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​Dialogue imaginaire : « Pourquoi le ruissellement n’a-t-il pas eu lieu au Maroc ? »


Rédigé par La rédaction le Mardi 2 Juin 2026

Personnages fictifs : Dr. Karim, économiste libéral et Dr. Youssef, économiste social-démocrate, centre-gauche.



Le débat commence

Karim M : Soyons honnêtes. Dire que le ruissellement n’a pas eu lieu est une simplification excessive. Depuis plusieurs années, le Maroc a multiplié les réformes favorables à l’investissement : nouvelle charte de l’investissement, généralisation de la protection sociale, soutien massif à l’industrie, accélération des infrastructures, développement de l’automobile, de l’aéronautique, de l’hydrogène vert. Nous sommes devenus la première puissance industrielle d’Afrique selon plusieurs indicateurs. Ce n’est pas rien.

Dr Youssef B : Je ne conteste pas ces réalisations. Je constate simplement que beaucoup de Marocains ne les ressentent pas dans leur quotidien. Les exportations battent des records, mais la classe moyenne s’appauvrit. Les entreprises gagnent en compétitivité, mais le pouvoir d’achat reste sous pression. Le problème n’est pas l’investissement ; le problème est la transmission des bénéfices vers le reste de la société.

L'ODJ : Le ruissellement existe-t-il vraiment ?

Karim M : Le ruissellement n’a jamais été une baguette magique. Il repose sur une logique simple : si les entreprises investissent, elles créent de l’emploi, distribuent des salaires, paient des impôts et stimulent l’économie.

Le problème marocain n’est pas l’absence de ruissellement. C’est la lenteur du mécanisme.

Dr Youssef B : Je pense au contraire que le concept lui-même est surestimé. Les profits ne ruissellent pas automatiquement. Ils peuvent être réinvestis, distribués aux actionnaires ou simplement accumulés.

Quand une usine automobile exporte des milliards, cela ne signifie pas automatiquement que le commerçant de Khouribga, l’instituteur de Fès ou l'employé de Kénitra voient leur niveau de vie progresser.

L'ODJ : Pourquoi la croissance crée-t-elle moins d’emplois ?

Karim M : Là, nous touchons un vrai problème.

Le Maroc produit davantage de richesse mais avec moins de main-d’œuvre. L’automobile, l’aéronautique, les centres de données, les énergies renouvelables sont des secteurs performants mais peu intensifs en emplois.
Le phénomène est mondial.

Dr Youssef B : Justement.
Nous avons construit une économie moderne mais qui absorbe insuffisamment le chômage. L’élasticité emploi-croissance est faible. Autrement dit, chaque point de croissance crée moins d’emplois qu’auparavant.

Le citoyen ne mange pas des statistiques d’exportation. Il vit de son salaire.
La question de la concentration économique

Dr Youssef B : Il faut également parler d’un sujet sensible : la concentration.

Dans plusieurs secteurs, quelques grands acteurs dominent les marchés.
Lorsque la concurrence est limitée, les gains de productivité se transforment davantage en profits qu’en baisse des prix.
Le consommateur ne bénéficie pas pleinement des progrès économiques.

Karim M : Je suis partiellement d’accord.

Mais attention à ne pas tomber dans le réflexe anti-entreprise.
Le Maroc a besoin de champions nationaux capables de rivaliser à l’international.
Le problème n’est pas la taille des entreprises.
Le problème est l’existence de marchés suffisamment concurrentiels autour d’elles.

L'ODJ : La classe moyenne oubliée ?

Dr Youssef B : La véritable question est là.

Depuis plusieurs années, une partie importante des politiques publiques vise l’investissement, les infrastructures, les filières industrielles et les grands projets.
Tout cela est nécessaire.
Mais qui pense spécifiquement à la classe moyenne ?
Les revenus progressent moins vite que le coût de la vie.
Le logement devient plus cher.
L’éducation privée devient presque obligatoire.
La santé reste coûteuse malgré les réformes.
Le sentiment dominant est celui d’un déclassement progressif.

Karim M : Je reconnais qu'il existe une fatigue économique.

Mais il faut aussi regarder les contraintes budgétaires.
L’État finance simultanément la généralisation de la protection sociale, les infrastructures, la gestion du stress hydrique, la transition énergétique et les investissements industriels.
Les marges de manœuvre ne sont pas infinies.
Le choc inflationniste a tout changé

Karim M : La grande rupture, c’est l’inflation mondiale.

Même un gouvernement parfait aurait eu du mal à empêcher totalement les effets du Covid, de la guerre en Ukraine, de la sécheresse et des tensions logistiques.

Dr Youssef B : Je suis d’accord.

Mais les citoyens ne votent pas pour entendre des explications géopolitiques.
Ils votent pour être protégés contre les conséquences.
L’enjeu politique n’est plus de savoir pourquoi la crise est arrivée.
L’enjeu est de savoir comment amortir ses effets.

L'ODJ : Le ruissellement a-t-il changé de nature ?

Karim M :

Peut-être que nous regardons le mauvais indicateur.
Le ruissellement du XXIe siècle n’est plus celui des années quatre-vingt.
Aujourd’hui, il passe davantage par les infrastructures, les services publics, la couverture médicale et la stabilité macroéconomique.

Dr Youssef B : Peut-être.

Mais un citoyen mesure d’abord sa situation par trois critères : son revenu ; ses dépenses ; ses perspectives.
Si ces trois indicateurs se dégradent, il conclut naturellement que le ruissellement n’existe pas.

Conclusion commune

Karim M : Je dirais que le ruissellement n’a pas échoué.
Il est simplement plus lent, plus indirect et plus complexe que prévu.

Dr Youssef B : Je dirais plutôt qu’il est incomplet.
Le Maroc a réussi à faire émerger de la richesse.
Le défi de la prochaine décennie sera de mieux la diffuser.

Karim M : Finalement, nous sommes peut-être d’accord sur l’essentiel.

Dr Youssef B : Oui. Le débat n’est plus de choisir entre l’entreprise et le citoyen.

Le véritable enjeu est de construire une économie capable de créer de la richesse tout en donnant à une majorité de Marocains le sentiment d’en bénéficier.

Karim M : Autrement dit, le prochain grand chantier économique ne sera peut-être plus la création de richesse.

Dr Youssef B : Mais sa circulation.
Et c’est probablement là que se jouera une grande partie des élections à venir.

*Toute ressemblance avec des personnages existants serait purement fortuite les images sont purement et simplement générées par L'IA






Mardi 2 Juin 2026

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