Entre Moscou et Tel-Aviv, la paix grise d’un conflit inachevé
Donald Trump a affirmé que la fin de la guerre serait décidée “d’un commun accord” avec Benyamin Netanyahu, tandis que le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a expliqué que la guerre continuerait jusqu’au moment jugé opportun par Israël et les États-Unis. Cette formulation, à elle seule, dit presque tout : on n’est plus dans la seule logique de l’offensive, on est déjà dans celle du dosage, du calendrier, du point d’arrêt.
C’est là que le titre prend tout son sens : séisme de Trump ou missiles de Mojtaba ? Car le choc principal n’est plus seulement sur le terrain militaire. Il est politique. D’un côté, Trump souffle le chaud et le froid, menace, dramatise, puis suggère qu’une issue pourrait être rapide. De l’autre, l’Iran a répondu à la décapitation de son sommet non pas par l’effondrement attendu, mais par un verrouillage. Selon Reuters, l’Assemblée des experts a désigné Mojtaba Khamenei comme nouveau Guide suprême après la mort d’Ali Khamenei dans une frappe américano-israélienne. Autrement dit, le pari d’une désorganisation du système iranien n’a, à ce stade, pas produit le résultat espéré. Il a même peut-être renforcé l’argument du régime : survivre, se resserrer, se durcir.
Il faut mesurer ce que cela signifie. Dans les guerres contemporaines, tuer une figure centrale ne garantit plus la chute de l’édifice. Le renseignement américain lui-même, selon une évaluation révélée par le Washington Post, estimait avant la guerre qu’une vaste offensive avait peu de chances de renverser le régime iranien. Même en cas d’élimination du Guide suprême, l’appareil politico-militaire devait, selon cette analyse, tenter d’assurer une continuité du pouvoir. C’est une donnée froide, presque bureaucratique, mais elle est accablante pour la logique de l’escalade : on peut détruire beaucoup sans parvenir à reconfigurer ce qu’on voulait abattre. Voilà la part la plus désolante de cette séquence. La guerre produit des ruines plus vite qu’elle ne produit des solutions.
Dans ce contexte, les informations rapportées par Reuters sur l’état d’esprit israélien prennent une autre épaisseur. Plusieurs signaux montrent qu’Israël cherche à infliger un maximum de dégâts à l’Iran avant qu’un éventuel coup d’arrêt américain ne survienne. Ce n’est pas un appel à la paix au sens noble. C’est plutôt le réflexe d’un allié qui craint que la guerre ne se ferme trop tôt, avant d’avoir livré tous ses effets. Plus les marges de manœuvre politiques se réduisent, plus la tentation est forte d’accélérer la violence pour améliorer le rapport de force avant la négociation. Il y a là quelque chose de tragiquement classique : quand la diplomatie réapparaît, les bombes tombent parfois plus vite.
Mojtaba Khamenei, dans cette affaire, n’est donc pas seulement un successeur. Il devient un symbole de continuité combattante. Reuters le décrit depuis longtemps comme un homme de l’ombre, proche des Gardiens de la révolution et profondément inséré dans les cercles les plus durs du système. Son accession au sommet change la nature de la guerre. Il ne s’agit plus, pour Washington et Tel-Aviv, de pousser un régime vieillissant vers la sortie, mais de faire face à une relève plus jeune, plus idéologiquement raide, moins encombrée peut-être par les ambiguïtés du vieux khaménéisme. En clair : l’Iran blessé pourrait sortir de cette phase plus imprévisible qu’avant.
C’est là que le titre prend tout son sens : séisme de Trump ou missiles de Mojtaba ? Car le choc principal n’est plus seulement sur le terrain militaire. Il est politique. D’un côté, Trump souffle le chaud et le froid, menace, dramatise, puis suggère qu’une issue pourrait être rapide. De l’autre, l’Iran a répondu à la décapitation de son sommet non pas par l’effondrement attendu, mais par un verrouillage. Selon Reuters, l’Assemblée des experts a désigné Mojtaba Khamenei comme nouveau Guide suprême après la mort d’Ali Khamenei dans une frappe américano-israélienne. Autrement dit, le pari d’une désorganisation du système iranien n’a, à ce stade, pas produit le résultat espéré. Il a même peut-être renforcé l’argument du régime : survivre, se resserrer, se durcir.
Il faut mesurer ce que cela signifie. Dans les guerres contemporaines, tuer une figure centrale ne garantit plus la chute de l’édifice. Le renseignement américain lui-même, selon une évaluation révélée par le Washington Post, estimait avant la guerre qu’une vaste offensive avait peu de chances de renverser le régime iranien. Même en cas d’élimination du Guide suprême, l’appareil politico-militaire devait, selon cette analyse, tenter d’assurer une continuité du pouvoir. C’est une donnée froide, presque bureaucratique, mais elle est accablante pour la logique de l’escalade : on peut détruire beaucoup sans parvenir à reconfigurer ce qu’on voulait abattre. Voilà la part la plus désolante de cette séquence. La guerre produit des ruines plus vite qu’elle ne produit des solutions.
