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​Enseignants marocains : une profession épuisée mais silencieuse


Rédigé par le Mercredi 25 Février 2026



Ils sont au cœur du système éducatif, mais rarement au centre du débat public. Les enseignants marocains portent une responsabilité immense : transmettre, encadrer, évaluer, parfois compenser les fragilités sociales et familiales. Pourtant, derrière cette mission essentielle, se cache une réalité de plus en plus lourde : une profession fatiguée, souvent découragée, et largement silencieuse.

L’épuisement enseignant ne s’exprime pas toujours par des mouvements visibles ou des revendications spectaculaires. Il est diffus, progressif, inscrit dans le quotidien. Classes surchargées, programmes denses, hétérogénéité des niveaux, pression des résultats, relations parfois tendues avec les familles : l’enseignant fait face à une accumulation de contraintes qui dépasse largement le cadre pédagogique.

À cette charge professionnelle s’ajoute une perte de reconnaissance symbolique. Le statut de l’enseignant, autrefois associé à une forme d’autorité morale et intellectuelle, s’est fragilisé. Dans l’imaginaire social, le métier est parfois réduit à ses horaires ou à ses vacances supposées, occultant la préparation des cours, la correction, la gestion émotionnelle des élèves. Cette dévalorisation nourrit un sentiment d’injustice et d’usure.

Le silence des enseignants n’est pas un signe d’indifférence. Il traduit souvent un sentiment d’impuissance. Beaucoup ont le sentiment que leur parole n’est pas entendue, que les réformes se succèdent sans véritable concertation, que les décisions sont prises loin du terrain. Cette distance entre discours institutionnels et réalités vécues alimente une forme de résignation.

L’épuisement est également émotionnel. Les enseignants sont de plus en plus confrontés à des élèves stressés, démotivés, parfois en souffrance psychologique. Or, ils ne sont ni formés ni accompagnés pour répondre à ces situations. Ils doivent maintenir l’ordre, avancer dans les programmes, tout en gérant des fragilités qui dépassent leur mission initiale. Cette tension permanente est coûteuse, humainement.

Les conditions matérielles aggravent cette fatigue. Dans de nombreux établissements, le manque de ressources pédagogiques, l’état des infrastructures ou l’insuffisance de soutien administratif compliquent le travail quotidien. L’enseignant devient alors un acteur polyvalent, contraint d’improviser, de pallier les manques, parfois au détriment de sa propre énergie.

La question de la formation continue est également centrale. Beaucoup d’enseignants expriment un besoin d’accompagnement face aux évolutions pédagogiques, technologiques et sociales. Or, les dispositifs existants sont souvent jugés insuffisants, théoriques ou déconnectés des réalités de classe. Le sentiment d’être laissé seul face aux transformations du métier renforce le découragement.

Cette fatigue silencieuse a des conséquences directes sur le système éducatif. Un enseignant épuisé, même compétent et engagé, peine à maintenir une dynamique positive sur la durée. La motivation s’effrite, l’innovation pédagogique devient risquée, l’investissement personnel se réduit. Ce phénomène n’est pas une faute individuelle, mais le résultat d’un déséquilibre structurel.

Pourtant, malgré ces difficultés, beaucoup d’enseignants continuent à tenir, par sens du devoir, par attachement à leurs élèves, par conviction. Ce dévouement, souvent invisible, permet au système de fonctionner malgré ses failles. Mais il repose sur une ressource fragile : l’engagement personnel. Lorsqu’il s’épuise, aucune réforme ne peut le remplacer.

Reconnaître l’épuisement enseignant ne signifie pas céder au pessimisme. Cela suppose au contraire de poser une question centrale : quelle place accorde-t-on réellement à ceux qui font vivre l’école au quotidien ? Revalorisation symbolique, amélioration des conditions de travail, écoute du terrain, accompagnement psychologique et pédagogique : autant de leviers rarement abordés de manière globale.

Tant que les enseignants resteront les grands absents du débat sur l’avenir de l’école, les réformes risqueront de manquer leur cible. Une école qui fatigue ses enseignants est une école qui fragilise sa propre mission. Et ce silence, s’il persiste, finira par coûter cher — non seulement aux enseignants, mais à l’ensemble du système éducatif.





Mercredi 25 Février 2026

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