Certains analystes parlent déjà d’un G2 mondial à l’horizon 2035.
Le monde semble entrer dans une période étrange, presque vertigineuse. Les crises se succèdent, les institutions internationales semblent impuissantes et les grandes puissances agissent de plus en plus selon une logique de rapports de force assumés.
Les frappes militaires contre l’Iran et l’escalade qui s’en est suivie au Moyen-Orient ont brutalement rappelé cette réalité : l’ordre international construit après la Seconde Guerre mondiale traverse une phase de fragilisation profonde.
Mais derrière les missiles et les tensions régionales, une transformation beaucoup plus large est en cours.
Le système international pourrait être en train de basculer vers une nouvelle architecture de puissance : un monde dominé par deux centres de gravité, Washington et Pékin.
Certains analystes parlent déjà d’un G2 mondial à l’horizon 2035. Une idée simple, presque brutale : deux superpuissances structurent les équilibres globaux pendant que le reste du monde tente de préserver ses marges de manœuvre.
Pendant plusieurs décennies, l’ordre international reposait sur un équilibre fragile entre droit, diplomatie et dissuasion. Les Nations Unies, les institutions multilatérales et les accords internationaux formaient un cadre censé limiter l’usage de la force.
Ce système n’a jamais été parfait. Il a souvent été contourné. Mais il existait.
Aujourd’hui, il semble de plus en plus incapable de contenir les rivalités entre puissances.
Au Conseil de sécurité, les divisions paralysent toute décision majeure. Les grandes puissances défendent leurs intérêts, utilisent leur droit de veto et empêchent toute réponse collective cohérente.
Le résultat est visible : la force redevient progressivement l’instrument central de la politique internationale. L’histoire, au fond, n’a rien d’inédit. Les relations entre États ont toujours été structurées par la puissance. Mais ce qui change aujourd’hui, c’est la vitesse à laquelle les équilibres se transforment.
Depuis la fin de la guerre froide, les États-Unis ont occupé une position dominante dans le système international. L’effondrement de l’Union soviétique en 1991 avait ouvert ce que les analystes ont appelé le moment unipolaire américain.
Cette période touche désormais à sa fin. La montée en puissance de la Chine constitue probablement la transformation géopolitique la plus importante du début du XXIᵉ siècle.
En quelques décennies seulement, Pékin est passé du statut de pays en développement à celui de puissance économique, industrielle et technologique majeure.
La Chine est devenue la deuxième économie mondiale. Elle est aujourd’hui le premier partenaire commercial d’une grande partie du Sud global.Dans certains secteurs stratégiques — batteries électriques, infrastructures ferroviaires, panneaux solaires ou technologies numériques — elle occupe même une position dominante.
Face à cette ascension, Washington a profondément modifié sa stratégie.
Les États-Unis ne considèrent plus la Chine comme un simple partenaire commercial difficile. Elle est désormais perçue comme un rival systémique capable de remettre en cause l’ordre international construit après 1945.
Cette rivalité dépasse largement le terrain militaire.
Elle se joue dans les laboratoires, dans les centres de recherche et dans les industries de pointe. Intelligence artificielle, informatique quantique, satellites, biotechnologies, semi-conducteurs, réseaux numériques : chaque innovation devient un instrument de puissance.
La confrontation entre les deux puissances s’exprime déjà dans plusieurs domaines clés.
Les restrictions américaines sur les exportations de semi-conducteurs vers la Chine, la bataille pour les infrastructures numériques ou les tensions autour de Taïwan illustrent cette nouvelle compétition.Dans le même temps, Pékin développe sa propre architecture d’influence économique.
L’initiative des Nouvelles routes de la soie a permis à la Chine d’investir massivement dans les infrastructures en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient. Ports, chemins de fer, zones industrielles, réseaux énergétiques : ces projets créent progressivement un réseau d’interdépendances économiques.
La rivalité ne concerne plus seulement la puissance militaire.
Elle concerne désormais les normes technologiques. Dans l’économie numérique, définir la norme mondiale peut être aussi important que produire la technologie elle-même.
Certains experts évoquent déjà la perspective d’un “splinternet”, un Internet fragmenté entre plusieurs écosystèmes technologiques concurrents.
Un monde numérique où les infrastructures, les plateformes et les standards seraient différents selon les blocs d’influence.
Un monde bipolaire… mais différent de la guerre froide
Le concept de G2 évoque naturellement la bipolarité de la guerre froide. Mais la comparaison s’arrête rapidement.
