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Révolution dans le système de santé marocain : Un entretien sur les objectifs et les progrès de la reforme


Cet entretien explore en profondeur la réforme révolutionnaire du système de santé marocain. L’intervenant détaille les cinq piliers de cette réforme, son impact sur la généralisation de la couverture médicale, et les défis et opportunités liés à l’investissement privé dans le secteur.



​Entretien avec Dr. ZIDOUH Mohamed

Pouvez-vous nous expliquer les principaux objectifs de la réforme de la santé au Maroc ?

Il faut reconnaitre que la réforme de la santé est une révolution que connait le Maroc sous l’impulsion de sa Majesté depuis l’année 2018, c’est la première fois que le secteur de la santé constitue une priorité du programme gouvernemental ; et ceci est une première en soi.

On ne peut parler de couverture médicale généralisée sans créer une réforme profonde du système de santé dont l’ancien a montré ses limites et ses imperfections.

Le nouveau système de santé est axé sur 5 grands axes, à savoir la haute autorité de santé ; l’agence nationale des médicaments ; l’agence nationale de sang et dérivés ; les groupements territoriaux de la santé ; la fonction de la santé.
La haute autorité de la santé va pouvoir assurer une bonne gouvernance selon les moyens technologiques modernes et une rigueur sur la maitrise des dépenses.

De l’autre côté, elle va pouvoir veiller sur la continuité de la politique de santé à moyen et à long terme par le gouvernement et garantir sa pérennité.

Mais son rôle essentiel est d’assurer une véritable politique de contrôle de la couverture médicale obligatoire, elle permet aussi de présider le conseil scientifique pour formuler des recommandations préventives afin de faire face à des éventuelles épidémies.
L’agence nationale des médicaments aura de sa part pour but essentiel d’assurer une sécurité et une souveraineté médicamenteuse avec une maitrise des prix.

Tandis que l’agence nationale de sang et dérivés va permettre une bonne gouvernance et gestion de stocks du sang et dérivés, elle va permettre aussi de faire la promotion pour élargir l’effectif des donneurs, afin d’éviter les ruptures qui peuvent être fatales pour les malades.

Le groupement territorial de santé aura une grande responsabilité. Il agira d’abord en tant qu’établissement public qui pourra réguler une équité à l’intérieur de chaque région, il aura le rôle d’établir des perspectives à court, moyen et long terme, sur le plan d’investissement aussi bien privé que public, sur la maitrise des ressources humaines et sa rentabilité, et pouvoir faire des partenariats entre secteur public et privé pour une meilleure complémentarité des ressources humaines.

Pour la fonction de la santé, elle constitue de sa part une véritable révolution par la création des motivations financières pour les fonctionnaires de santé, aussi bien médecin que cadre paramédical pour une meilleure fidélisation du corps de la santé.
Donc les cinq piliers de cette réforme est un ensemble indissociable et complémentaire pouvant ainsi assurer un meilleur accès aux soins et assurer la mise à niveau des hôpitaux publics, y compris les centres hospitalo-universitaires, et surtout une fluidité du parcours des soins.

Cette réforme permettra d’instaurer une justice régionale et donner des perspectives d’avenir pour l’ensemble des ressources humaines avec une meilleurs prise en charge de nos citoyens.

Généralisation de la couverture médicale

Quels progrès ont été faits vers la généralisation de la couverture médicale ?

La généralisation de la couverture médicale est aujourd’hui une réalité puisqu’on a atteint aujourd’hui 23 millions d’affiliés a la CNSS dont 3.6 millions de travailleurs non salariés et leurs ayant droit, et 10 millions de bénéficiaires de l’AMO Tadamoun.
Il reste quelques mises à niveau à faire, mais l’essentiel c’est que le train est sur les rails et les ajustements opérationnels se feront de facto.

Le but c’est que les 100 % des marocains qui sont couverts vont se faire traiter dans la dignité, le respect et la fierté.