Dans ce contexte, les informations rapportées par Reuters sur l’état d’esprit israélien prennent une autre épaisseur. Plusieurs signaux montrent qu’Israël cherche à infliger un maximum de dégâts à l’Iran avant qu’un éventuel coup d’arrêt américain ne survienne. Ce n’est pas un appel à la paix au sens noble. C’est plutôt le réflexe d’un allié qui craint que la guerre ne se ferme trop tôt, avant d’avoir livré tous ses effets. Plus les marges de manœuvre politiques se réduisent, plus la tentation est forte d’accélérer la violence pour améliorer le rapport de force avant la négociation. Il y a là quelque chose de tragiquement classique : quand la diplomatie réapparaît, les bombes tombent parfois plus vite.
Mojtaba Khamenei, dans cette affaire, n’est donc pas seulement un successeur. Il devient un symbole de continuité combattante. Reuters le décrit depuis longtemps comme un homme de l’ombre, proche des Gardiens de la révolution et profondément inséré dans les cercles les plus durs du système. Son accession au sommet change la nature de la guerre. Il ne s’agit plus, pour Washington et Tel-Aviv, de pousser un régime vieillissant vers la sortie, mais de faire face à une relève plus jeune, plus idéologiquement raide, moins encombrée peut-être par les ambiguïtés du vieux khaménéisme. En clair : l’Iran blessé pourrait sortir de cette phase plus imprévisible qu’avant.
Dans les coulisses du plaidoyer d’Israël pour mettre fin à la guerre en Iran..
La Russie, comme souvent, occupe l’espace du cynisme méthodique. Le Kremlin a confirmé que Vladimir Poutine avait transmis à Trump des propositions pour mettre fin rapidement à la guerre, et Moscou insiste sur le fait que ses offres de médiation restent sur la table. Cette médiation n’est pas altruiste. Elle répond à une logique simple : la Russie ne veut ni un effondrement iranien qui renforcerait durablement l’influence américaine, ni une guerre trop longue qui déstabiliserait encore davantage le système régional et les marchés énergétiques. Elle cherche une formule de clôture où personne ne gagne vraiment, mais où personne ne tombe tout à fait. Une paix d’usure, en somme. Une paix grise.
Le problème, c’est que cette “sortie” ne ressemble pas à une solution. Elle ressemble à une suspension. Si Trump arrête la guerre trop tôt, il laissera l’image d’un président qui a frappé fort sans changer le cours politique de l’Iran. S’il continue trop longtemps, il risque d’ouvrir un conflit sans fin, coûteux, politiquement abrasif, et de fragiliser encore davantage la confiance des alliés arabes, déjà malmenés par les secousses régionales. Si Israël pousse à prolonger l’offensive, il prend le risque de transformer l’Iran en puissance de résistance légitimée par sa survie. Et si la Russie réussit sa médiation, elle s’imposera comme arbitre utile d’un désordre que l’Amérique n’a pas su refermer seule. Aucune de ces issues n’est propre. Aucune n’est vraiment victorieuse.
Il faut regarder cela avec lucidité. Le plaidoyer israélien pour mettre fin à la guerre n’est pas celui d’un camp rassuré. C’est celui d’un acteur inquiet du temps, des stocks, du seuil politique et du récit final. Derrière les formules martiales, il y a une angoisse stratégique très nette : celle de voir l’Iran survivre à l’épreuve, celle de voir Washington reprendre la main sur le calendrier, celle de découvrir que l’on peut gagner des jours de feu et perdre la maîtrise du sens. Au Moyen-Orient, les conflits ne meurent jamais proprement. Ils se replient, se déplacent, changent de forme. Cette guerre pourrait s’arrêter bientôt. Mais son après, lui, a déjà commencé. Et il est peut-être plus dangereux que sa première phase.
Le problème, c’est que cette “sortie” ne ressemble pas à une solution. Elle ressemble à une suspension. Si Trump arrête la guerre trop tôt, il laissera l’image d’un président qui a frappé fort sans changer le cours politique de l’Iran. S’il continue trop longtemps, il risque d’ouvrir un conflit sans fin, coûteux, politiquement abrasif, et de fragiliser encore davantage la confiance des alliés arabes, déjà malmenés par les secousses régionales. Si Israël pousse à prolonger l’offensive, il prend le risque de transformer l’Iran en puissance de résistance légitimée par sa survie. Et si la Russie réussit sa médiation, elle s’imposera comme arbitre utile d’un désordre que l’Amérique n’a pas su refermer seule. Aucune de ces issues n’est propre. Aucune n’est vraiment victorieuse.
Il faut regarder cela avec lucidité. Le plaidoyer israélien pour mettre fin à la guerre n’est pas celui d’un camp rassuré. C’est celui d’un acteur inquiet du temps, des stocks, du seuil politique et du récit final. Derrière les formules martiales, il y a une angoisse stratégique très nette : celle de voir l’Iran survivre à l’épreuve, celle de voir Washington reprendre la main sur le calendrier, celle de découvrir que l’on peut gagner des jours de feu et perdre la maîtrise du sens. Au Moyen-Orient, les conflits ne meurent jamais proprement. Ils se replient, se déplacent, changent de forme. Cette guerre pourrait s’arrêter bientôt. Mais son après, lui, a déjà commencé. Et il est peut-être plus dangereux que sa première phase.












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