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The Blame : quand celles qui dénoncent les violences se heurtent à ceux qui devraient les protéger


Rédigé par le Mardi 13 Octobre 2026

Et si le danger ne venait pas seulement des agresseurs, mais aussi du silence de ceux qui savent ?

Avec The Blame, la série britannique diffusée sur ITV en septembre 2026, le thriller policier dépasse l’enquête criminelle pour aborder des sujets profondément ancrés dans la société : misogynie au sein des forces de l’ordre, violences sexuelles, abus de pouvoir et protection des agresseurs. Une fiction qui s’appuie sur des faits bien réels, jusqu’à intégrer à l’écran des messages authentiques écrits par des policiers.



Quand la police devient elle-même le sujet de l’enquête

Tout commence par la mort de Sophie Madsen, une adolescente de 16 ans retrouvée sans vie.

Chargés de l’affaire, les inspecteurs Emma Crane, interprétée par Michelle Keegan, et Tom Radley, joué par Douglas Booth, découvrent progressivement que leur enquête les conduit au cœur même de leur institution.

Derrière les apparences d’un commissariat ordinaire se dessine un environnement où les comportements misogynes, les abus et les arrangements entre collègues peuvent compromettre la recherche de la vérité.

À mesure que les révélations s’accumulent, une question s’impose : comment obtenir justice lorsque les personnes censées la faire respecter participent elles-mêmes au problème, ou choisissent de détourner le regard ?

C’est là que The Blame prend une dimension particulière.

La série ne se contente pas de chercher un coupable.

Elle interroge également les mécanismes qui permettent à certains comportements de perdurer : la solidarité mal placée entre collègues, la banalisation de propos dégradants et la difficulté de dénoncer une personne qui dispose d’une autorité professionnelle.

Le problème ne réside alors plus uniquement dans les actes d’un individu, mais aussi dans le système qui peut lui permettre d’échapper aux conséquences.

Des messages authentiques qui donnent une autre dimension à la fiction

L’un des éléments les plus marquants de The Blame tient à son utilisation de véritables messages échangés par des policiers britanniques. Certains de ces échanges, particulièrement choquants par leur misogynie et leur manière de banaliser les violences faites aux femmes, ont été intégrés à la série.

Ce choix change la manière de recevoir certaines scènes. Les propos entendus ne relèvent pas seulement de l'imagination d'un scénariste cherchant à rendre ses personnages détestables : ils renvoient à des communications réelles, dont le contenu a contribué à nourrir le travail des auteurs.

La série reste une fiction, et ses personnages ne doivent pas être confondus avec des personnes réelles. Mais ce recours à des documents authentiques souligne une réalité plus inconfortable : des attitudes qui paraissent excessives à l'écran ont parfois leur équivalent dans la vie quotidienne.

Le travail de recherche ne s'est d'ailleurs pas limité aux messages. L'équipe de création s'est également intéressée à des affaires documentées et aux témoignages de professionnels de la police.

La scénariste Megan Gallagher, dont le parcours comprend une expérience dans le domaine de la justice pénale, a notamment expliqué avoir échangé avec des policiers et des enquêteurs pour nourrir l'écriture de ses personnages.

L'objectif n'est pas de présenter l'ensemble des forces de l'ordre comme un bloc uniforme, mais de montrer comment une culture professionnelle peut, dans certains contextes, tolérer des comportements qui devraient être sanctionnés.

De #MeToo aux scandales policiers : pourquoi cette histoire résonne aujourd'hui

Depuis l'émergence du mouvement #MeToo en 2017, la parole sur les violences sexuelles et le harcèlement a profondément évolué.

Des victimes ont témoigné publiquement, des pratiques longtemps minimisées ont été dénoncées et la question de la responsabilité des institutions est devenue incontournable.

Le débat ne porte plus uniquement sur les actes commis par les agresseurs. Il concerne aussi le traitement des plaintes, les réponses apportées aux victimes et la responsabilité des personnes qui connaissent les faits sans intervenir. Au Royaume-Uni, plusieurs affaires ont renforcé ces interrogations.

