Le Salon International de l’Édition et du Livre (SIEL) donne à voir, chaque année, une scène familière :
Des lecteurs qui feuillettent, des auteurs qui dédicacent, des éditeurs qui exposent. Tout semble indiquer la continuité d’un modèle ancien, celui du livre comme objet central de transmission du savoir.
Et pourtant, derrière cette apparente stabilité, une transformation profonde est à l’œuvre.
Le livre n’est plus seulement lu. Il est désormais utilisé.
Cette mutation ne relève pas d’un effet de mode, ni d’un simple prolongement du numérique.
Elle traduit un basculement structurel dans la manière dont le savoir est produit, diffusé et mobilisé à l’ère de l’intelligence artificielle.
Historiquement, le livre était conçu pour un lecteur humain. Sa valeur reposait sur une relation directe : un auteur, un texte, un lecteur.
Ce modèle ne disparaît pas. Mais il cesse d’être exclusif. Car un nouvel usage du livre s’impose, porté par les systèmes d’intelligence artificielle.
Dans ce contexte, le livre change de statut. Il devient une donnée.
Un lecteur humain lit quelques ouvrages par an. Un système en mobilise des millions. L’usage machine dépasse déjà l’usage humain.
Aujourd’hui, il est possible de développer un chatbot dédié à un livre, permettant de le parcourir autrement, de poser des questions et d’obtenir des réponses.
Après le livre imprimé et le livre numérique, émerge une troisième forme : le livre conversationnel.
Dans un futur proche, cette version deviendra indispensable.
Le livre entre dans un double régime : lecture humaine et exploitation machine.
Le livre devient une infrastructure invisible.
Produire un livre, aujourd’hui, c’est produire une donnée. Dans le monde qui vient, lire ne suffira plus. Il faudra écrire en conscience.
Wald Maâlam le dirait autrement :
« Le livre n’est plus seulement transmis. Il est transformé.
La question n’est pas de savoir ce que devient le livre. La question est de savoir ce que nous faisons de ce qu’il devient. »
PAR DR AZ-EDDINE BENNANI/QUID.MA












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