Mais il faut aussi que les citoyens comprennent que ce système est basé sur la solidarité, et par conséquent la nécessité de cotiser pour assurer la survie de l’assurance maladie obligatoire, d’où la nécessité d’un meilleur ciblage à travers le registre social unifié.

Mais la pérennité du système de santé ne peut être réalisable que par la recherche d’autres moyens de financement innovant mise à part la caisse de solidarité et de la cotisation professionnelle unifiée, et la taxation de certains produits. Il faut aussi œuvrer pour élargir l’assiette fiscale tel que le secteur informel, en espérant que la solution sera retrouvée dans le registre social unifié.

La réforme de la caisse de compensation est une nécessité qui pourra assurer une partie du financement de l’assurance maladie obligatoire.

L’investissement privé dans les cliniques et la carte sanitaire

Depuis la création de la loi qui a donné la possibilité à l’investisseur non médecin d’investir dans les cliniques cette loi a été faite à priori pour combler le déficit des infrastructures sanitaires dans les grandes villes, mais essentiellement dans les régions qui sont victimes de cette carence. Cette loi était acceptable et défendable, parce que ça va nous permettre de créer une équité régionale.

Malheureusement le but tant espéré n’a pas atteint l’espérance requise, puisque la grande majorité de l’investissement se fait entre Casablanca, Tanger, Marrakech, Rabat et Fès ; globalement dans les grandes villes qui sont déjà bien servies. 

Certes les régions lointaines ne sont pas attractives, car il y a un déficit d’une politique de la ville pour pouvoir recentrer la ville dans un positionnement positif au niveau de l’attractivité qui pourra inciter les cadres supérieurs et les médecins à s’installer; mais, il faut aussi que l’investissement dans ces régions soit accompagné d’une possibilité d’encouragement par l’intermédiaire de l’état; en l’occurrence exonérations au niveau des impôts, mettre à disposition des terrains à des prix intéressants pour pouvoir faciliter l’investissement, ce n’est que dans cette perspective et cette vision claire et volontariste que les régions lointaines puissent jouir d’une équité sanitaire, et d’une possibilité de ramener les investisseurs et les cadres supérieurs.

Mais à côté de ça, il faut être conscient de l’importance d’une carte sanitaire, car elle est essentielle, elle va nous permettre d’avoir une idée sur la revalorisation et la rentabilisation des ressources humaines et le nombre d’investissement nécessaire dans la région aussi bien public que privé.

Donc en faisant cette carte sanitaire et avoir une perspective d’avenir sur les infrastructures publiques et privées qu’on peut instaurer ; ainsi que le nombre de ressources humaines médicales et paramédicales, qui peut assurer les prestations et faire face à ce déficit aussi inquiétant qu’alarmant.

Evidemment, la politique du groupement sanitaire territorial qui a été faite dans le cadre de la réforme de la santé va pouvoir tracer ce chemin ; et assurer d’abord une politique de région qui va être équitable entre les villes et les régions.

Donc ; incontestablement, il faut avoir une carte sanitaire régionale et nationale qui sera le tableau de bord du gouvernement pour pouvoir faciliter et encourager l’investissement, et prioriser les régions pour que ces investissements soient rentables aussi bien pour notre pays que pour l’investisseur ; mais il ne faut aucunement utiliser la voie facile et investir dans les régions qui sont dans une situation sanitaire déjà confortable.

Ainsi ; on peut percevoir l’importance de la carte sanitaire et son impact sur les investissements, les ressources humaines et même sur le rapprochement entre le groupement privé et public qui va compenser d’un côté comme de l’autre le déficit des ressources humaines qui existe au sein de la santé.

La carte sanitaire nationale va pouvoir aussi donner une vision claire sur une programmation de l’état, pour pousser et influencer le flux d’investissement et orienter l’investisseur vers quelques régions, et ceci ne va réussir que par le biais des moyens attractifs et incitatifs.

Lire L'ODJ MaG Hors série "Spécial Santé" 2024 :


Vendredi 31 Mai 2024



Rédigé par La rédaction le Vendredi 31 Mai 2024


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