Le meurtre de Sarah Everard en 2021, commis par un policier en exercice, a notamment provoqué une onde de choc et ravivé le débat sur la confiance accordée aux forces de l'ordre.

En 2023, un rapport indépendant consacré à la police métropolitaine de Londres a conclu à l'existence de problèmes institutionnels liés notamment au racisme, à la misogynie et à l'homophobie.

En 2025, une enquête de la BBC diffusée dans Panorama a également exposé des comportements préoccupants au sein d'un groupe de policiers affectés au commissariat de Charing Cross. Ces révélations ont contribué à nourrir les réflexions autour de la culture interne de certaines équipes et des mécanismes de contrôle.

The Blame s'inscrit dans ce contexte.

La série ne raconte pas directement l'une de ces affaires, mais elle fait écho aux questions qu'elles ont soulevées : qui protège les victimes lorsque les procédures ne fonctionnent pas ? Que signifie être un collègue loyal lorsqu'un autre commet des actes graves ? Et à partir de quel moment le silence devient-il une forme de complicité ?

Le prix à payer lorsqu'une victime décide de parler

L'un des aspects les plus sensibles de la série concerne la place accordée aux femmes qui tentent de signaler des violences.

Dans The Blame, la parole des victimes se heurte à des obstacles qui dépassent la peur de ne pas être crues.

Il y a aussi la crainte des représailles, le poids de la honte, le sentiment d'être responsable de ce qui s'est passé et la difficulté d'affronter une institution dont on attend précisément qu'elle vous protège.

Ces mécanismes ne sont pas propres au milieu policier. Ils peuvent apparaître partout où existe un rapport de pouvoir : au travail, dans le sport, dans l'enseignement ou dans d'autres environnements où une personne bénéficie d'une position d'autorité.

Le mouvement #MeToo a notamment contribué à rendre plus visibles ces situations et à rappeler que dénoncer des violences ne devrait pas exposer les victimes à une nouvelle forme de punition sociale ou professionnelle.

Le personnage d'Emma Crane incarne une autre difficulté : celle de reconnaître les dysfonctionnements d'un environnement auquel on appartient soi-même.

Prendre position peut signifier remettre en question des relations professionnelles, perdre la confiance de certains collègues ou accepter de regarder en face des comportements que l'on avait jusque-là minimisés.

Cette dimension donne à la série une portée qui dépasse le suspense. Elle interroge la responsabilité individuelle, mais aussi le courage nécessaire pour rompre avec une culture du silence.

Une fiction qui rappelle que le silence n'est jamais neutre

Avec ses révélations progressives et son enquête criminelle, The Blame conserve les ressorts du thriller. Mais son intérêt tient aussi à ce qu'elle met en lumière : les violences ne se résument pas à l'acte d'un agresseur.

Elles peuvent être aggravées par l'indifférence, l'absence de sanctions et les mécanismes qui découragent les victimes de parler. La série ne prétend pas résumer toutes les réalités du métier de policier ni apporter des réponses définitives à des problèmes complexes.

Elle utilise la fiction pour rendre visibles des questions que les affaires réelles ont placées au centre du débat public. Et c'est peut-être là que réside sa force.

Derrière une enquête sur la mort d'une adolescente, elle rappelle qu'une institution ne se juge pas uniquement à ses missions officielles, mais aussi à la manière dont elle traite les personnes qui viennent chercher sa protection.

Parce que lorsqu'une victime doit affronter non seulement son agresseur, mais aussi le silence de ceux qui pourraient l'aider, la question de la justice devient bien plus vaste que celle de la culpabilité.





Salma Chmanti Houari
J'aime écrire sur tout ce qui nourrit la curiosité et ouvre le regard sur le monde. Si ma plume... En savoir plus sur cet auteur
Mardi 13 Octobre 2026

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