En 2024, la production mondiale de tomate reste un baromètre significatif des dynamiques agricoles globales. Près de 187 à 188 millions de tonnes ont été produites sur environ 5,12 millions d’hectares, soit un rendement moyen qui dépasse les 3,6 kg par mètre carré, selon les données les plus récentes issues de la FAO et des bases Faostat/Hortoinfo.
Ce chiffre, impressionnant en soi, masque toutefois des réalités très contrastées lorsque l’on scrute les performances pays par pays avec des implications profondes pour des économies comme celle du Maroc.
Le royaume chérifien, souvent présenté comme un acteur secondaire du secteur, dévoile en réalité une dynamique propre, qui ne se réduit pas à une simple performance volumétrique. Avec 1,69 million de tonnes produites sur 16 374 hectares, le rendement moyen marocain de 10,30 kg/m² dépasse largement la moyenne mondiale et devance même des acteurs traditionnels européens comme l’Espagne.
Ce qui frappe dans ces données, c’est bien la capacité du modèle marocain à maximiser l’efficacité productive par hectare, malgré une contrainte hydrique bien réelle dans plusieurs régions, notamment autour du Souss-Massa. Cette contrainte, loin d’être un simple détail technique, conditionne toute la stratégie agricole.
À titre de comparaison, l’Espagne, grande puissance méditerranéenne et longtemps référence pour les cultures maraîchères, affiche des rendements inférieurs d’environ 20 % par mètre carré par rapport au Maroc malgré des volumes bien plus élevés — jusqu’à 171 % de plus en volume de tomates produites qu’au Maroc.
Cette nuance souligne ce que beaucoup d’acteurs agricoles reconnaissent en privé : dans une planète où l’eau est devenue l’enjeu premier, jouer sur le volume sans optimiser l’usage des ressources naturelles ne suffit plus.
Concurrence mondiale : des géants aux stratégies variées
Si la Chine demeure, sans surprise, le premier producteur mondial avec plus de 60 millions de tonnes soit près d’un tiers de la production globale sa stratégie repose sur l’étendue des surfaces et non sur des rendements records par mètre carré.
L’Inde et la Turquie complètent le podium des producteurs, avec des modèles divergents : l’un extensif et peu productif par unité de surface (Inde), l’autre plus équilibré entre volume et productivité (Turquie).
Les États-Unis et l’Égypte, respectivement quatrième et cinquième producteurs mondiaux, illustrent que l’agrobusiness moderne n’est pas l’apanage d’une seule région. Dans ces pays, les investissements technologiques et une logistique bien huilée permettent de conjuguer rendements et accès aux marchés.
Dans ce panorama, les Pays-Bas occupent une position à part : avec une production moindre (en volume), ils affichent un rendement exceptionnel, fruit d’une agriculture presque entièrement sous serre à haute technologie.
Plus qu’un défi quantitatif : la qualité, la régularité et l’export
Pour le Maroc, l’enjeu est double. D’un côté, il s’agit de maintenir cette efficacité productive malgré une pression hydrique croissante un défi qu’exige aujourd’hui tout débat sur l’agriculture durable. D’un autre côté, le royaume affirme sa montée en puissance sur le marché international des exportations de tomates fraîches.
En 2024, le Maroc a non seulement dépassé l’Espagne en volume exporté, mais aussi en valeur d’exportation, générant plus d’1 milliard d’euros de recettes, un chiffre qui illustre l’importance stratégique de ce secteur pour l’économie nationale.
Le bond marocain sur le podium mondial n’est pas un phénomène isolé. Il s’inscrit dans une décennie de gains constants. Depuis 2005, les exportations annuelles ont plus que triplé, passant de 217 000 tonnes à 767 000 tonnes, témoignant d’un effort structuré pour conquérir des marchés exigeants, notamment en Europe.
Ce succès, toutefois, appelle à une lecture nuancée. Si la performance économique est indéniable, la pression sur les ressources hydriques régionales déjà mise en lumière par plusieurs enquêtes invite à réfléchir aux modèles d’irrigation et de culture durable.
À l’heure où le débat mondial se polarise entre rendement, durabilité et résilience climatique, l’exemple marocain montre que l’agriculture peut être à la fois compétitive et innovante. Toutefois, ce chemin est semé d’interrogations : comment continuer à produire efficacement sans épuiser une ressource aussi cruciale que l’eau ? Quelle place pour des technologies encore plus vertes et moins consommatrices ?
Ce qui est certain, c’est que la tomate, au-delà de son rôle alimentaire, est devenue un symbole des défis et des opportunités d’une agriculture marocaine en pleine mutation, appelée à jouer un rôle moteur dans l’économie nationale et à contribuer à la souveraineté alimentaire régionale et continentale.












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