Non pas par méchanceté gratuite. Non pas par désir de vengeance. Mais parce qu’il serait tout de même indécent que ceux qui ont transformé une fête religieuse en opération de prédation commerciale dorment tranquillement, le ventre plein, la conscience légère, pendant que des familles ont dû compter, renoncer, s’endetter ou faire semblant de sourire.
Le chennaq n’est pas seulement celui qui vend cher. Le commerce est libre, certes. Le profit n’est pas un crime. Mais il y a une différence entre gagner sa vie et profiter de la vulnérabilité collective. Entre vendre un mouton et vendre l’angoisse d’un père de famille. Entre participer à une économie rurale et transformer le sacrifice de l’Aïd en marché de tension, de pression et parfois d’humiliation silencieuse.
Chaque année, le même théâtre recommence. On annonce des prix “raisonnables”. On promet que l’offre est suffisante. On rassure les ménages. Puis, à l’approche de l’Aïd, les prix montent, les intermédiaires se multiplient, les circuits deviennent opaques, et le citoyen se retrouve seul face à une mécanique qu’il ne maîtrise pas. Le mouton devient moins un rite qu’un test social : qui peut suivre ? Qui doit se serrer la ceinture ? Qui va devoir expliquer aux enfants que cette année, ce sera autrement ?
Dans cette chaîne, le chennaq joue un rôle central : il ne produit pas toujours, il ne soigne pas toujours, il n’élève pas toujours, mais il prélève. Il sait attendre le bon moment. Il connaît la peur du dernier jour. Il comprend la pression du regard social. Il spécule sur l’honneur, sur la tradition, sur la pudeur des familles qui ne veulent pas avouer qu’elles n’en peuvent plus.
Le plus grave, c’est que cette spéculation ne touche pas un produit de luxe. Elle touche un symbole. Elle touche une fête où la spiritualité devrait rappeler la solidarité, la mesure, la compassion et le partage. Or, que reste-t-il de cet esprit lorsque le marché impose sa loi la plus froide ? Que vaut un sacrifice si, avant même le jour de l’Aïd, le citoyen a déjà sacrifié son budget, sa tranquillité et parfois sa dignité ?
On dira que le problème vient aussi de l’offre, de la sécheresse, du coût de l’alimentation animale, des charges, du transport, des importations, des déséquilibres du marché. Tout cela est vrai. Il ne faut pas caricaturer. Mais ces explications économiques ne peuvent pas servir de couverture morale à toutes les dérives. La rareté explique une hausse. Elle ne justifie pas l’abus. Les charges expliquent un prix. Elles ne justifient pas l’exploitation.
Alors oui, j’espère que certains ont eu des remords. Même un petit malaise. Même une gêne discrète au moment de fêter l’Aïd en famille. J’espère qu’en entendant les prières, ils ont pensé à ceux qu’ils ont pressurés. J’espère qu’en partageant la viande, ils se sont souvenus que d’autres ont dû faire des calculs douloureux pour préserver une tradition qui devrait unir au lieu d’écraser.
Mais l’indignation morale ne suffira pas. Le Maroc a besoin de circuits plus transparents, de contrôle réel des intermédiaires, d’une information claire sur les prix, d’un encadrement plus ferme contre les pratiques abusives et d’une politique qui protège le consommateur sans mépriser l’éleveur. Car entre le producteur qui peine et le consommateur qui souffre, il y a souvent un gagnant trop discret : celui qui ne crée pas la valeur, mais sait parfaitement la capter.
L’Aïd n’est pas censé être une bourse aux moutons ni un concours de résistance financière. C’est une fête de foi, de famille et de solidarité. Ceux qui l’ont transformée en saison de prédation devraient au moins avoir la décence de ne pas trop bien dormir.
Et s’ils ont passé un mauvais Aïd, alors peut-être que tout n’est pas perdu. Cela voudrait dire qu’il leur reste encore quelque chose de précieux : une conscience.
Le chennaq n’est pas seulement celui qui vend cher. Le commerce est libre, certes. Le profit n’est pas un crime. Mais il y a une différence entre gagner sa vie et profiter de la vulnérabilité collective. Entre vendre un mouton et vendre l’angoisse d’un père de famille. Entre participer à une économie rurale et transformer le sacrifice de l’Aïd en marché de tension, de pression et parfois d’humiliation silencieuse.
Chaque année, le même théâtre recommence. On annonce des prix “raisonnables”. On promet que l’offre est suffisante. On rassure les ménages. Puis, à l’approche de l’Aïd, les prix montent, les intermédiaires se multiplient, les circuits deviennent opaques, et le citoyen se retrouve seul face à une mécanique qu’il ne maîtrise pas. Le mouton devient moins un rite qu’un test social : qui peut suivre ? Qui doit se serrer la ceinture ? Qui va devoir expliquer aux enfants que cette année, ce sera autrement ?
Dans cette chaîne, le chennaq joue un rôle central : il ne produit pas toujours, il ne soigne pas toujours, il n’élève pas toujours, mais il prélève. Il sait attendre le bon moment. Il connaît la peur du dernier jour. Il comprend la pression du regard social. Il spécule sur l’honneur, sur la tradition, sur la pudeur des familles qui ne veulent pas avouer qu’elles n’en peuvent plus.
Le plus grave, c’est que cette spéculation ne touche pas un produit de luxe. Elle touche un symbole. Elle touche une fête où la spiritualité devrait rappeler la solidarité, la mesure, la compassion et le partage. Or, que reste-t-il de cet esprit lorsque le marché impose sa loi la plus froide ? Que vaut un sacrifice si, avant même le jour de l’Aïd, le citoyen a déjà sacrifié son budget, sa tranquillité et parfois sa dignité ?
On dira que le problème vient aussi de l’offre, de la sécheresse, du coût de l’alimentation animale, des charges, du transport, des importations, des déséquilibres du marché. Tout cela est vrai. Il ne faut pas caricaturer. Mais ces explications économiques ne peuvent pas servir de couverture morale à toutes les dérives. La rareté explique une hausse. Elle ne justifie pas l’abus. Les charges expliquent un prix. Elles ne justifient pas l’exploitation.
Alors oui, j’espère que certains ont eu des remords. Même un petit malaise. Même une gêne discrète au moment de fêter l’Aïd en famille. J’espère qu’en entendant les prières, ils ont pensé à ceux qu’ils ont pressurés. J’espère qu’en partageant la viande, ils se sont souvenus que d’autres ont dû faire des calculs douloureux pour préserver une tradition qui devrait unir au lieu d’écraser.
Mais l’indignation morale ne suffira pas. Le Maroc a besoin de circuits plus transparents, de contrôle réel des intermédiaires, d’une information claire sur les prix, d’un encadrement plus ferme contre les pratiques abusives et d’une politique qui protège le consommateur sans mépriser l’éleveur. Car entre le producteur qui peine et le consommateur qui souffre, il y a souvent un gagnant trop discret : celui qui ne crée pas la valeur, mais sait parfaitement la capter.
L’Aïd n’est pas censé être une bourse aux moutons ni un concours de résistance financière. C’est une fête de foi, de famille et de solidarité. Ceux qui l’ont transformée en saison de prédation devraient au moins avoir la décence de ne pas trop bien dormir.
Et s’ils ont passé un mauvais Aïd, alors peut-être que tout n’est pas perdu. Cela voudrait dire qu’il leur reste encore quelque chose de précieux : une conscience.












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