L'ODJ Média

lodj





Sardine sous pression : pourquoi Rabat ferme le robinet des exportations pour protéger le marché intérieur


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mercredi 7 Janvier 2026

Produit phare des tables marocaines, la sardine traverse une zone de turbulences. Face à une chute marquée des débarquements et à des tensions persistantes sur les prix, les autorités ont décidé d’interdire l’exportation de la sardine congelée à partir du 1er février. Une mesure défensive, annoncée au Parlement, qui en dit long sur les fragilités d’un secteur stratégique et sur les arbitrages délicats entre ouverture économique et protection du pouvoir d’achat.



La décision est tombée sans emphase, presque à voix basse, dans l’enceinte du Parlement. Lors d’une séance de questions orales à la Chambre des représentants, la secrétaire d’État chargée de la Pêche maritime, Zakia Driouich, a confirmé la suspension de l’exportation de la sardine congelée à compter du 1er février, sans en préciser la durée. Le cap affiché est limpide : garantir l’approvisionnement du marché national et tenter de contenir des tensions sur les prix devenues difficiles à ignorer.
 

Dans un pays où la sardine dépasse largement son statut de simple produit halieutique, la mesure a une portée symbolique forte. Elle touche au quotidien alimentaire de millions de ménages. Sur les étals des marchés populaires, de Casablanca à Fès, ce poisson reste un repère, un aliment de base, souvent le dernier rempart face à la hausse générale du coût de la vie. « Quand la sardine devient chère, c’est que quelque chose ne tourne plus rond », glissait récemment un poissonnier de quartier, évoquant des clients contraints de réduire les quantités, voire de renoncer.
 

Les chiffres officiels éclairent cette décision. Selon l’Office national des pêches (ONP), les débarquements de sardines ont chuté d’environ 46 % en deux ans. De près de 966.000 tonnes en 2022, les volumes sont tombés à environ 525.000 tonnes en 2024. Cette contraction brutale de l’offre a profondément déséquilibré le marché, alimentant une pression continue sur les prix et rendant l’approvisionnement plus erratique.
 

Dans les ports, cette baisse n’a rien d’abstrait. Les pêcheurs parlent de sorties moins fructueuses, de bancs plus difficiles à localiser, de coûts en hausse pour un rendement en baisse. À ces facteurs s’ajoutent les effets du changement climatique, qui modifie les cycles et la répartition des ressources, ainsi qu’une pression accrue sur les stocks, parfois au-delà de leur capacité de renouvellement. Le résultat est tangible : moins de poisson débarqué, plus de concurrence entre usages, et un arbitrage permanent entre marché local et export.
 

Le paradoxe est que le Maroc reste l’un des leaders mondiaux de la sardine, notamment dans la transformation et la conserve. Cette position, longtemps présentée comme un atout stratégique, révèle aujourd’hui sa fragilité. La demande internationale, soutenue et souvent mieux rémunérée, a contribué à orienter une partie des volumes vers l’export, au détriment de l’offre intérieure. Lorsque la ressource se contracte, cet équilibre devient intenable.
 

Pour les industriels de la filière, la situation est loin d’être confortable. La raréfaction de la matière première oblige certaines unités à fonctionner en deçà de leurs capacités, avec des répercussions sur l’emploi dans des régions où la pêche constitue un pilier économique et social. Le secteur se retrouve pris en étau entre la nécessité de préserver les marchés extérieurs et l’obligation de répondre aux attentes du marché national.
 

Devant les députés, Zakia Driouich a souligné que les prix du poisson demeuraient « relativement raisonnables » au regard des contraintes structurelles : conditions climatiques, coûts des sorties en mer, exigences de la chaîne du froid, marges des intermédiaires et des détaillants. Un discours techniquement cohérent, mais qui se heurte au ressenti des consommateurs. Dans plusieurs villes, le kilo de sardines a atteint, voire dépassé, des niveaux jugés excessifs par les ménages, nourrissant incompréhension et frustration.
 

L’interdiction de l’exportation de la sardine congelée apparaît ainsi comme une mesure d’urgence, un outil de régulation destiné à desserrer temporairement l’étau. Elle ne prétend pas régler, à elle seule, les déséquilibres profonds du secteur. Les autorités en conviennent d’ailleurs, en mettant en avant la nécessité de renforcer la préservation des stocks halieutiques, devenue une priorité stratégique, et d’améliorer la traçabilité et la gouvernance de la filière.


En refermant provisoirement la porte de l’export, le Maroc fait le choix de sécuriser l’essentiel : l’accès de ses citoyens à un produit de base et la stabilité d’un marché sensible. Reste désormais à transformer cette décision conjoncturelle en levier structurel, afin que la sardine demeure ce qu’elle a toujours été dans l’imaginaire collectif : un symbole d’abondance populaire, durable et accessible.






Mercredi 7 Janvier 2026

Breaking news | Analyses & Finance & Bourse | Plume IA | Gaming | Communiqué de presse | Eco Business | Digital & Tech | Santé & Bien être | Lifestyle | Culture & Musique & Loisir | Sport | Auto-moto | Room | L'ODJ Podcasts - 8éme jour | Les dernières émissions de L'ODJ TV | Last Conférences & Reportages | Bookcase | LODJ Média | Avatar IA Live


Bannière Réseaux Sociaux



Bannière Lodj DJ






LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html
















Vos contributions
LODJ Vidéo