L'ODJ Média

lodj






Quand le mot « Paris » devient un argument académique

Une ENCG, un partenariat parisien et la confusion possible entre diplôme public et certification professionnelle.


Par Dr Az-Eddine Bennani, HDR France.

J’ai vu récemment passer sur LinkedIn une publication annonçant la signature d’un partenariat entre une université marocaine, son ENCG et une école privée dite parisienne spécialisée dans le digital.

La photo officielle montrait le président de l’université, le directeur de l’ENCG concernée et les représentants de l’école partenaire.
Je ne souhaite pas citer les noms des personnes ni transformer cette réflexion en polémique. Mon propos n’est pas d’accuser une institution, encore moins de jeter le discrédit sur les ENCG du Maroc. Les ENCG ont joué et continuent de jouer un rôle important dans la formation des cadres marocains en gestion, commerce, audit, finance, marketing, systèmes d’information et management.

Mon propos est autre.



Il s’agit d’interroger une pratique qui se développe dans l’enseignement supérieur :

L’usage du mot « Paris » comme argument académique, alors que la réalité institutionnelle du partenaire mérite parfois d’être examinée avec davantage de précision. Paris est une grande capitale universitaire, scientifique, culturelle et intellectuelle.

Le nom de Paris évoque la Sorbonne, les grandes écoles, les bibliothèques, les laboratoires, les chercheurs, les diplômes reconnus, les débats d’idées et une longue tradition académique.

Il est donc compréhensible que le mot « Paris » exerce une forte attraction auprès des étudiants, des familles et des établissements partenaires. Mais cette attraction peut aussi devenir un outil de communication.

Lorsqu’une école privée utilise le mot « Paris » dans son nom ou dans son positionnement, cela ne signifie pas automatiquement qu’elle délivre un diplôme universitaire français.

Cela ne signifie pas non plus qu’elle délivre un diplôme visé par le ministère français de l’Enseignement supérieur. Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle confère le grade de master. Cela peut simplement vouloir dire qu’elle est localisée à Paris, qu’elle utilise Paris comme marque, ou qu’elle prépare à une certification professionnelle. La nuance est essentielle.

Une ENCG marocaine est une école publique d’enseignement supérieur, rattachée à une université publique. Elle délivre un diplôme inscrit dans le système marocain de l’enseignement supérieur.

Ce diplôme engage l’État, l’université, l’école, les enseignants et toute une architecture institutionnelle de formation. En face, certaines écoles privées parisiennes, souvent récentes et très spécialisées dans le digital, proposent des formations qui débouchent non pas sur un diplôme universitaire, mais sur une certification professionnelle RNCP, parfois présentée comme un niveau Bac+5.

Cela peut avoir une valeur. Une certification professionnelle peut être utile. Elle peut répondre à des besoins du marché. Elle peut former à des compétences concrètes dans le digital, l’e-business, le marketing numérique, l’entrepreneuriat ou l’intelligence artificielle appliquée.

Mais une certification professionnelle n’est pas un diplôme universitaire. Un titre RNCP niveau 7 n’est pas automatiquement un master. Une école privée dite parisienne n’est pas nécessairement une grande école reconnue. Et le mot « Paris » ne suffit pas à produire une reconnaissance académique.

C’est là que le risque de confusion apparaît.

Lorsque des étudiants marocains lisent « partenariat international », « Paris », « MBA », « Bac+5 », « reconnu par l’État », « digital » ou « intelligence artificielle », ils peuvent croire qu’ils auront affaire à un diplôme académique comparable à un master universitaire ou à un diplôme de grande école.

Or, dans certains cas, il peut s’agir d’une certification professionnelle. Ce n’est pas illégitime. Ce n’est pas inutile. Mais ce n’est pas la même chose. Il ne s’agit donc pas de refuser les partenariats.

Au contraire, les universités marocaines doivent s’ouvrir. Elles doivent nouer des coopérations avec des établissements étrangers, des écoles spécialisées, des entreprises, des laboratoires et des plateformes.

Le Maroc a besoin de compétences en IA, en données, en cybersécurité, en transformation numérique, en systèmes d’information et en management des technologies.

Mais l’ouverture ne doit jamais se faire au prix de la confusion. Avant de publier une photo officielle, avant d’annoncer un partenariat stratégique, avant d’associer le nom d’une université publique marocaine à une école privée étrangère, il faut poser quelques questions simples : quelle est la nature exacte du partenaire ?

Quelle est son ancienneté ? Quelle est sa reconnaissance académique ? Délivre-t-il un diplôme ou une certification ? Existe-t-il un visa ministériel ? Un grade de master ? Des crédits ECTS ? Un titre RNCP ? Qui est l’organisme certificateur ? Quelle est la date de validité de la certification ? Quels bénéfices concrets pour les étudiants marocains ? Ces questions ne sont pas secondaires. Elles relèvent de la gouvernance académique.