Au XXᵉ siècle, la planète était divisée en deux blocs idéologiques rigides.Aujourd’hui, la réalité est beaucoup plus complexe.Les économies américaine et chinoise restent profondément interconnectées. Les entreprises collaborent, les marchés financiers sont liés et les chaînes industrielles sont imbriquées.
La compétition est intense, mais la rupture totale reste difficile.
C’est ce paradoxe qui caractérise la géopolitique contemporaine : rivalité stratégique et interdépendance économique coexistent.
Le rôle des puissances intermédiaires
Dans ce paysage mouvant, de nombreux pays refusent l’idée d’un alignement automatique.
L’Inde, par exemple, entretient des relations stratégiques avec les États-Unis tout en préservant une autonomie diplomatique vis-à-vis de la Chine et de la Russie.
Le Brésil, la Turquie ou l’Arabie saoudite adoptent également des stratégies d’équilibre.
En Afrique, plusieurs gouvernements coopèrent avec la Chine sur le plan économique tout en conservant des partenariats sécuritaires avec les États-Unis ou l’Europe.
Cette flexibilité diplomatique devient une ressource stratégique.
Le monde contemporain ne ressemble plus à une simple opposition de blocs.
Il ressemble davantage à un système où les États tentent de naviguer entre plusieurs centres de puissance.
La diplomatie marocaine dans un monde instable
Dans ce contexte international incertain, la stratégie marocaine repose sur une ligne claire : le pragmatisme.Le Royaume a progressivement construit une diplomatie d’équilibre qui combine alliances solides et diversification des partenariats.
La question du Sahara marocain reste naturellement au cœur de cette stratégie.
La reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara a constitué un tournant diplomatique majeur. Elle a contribué à créer une dynamique internationale favorable à l’initiative d’autonomie proposée par Rabat.
Dans ce cadre, la relation avec Washington possède une dimension stratégique évidente.
Mais la diplomatie marocaine ne se limite pas à une seule alliance.Le Royaume développe également ses relations économiques avec l’Afrique, renforce ses partenariats avec l’Europe et élargit ses coopérations avec plusieurs puissances asiatiques.
Cette diversification constitue précisément l’un des piliers de la stratégie marocaine.
Car dans un monde incertain, la dépendance excessive à un seul partenaire peut devenir une fragilité.
Le réalisme comme boussole
La crise au Moyen-Orient a illustré la complexité de ces équilibres.
Le Maroc a condamné les attaques visant les pays du Golfe, rappelant son attachement à la stabilité régionale et à la sécurité de ses partenaires.
Dans le même temps, la diplomatie marocaine a maintenu une posture mesurée, fidèle à sa tradition de prudence stratégique.
Cette approche correspond à la vision portée par Sa Majesté le Roi, qui place la stabilité et l’équilibre au cœur de la politique étrangère du Royaume.
Mais au-delà de la gestion immédiate des crises, la véritable question est plus large : comment un État peut-il préserver sa souveraineté dans un monde où les règles deviennent plus floues ?
La puissance nationale comme assurance stratégique car la réponse ne se trouve pas uniquement dans les alliances diplomatiques.Elle passe aussi par le renforcement de la puissance nationale : Puissance économique, Puissance technologique et Puissance diplomatique.
Le Maroc a engagé ces dernières années plusieurs chantiers structurants : développement industriel, transition énergétique, modernisation des infrastructures et consolidation de son rôle en Afrique.Ces transformations ont une dimension géopolitique.
Un pays qui produit, qui innove et qui attire les investissements renforce naturellement sa capacité à peser dans les équilibres internationaux.
À l’horizon 2035, le monde pourrait effectivement se structurer autour de deux grandes puissances dominantes.
Mais cette bipolarité ne signifiera pas nécessairement un alignement automatique du reste de la planète. De nombreux États chercheront au contraire à préserver leur autonomie stratégique. Dans ce système complexe, les pays capables de combiner réalisme diplomatique, diversification des partenariats et renforcement de leur puissance interne disposeront d’un avantage décisif.
Le Maroc fait précisément partie de ces États qui tentent de construire cette marge de manœuvre. Car au fond, la grande question n’est peut-être pas de savoir si le XXIᵉ siècle sera dominé par Washington ou par Pékin.
La vraie question est de savoir quels pays sauront garder suffisamment d’équilibre, de lucidité et de vision pour naviguer entre ces deux pôles sans perdre leur souveraineté.
