Face à la hausse sans précédent des prix des viandes rouges et des moutons de l’Aïd au Maroc, la colère populaire ne cesse de grandir. Une partie de l’opinion publique pointe du doigt les éleveurs et les bouchers, accusés de profiter de la situation au détriment du pouvoir d’achat des citoyens.
Cependant, une analyse plus objective du marché montre que le problème dépasse largement la seule question de la production animale. La véritable difficulté réside surtout dans la multiplication des intermédiaires et des circuits informels qui contrôlent progressivement le marché.
En réalité, de nombreux petits éleveurs souffrent eux-mêmes de l’augmentation du coût des aliments pour bétail, du transport, des effets de la sécheresse et des charges liées à l’élevage. Pourtant, entre le producteur et le consommateur final, plusieurs intermédiaires interviennent, achetant parfois le bétail à des prix relativement bas avant de le revendre avec des marges importantes.
Cette situation favorise la spéculation et contribue à maintenir artificiellement des prix élevés. Certains acteurs informels du secteur peuvent même limiter volontairement l’offre sur le marché afin de donner l’impression que la demande est supérieure à l’offre, ce qui permet de préserver des niveaux de prix très élevés.
Dans ce contexte, il devient nécessaire de distinguer clairement l’éleveur producteur des réseaux d’intermédiation et de spéculation qui profitent du manque d’organisation du marché.
C’est pourquoi il serait utile que le Ministère de l’Industrie et du Commerce, en coordination avec le Ministère de l’Économie et des Finances, mette en place une stratégie de structuration du secteur à travers plusieurs mesures :
- Identification officielle des intermédiaires opérant dans les marchés de bétail et de viande ;
- Obligation d’immatriculation fiscale et commerciale ;
- Déclaration transparente des revenus et des transactions ;
- Contrôle des marges et lutte contre la spéculation abusive ;
- Digitalisation progressive des circuits de commercialisation ;
- Étude de l’introduction de la vente au kilogramme dans certains marchés organisés afin d’améliorer la transparence des prix.
La protection du pouvoir d’achat des Marocains ne peut reposer uniquement sur des mesures ponctuelles ou sur l’importation temporaire de bétail. Elle nécessite une réforme structurelle profonde des circuits de distribution et de commercialisation, fondée sur la transparence, l’équité fiscale et une meilleure régulation du marché.
Rédigé par Abdelghani El Arrasse Économiste et membre de L’AEI












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