Ce qui m’interpelle également, c’est la nature de la communication publique autour de ce type de partenariat. La signature a été rendue visible par des publications sur les réseaux sociaux, avec photo officielle, présence de responsables universitaires et vocabulaire institutionnel fort : « partenariat stratégique », « digital », « intelligence artificielle », « international ».

Or, sauf erreur de ma part, la communication institutionnelle détaillée sur les sites officiels semble beaucoup moins explicite que la communication publiée sur les réseaux sociaux. Cette situation pose une question simple : lorsqu’une université publique et une école publique associent leur image à un partenaire privé étranger, la clarté académique ne devrait-elle pas précéder la communication ?

Une université publique marocaine engage plus que son image lorsqu’elle signe un partenariat. Elle engage la confiance des étudiants, des familles, des enseignants et du pays.

Une ENCG engage aussi son histoire, son diplôme, son positionnement et la valeur symbolique du service public de l’enseignement supérieur.

Il ne suffit pas qu’une école soit située à Paris pour que le partenariat soit académiquement solide. Il ne suffit pas qu’une formation soit digitale pour qu’elle soit stratégique.

Il ne suffit pas qu’un titre soit de niveau 7 pour qu’il soit un master. Il ne suffit pas qu’une certification soit reconnue pour qu’elle devienne un diplôme. Il ne suffit pas qu’une photo soit officielle pour que la reconnaissance soit claire. Le vrai sujet n’est donc pas l’existence d’un partenariat précis.

Le vrai sujet est la manière dont ces partenariats sont présentés aux étudiants et à l’opinion publique. Il faut dire clairement ce que l’étudiant obtient : un diplôme marocain ? un diplôme français visé ? un grade de master ? une certification professionnelle ? une attestation ? un certificat d’école ? une double diplomation réelle ? une simple mobilité ? une expérience complémentaire ?

Ces mots ne sont pas interchangeables.

Ce débat arrive à un moment important. Les élèves marocains viennent de terminer les épreuves du baccalauréat et beaucoup d’entre eux, avec leurs familles, s’apprêtent à choisir une école, une université, une filière ou un parcours international.

C’est précisément dans cette période que les mots utilisés dans la communication académique doivent être les plus clairs : diplôme, certification, titre RNCP, grade de master, partenariat, double diplomation ou simple attestation ne renvoient pas à la même réalité.

La certification professionnelle a sa place. Le diplôme universitaire a sa place. Le titre RNCP a sa place. Le grade de master a sa place. Les écoles spécialisées ont leur place. Les ENCG ont leur place.

Mais chacun doit rester à sa place. C’est justement parce que je connais l’enseignement supérieur français et l’enseignement supérieur marocain que cette distinction me paraît indispensable.

En France, on sait très bien qu’un titre RNCP, un diplôme visé, un grade de master, un diplôme national et une certification professionnelle ne renvoient pas à la même réalité. Pourquoi cette précision devrait-elle disparaître lorsqu’on communique vers les étudiants marocains ?

Le Maroc doit encourager les partenariats internationaux, mais avec rigueur. Il doit soutenir les formations digitales, mais avec discernement. Il doit moderniser ses écoles et universités, mais sans affaiblir la valeur de ses diplômes publics. Le prestige d’un nom ne doit jamais remplacer la clarté d’une reconnaissance.

Et le mot « Paris » ne doit jamais faire oublier la question essentielle : que vaut réellement ce qui est délivré à l’étudiant ?



Mardi 30 Juin 2026


Billet | Billet 2026 | Chroniqueurs invités | Experts invités | Quartier libre | Chroniques Vidéo | Replay vidéo & podcast outdoor | Documentaires IA


Bannière Réseaux Sociaux


Bannière Lodj DJ

Avertissement : Les textes publiés sous l’appellation « Quartier libre » ou « Chroniqueurs invités » ou “Coup de cœur” ou "Communiqué de presse" doivent être conformes à toutes les exigences mentionnées ci-dessous.

1-L’objectif de l’ODJ est de d’offrir un espace d’expression libre aux internautes en général et des confrères invités (avec leurs accords) sur des sujets de leur choix, pourvu que les textes présentés soient conformes à la charte de l’ODJ.

2-Cet espace est modéré  par les membres de la rédaction de lodj.ma, qui conjointement assureront la publication des tribunes et leur conformité à la charte de l’ODJ

3-L’ensemble des écrits publiés dans cette rubrique relève de l’entière responsabilité de leur(s) auteur(s).la rédaction de lodj.ma ne saurait être tenue responsable du contenu de ces tribunes.

4-Nous n’accepterons pas de publier des propos ayant un contenu diffamatoire, menaçant, abusif, obscène, ou tout autre contenu qui pourrait transgresser la loi.

5-Tout propos raciste, sexiste, ou portant atteinte à quelqu’un à cause de sa religion, son origine, son genre ou son orientation sexuelle ne sera pas retenu pour publication et sera refusé.

Toute forme de plagiat est également à proscrire.

 







LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html

















Vos contributions
LODJ Vidéo