L'ODJ Média

lodj





​La transition démographique marocaine : une chance ou une dividende démographique ratée ?


Rédigé par le Jeudi 19 Février 2026



Le risque d’un pays qui vieillit avant de s’enrichir

Le Maroc change d’âge. Lentement, silencieusement, mais irréversiblement. Les chiffres du Haut-Commissariat au Plan ne laissent plus place au doute : avec un taux de fécondité tombé à 1,97 enfant par femme, le Royaume est passé sous le seuil de renouvellement des générations.

En parallèle, l’espérance de vie s’allonge, le mariage recule, la jeunesse relative du pays s’effrite. La question n’est donc plus de savoir si la transition démographique est en cours, mais ce qu’on en fait. Est-elle une chance historique de changer de modèle, ou l’aubaine démographique ratée d’un pays qui n’a pas su anticiLe premier grief est brutal : le Maroc vieillit vite, sans avoir préparé ses structures. Le vieillissement n’est pas en soi une anomalie ; il devient un problème lorsqu’il survient dans un pays où la productivité reste faible, l’emploi précaire et la protection sociale incomplète. Or c’est précisément ce scénario qui se dessine. Moins d’actifs demain pour financer plus de retraités, alors que les régimes de retraite sont déjà sous tension. La démographie n’est pas ici une abstraction statistique : elle devient une équation budgétaire explosive.

Plus grave encore, le Maroc semble avoir laissé filer son dividende démographique. Cette période rare où une population jeune et nombreuse, bien formée et employée, peut doper la croissance et financer l’État social. Pendant des années, le pays a bénéficié d’une jeunesse abondante. Mais cette jeunesse a trop souvent été mal intégrée au marché du travail, sous-employée, découragée, voire poussée à l’émigration. Résultat : la fenêtre se referme sans avoir été pleinement exploitée.

Le recul de la fécondité n’a pas été accompagné d’une politique familiale structurée. Ni soutien massif à la parentalité, ni dispositifs incitatifs clairs, ni vision assumée sur la place de la famille dans l’économie. Le report de l’âge au mariage est souvent subi plus que choisi, conséquence de la précarité, du chômage, du coût du logement. Derrière la modernité apparente, se cache parfois une incapacité matérielle à se projeter.

À cela s’ajoute l’absence de débat public réel sur l’immigration. Beaucoup de pays vieillissants ont fait le choix d’une immigration économique organisée pour compenser la baisse des actifs. Le Maroc, lui, reste dans une ambiguïté : pays d’émigration, pays de transit, timidement pays d’accueil, sans doctrine claire. Là encore, une opportunité potentielle reste en suspens.

Enfin, le système de santé et de prise en charge de la dépendance accuse un retard préoccupant. Vieillir plus longtemps suppose de vieillir mieux. Or la silver economy marocaine est embryonnaire, la gériatrie marginale, les politiques de dépendance quasi inexistantes. Le risque est celui d’un vieillissement appauvri, médicalisé tardivement, socialement coûteux.

Mais une transition qui signe aussi un progrès réel

Mais s’arrêter à cette lecture serait incomplet, voire injuste. Car la transition démographique marocaine est aussi le produit de progrès incontestables. La chute de la fécondité n’est pas une catastrophe mécanique : elle traduit l’amélioration de l’éducation, notamment des filles, l’accès plus large aux soins, la maîtrise de la santé reproductive et une autonomie féminine en nette progression. On ne peut pas regretter la fin d’un modèle démographique qui reposait sur la forte mortalité infantile et la dépendance économique des femmes.

De même, l’allongement de l’espérance de vie est une victoire collective. Il témoigne de décennies d’investissements, parfois discrets mais réels, dans les infrastructures sanitaires, l’accès à l’eau potable, l’électricité, la nutrition. Vivre plus longtemps est un acquis civilisationnel, pas une erreur de calcul.

La baisse du nombre d’enfants peut aussi être l’occasion d’un basculement qualitatif. Moins d’élèves, c’est potentiellement plus de moyens par enfant, une école plus efficace, une formation mieux ciblée. À condition, évidemment, que le système éducatif se réforme en profondeur. La démographie offre ici une chance de rattrapage, pas une garantie automatique.

Par ailleurs, le Maroc n’est pas encore un pays vieux. Il entre dans la zone grise, celle où les choix politiques sont décisifs. La population active restera nombreuse encore plusieurs années. La transition est avancée, mais pas achevée. Il existe donc une fenêtre – étroite, mais réelle – pour transformer ce tournant en opportunité.

L’essor des technologies, de l’intelligence artificielle et des nouveaux modèles productifs peut également rebattre les cartes. Un pays n’a plus nécessairement besoin d’une masse démographique immense pour créer de la valeur, à condition d’investir dans le capital humain, l’innovation et la montée en compétences. Là encore, la démographie devient un levier potentiel plutôt qu’un handicap.

Enfin, la transformation des modes de vie n’est pas uniquement un signe de crise. Elle reflète aussi une société qui se complexifie, qui valorise l’individu, l’éducation, la trajectoire personnelle. Le défi n’est pas de revenir en arrière, mais de construire des institutions adaptées à cette nouvelle réalité.

​Le vrai problème : l’absence de récit et de stratégie

Au fond, le cœur du problème n’est ni la baisse de la fécondité ni le vieillissement en soi. Il réside dans l’absence d’un récit démographique assumé. Le Maroc subit sa transition plus qu’il ne la gouverne. Les chiffres existent, les projections sont connues, mais elles restent confinées aux rapports techniques. La démographie n’est pas encore devenue un sujet politique central, au sens noble du terme.

Or chaque trajectoire démographique implique des choix : sur l’emploi, la fiscalité, la famille, l’immigration, la santé, la solidarité intergénérationnelle. Ne pas choisir, c’est déjà choisir par défaut. Et le risque est là : laisser s’installer une transition déséquilibrée, où les jeunes se sentent sacrifiés et les seniors insuffisamment protégés.

La question n’est donc pas de savoir si la transition démographique marocaine est une chance ou une aubaine ratée. Elle est potentiellement les deux. Une chance, si elle est pensée, anticipée, accompagnée. Une aubaine ratée, si elle continue d’être gérée à vue, sans cap clair.

Le Maroc a déjà connu une première occasion manquée avec son dividende démographique. Il serait dangereux d’en rater une seconde : celle de devenir un pays qui vieillit mieux, plus équitablement, plus intelligemment. Le temps démographique est lent, mais les décisions, elles, sont urgentes.





Jeudi 19 Février 2026

Breaking news | Plume IA | Communiqué de presse | Gaming | Eco Business | Digital & Tech | Santé & Bien être | Lifestyle | Culture & Musique & Loisir | Sport | Auto-moto | Room | L'ODJ Podcasts - 8éme jour | Les dernières émissions de L'ODJ TV | Last Conférences & Reportages | Bookcase | LODJ Média | Avatar IA Live


Bannière Réseaux Sociaux



Bannière Lodj DJ






LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html
















Vos contributions
LODJ Vidéo