Dans un monde où les règles deviennent incertaines, la véritable puissance est peut-être celle qui sait rester libre de ses choix.
Les frappes militaires contre l’Iran et l’escalade qui s’en est suivie au Moyen-Orient ont brutalement rappelé cette réalité : l’ordre international construit après la Seconde Guerre mondiale traverse une phase de fragilisation profonde.
Mais derrière les missiles et les tensions régionales, une transformation beaucoup plus large est en cours.
Le système international pourrait être en train de basculer vers une nouvelle architecture de puissance : un monde dominé par deux centres de gravité, Washington et Pékin.
Certains analystes parlent déjà d’un G2 mondial à l’horizon 2035. Une idée simple, presque brutale : deux superpuissances structurent les équilibres globaux pendant que le reste du monde tente de préserver ses marges de manœuvre.
Pendant plusieurs décennies, l’ordre international reposait sur un équilibre fragile entre droit, diplomatie et dissuasion. Les Nations Unies, les institutions multilatérales et les accords internationaux formaient un cadre censé limiter l’usage de la force.
Ce système n’a jamais été parfait. Il a souvent été contourné. Mais il existait.
Aujourd’hui, il semble de plus en plus incapable de contenir les rivalités entre puissances.
Au Conseil de sécurité, les divisions paralysent toute décision majeure. Les grandes puissances défendent leurs intérêts, utilisent leur droit de veto et empêchent toute réponse collective cohérente.
Le résultat est visible : la force redevient progressivement l’instrument central de la politique internationale. L’histoire, au fond, n’a rien d’inédit. Les relations entre États ont toujours été structurées par la puissance. Mais ce qui change aujourd’hui, c’est la vitesse à laquelle les équilibres se transforment.
Depuis la fin de la guerre froide, les États-Unis ont occupé une position dominante dans le système international. L’effondrement de l’Union soviétique en 1991 avait ouvert ce que les analystes ont appelé le moment unipolaire américain.
Cette période touche désormais à sa fin. La montée en puissance de la Chine constitue probablement la transformation géopolitique la plus importante du début du XXIᵉ siècle.
En quelques décennies seulement, Pékin est passé du statut de pays en développement à celui de puissance économique, industrielle et technologique majeure.
La Chine est devenue la deuxième économie mondiale. Elle est aujourd’hui le premier partenaire commercial d’une grande partie du Sud global.Dans certains secteurs stratégiques — batteries électriques, infrastructures ferroviaires, panneaux solaires ou technologies numériques — elle occupe même une position dominante.
Face à cette ascension, Washington a profondément modifié sa stratégie.
Les États-Unis ne considèrent plus la Chine comme un simple partenaire commercial difficile. Elle est désormais perçue comme un rival systémique capable de remettre en cause l’ordre international construit après 1945.
Cette rivalité dépasse largement le terrain militaire.
Elle se joue dans les laboratoires, dans les centres de recherche et dans les industries de pointe. Intelligence artificielle, informatique quantique, satellites, biotechnologies, semi-conducteurs, réseaux numériques : chaque innovation devient un instrument de puissance.
La confrontation entre les deux puissances s’exprime déjà dans plusieurs domaines clés.
Les restrictions américaines sur les exportations de semi-conducteurs vers la Chine, la bataille pour les infrastructures numériques ou les tensions autour de Taïwan illustrent cette nouvelle compétition.Dans le même temps, Pékin développe sa propre architecture d’influence économique.
L’initiative des Nouvelles routes de la soie a permis à la Chine d’investir massivement dans les infrastructures en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient. Ports, chemins de fer, zones industrielles, réseaux énergétiques : ces projets créent progressivement un réseau d’interdépendances économiques.
La rivalité ne concerne plus seulement la puissance militaire.
Elle concerne désormais les normes technologiques. Dans l’économie numérique, définir la norme mondiale peut être aussi important que produire la technologie elle-même.
Certains experts évoquent déjà la perspective d’un “splinternet”, un Internet fragmenté entre plusieurs écosystèmes technologiques concurrents.
Un monde numérique où les infrastructures, les plateformes et les standards seraient différents selon les blocs d’influence.
Un monde bipolaire… mais différent de la guerre froide
Le concept de G2 évoque naturellement la bipolarité de la guerre froide. Mais la comparaison s’arrête rapidement.
