avec discernement. Il doit moderniser ses écoles et universités, mais sans affaiblir la valeur de ses diplômes publics. Le prestige d’un nom ne doit jamais remplacer la clarté d’une reconnaissance.
Et le mot « Paris » ne doit jamais faire oublier la question essentielle : que vaut réellement ce qui est délivré à l’étudiant ?












L'accueil




Les droits de l’homme comme politique publique transversale