Au XXᵉ siècle, la planète était divisée en deux blocs idéologiques rigides.Aujourd’hui, la réalité est beaucoup plus complexe.Les économies américaine et chinoise restent profondément interconnectées. Les entreprises collaborent, les marchés financiers sont liés et les chaînes industrielles sont imbriquées.
La compétition est intense, mais la rupture totale reste difficile.
C’est ce paradoxe qui caractérise la géopolitique contemporaine : rivalité stratégique et interdépendance économique coexistent.
Le rôle des puissances intermédiaires
Dans ce paysage mouvant, de nombreux pays refusent l’idée d’un alignement automatique.
L’Inde, par exemple, entretient des relations stratégiques avec les États-Unis tout en préservant une autonomie diplomatique vis-à-vis de la Chine et de la Russie.
Le Brésil, la Turquie ou l’Arabie saoudite adoptent également des stratégies d’équilibre.
En Afrique, plusieurs gouvernements coopèrent avec la Chine sur le plan économique tout en conservant des partenariats sécuritaires avec les États-Unis ou l’Europe.
Cette flexibilité diplomatique devient une ressource stratégique.
Le monde contemporain ne ressemble plus à une simple opposition de blocs.
Il ressemble davantage à un système où les États tentent de naviguer entre plusieurs centres de puissance.
La diplomatie marocaine dans un monde instable
Dans ce contexte international incertain, la stratégie marocaine repose sur une ligne claire : le pragmatisme.Le Royaume a progressivement construit une diplomatie d’équilibre qui combine alliances solides et diversification des partenariats.
La question du Sahara marocain reste naturellement au cœur de cette stratégie.
La reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara a constitué un tournant diplomatique majeur. Elle a contribué à créer une dynamique internationale favorable à l’initiative d’autonomie proposée par Rabat.
Dans ce cadre, la relation avec Washington possède une dimension stratégique évidente.
Mais la diplomatie marocaine ne se limite pas à une seule alliance.Le Royaume développe également ses relations économiques avec l’Afrique, renforce ses partenariats avec l’Europe et élargit ses coopérations avec plusieurs puissances asiatiques.
Cette diversification constitue précisément l’un des piliers de la stratégie marocaine.
Car dans un monde incertain, la dépendance excessive à un seul partenaire peut devenir une fragilité.
Le réalisme comme boussole
La crise au Moyen-Orient a illustré la complexité de ces équilibres.
Le Maroc a condamné les attaques visant les pays du Golfe, rappelant son attachement à la stabilité régionale et à la sécurité de ses partenaires.
Dans le même temps, la diplomatie marocaine a maintenu une posture mesurée, fidèle à sa tradition de prudence stratégique.
Cette approche correspond à la vision portée par Sa Majesté le Roi, qui place la stabilité et l’équilibre au cœur de la politique étrangère du Royaume.
Mais au-delà de la gestion immédiate des crises, la véritable question est plus large : comment un État peut-il préserver sa souveraineté dans un monde où les règles deviennent plus floues ?
La puissance nationale comme assurance stratégique car la réponse ne se trouve pas uniquement dans les alliances diplomatiques.Elle passe aussi par le renforcement de la puissance nationale : Puissance économique, Puissance technologique et Puissance diplomatique.
Le Maroc a engagé ces dernières années plusieurs chantiers structurants : développement industriel, transition énergétique, modernisation des infrastructures et consolidation de son rôle en Afrique.Ces transformations ont une dimension géopolitique.
Un pays qui produit, qui innove et qui attire les investissements renforce naturellement sa capacité à peser dans les équilibres internationaux.
À l’horizon 2035, le monde pourrait effectivement se structurer autour de deux grandes puissances dominantes.
Mais cette bipolarité ne signifiera pas nécessairement un alignement automatique du reste de la planète. De nombreux États chercheront au contraire à préserver leur autonomie stratégique. Dans ce système complexe, les pays capables de combiner réalisme diplomatique, diversification des partenariats et renforcement de leur puissance interne disposeront d’un avantage décisif.
Le Maroc fait précisément partie de ces États qui tentent de construire cette marge de manœuvre. Car au fond, la grande question n’est peut-être pas de savoir si le XXIᵉ siècle sera dominé par Washington ou par Pékin.
La vraie question est de savoir quels pays sauront garder suffisamment d’équilibre, de lucidité et de vision pour naviguer entre ces deux pôles sans perdre leur souveraineté.
Dans un monde où les règles deviennent incertaines, la véritable puissance est peut-être celle qui sait rester libre de ses choix.












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