L'ODJ Média

lodj






​Le Maroc des Zaouias : du soufisme savant au soufisme-spectacle…


Le Maroc serait difficilement compréhensible si l’on retranchait de son histoire les saints, les Zaouias et les confréries qui, pendant des siècles, ont enseigné, accueilli les voyageurs, arbitré les conflits, nourri les pauvres, conservé des manuscrits, relié les villes aux campagnes, accompagné les caravanes vers l’Afrique subsaharienne et parfois même pesé sur le destin politique du pays, car le soufisme marocain ne fut jamais seulement une affaire d’hommes retirés du monde récitant des litanies dans une pièce obscure. Il fut tour à tour mystique, école, réseau social, institution charitable, puissance foncière, médiateur tribal, foyer de résistance, relais du Makhzen et quelquefois concurrent de celui-ci, ce qui rend d’autant plus affligeante la réduction contemporaine de cet héritage immense à quelques images de transes, de corps qui se contorsionnent, de disciples embrassant les pieds d’un cheikh ou de personnages vêtus de tuniques multicolores devenus, grâce aux réseaux sociaux, la vitrine involontaire du tasawwuf marocain.



Par Rachid Boufous

Le soufisme qui s’enracina au Maroc médiéval reposait pourtant sur une ambition autrement exigeante : transformer l’homme de l’intérieur, discipliner son ego, purifier son intention, approfondir sa connaissance de Dieu et faire de la morale une expérience vécue plutôt qu’un discours, dans une tradition qui remontait aux grands maîtres de l’islam mystique tels qu’al-Junayd de Bagdad, al-Qushayri ou al-Ghazali, avant de trouver au Maghreb ses propres figures majeures, notamment Abou Madyan, puis Moulay Abdessalam Ibn Mashish, le saint du Jbel El-Alam, dont l’influence fut considérable malgré l’extrême sobriété des traces qu’il laissa, et son disciple Abou al-Hassan al-Shadhili, à l’origine de l’une des plus grandes familles spirituelles du monde musulman. 
Cette filiation est essentielle, parce qu’elle rappelle que le soufisme marocain naquit moins d’une fascination pour le phénomène extraordinaire que d’une recherche d’équilibre entre la Loi, la connaissance et l’expérience intérieure, au point que le Maroc institutionnel continue aujourd’hui de placer le « soufisme sunnite de Junayd », aux côtés du rite malékite et de la doctrine Achaarite, parmi les constantes de son identité religieuse.

À partir du XVe siècle, cette mystique allait pourtant sortir des cercles de disciples pour devenir une véritable force sociale, notamment avec Mohammed Ibn Slimane al-Jazouli, originaire du Souss, dont les célèbres « Dala’il al-Khayrat », recueil de prières sur le Prophète, deviendra l’un des ouvrages religieux marocains les plus diffusés de toute l’histoire du monde musulman, du Maghreb jusqu’à l’Inde et à l’Empire ottoman. 

La Jazouliya ne fut pas une petite association de dévots : dans un Maroc affaibli par la crise mérinide et confronté aux avancées portugaises sur ses côtes, le réseau des disciples d’al-Jazouli participa à une mobilisation religieuse, sociale et politique considérable, avant que son héritage ne se mêle à l’ascension des Saadiens. Voilà ce qu’était alors une confrérie : une spiritualité capable de produire un livre récité pendant cinq siècles, un réseau d’enseignement et une mobilisation collective qui dépassaient largement la personnalité du maître.

Aux XVIe et XVIIe siècles, les zaouïas devinrent encore plus puissantes, parfois dangereusement proches de véritables États dans l’État, comme le montre l’extraordinaire aventure de la zaouïa de Dila, dans le Moyen Atlas, qui accumula une telle puissance politique et militaire qu’elle participa directement aux luttes de pouvoir ayant suivi l’effondrement saadien, jusqu’à contrôler Fès, avant d’être vaincue par les Alaouites. 

Ailleurs, la Nasiriyya de Tamegroute près de Zagora suivit une trajectoire différente et peut-être plus féconde : fondée dans la vallée du Drâa, elle devint aux XVIIe et XVIIIe siècles un centre intellectuel, religieux et caravanier remarquable, dont la bibliothèque, témoigne encore aujourd’hui d’une époque où une zaouïa produisait et conservait du savoir, formait des lettrés, entretenait des relations avec les tribus nomades et participait aux échanges reliant le Maroc aux grands centres du Sahara.

D’autres foyers apparurent à Boujaad avec la Zaouia Charqawiyya, à Ouezzane avec la Wazzaniyya, dans le Nord, les plaines atlantiques ou les régions présahariennes, dessinant progressivement une géographie parallèle du Maroc, celle des saints, des moussems, des lieux de refuge et des lignages détenteurs de la Baraka, tandis qu’à Meknès la confrérie des Aïssāwas, issue de l’enseignement de Mohammed Al-Hadi Ben Aïssa, Cheikh al-Kamel, allait connaître un destin particulier. 

À son noyau spirituel originel se superposèrent progressivement des dimensions musicales et populaires de plus en plus importantes, jusqu’à faire de certaines cérémonies aïssāwies un univers de percussions, de ghaïtas, de processions et de transes, où le spectaculaire finit parfois par prendre le dessus sur l’enseignement mystique qui avait justifié la naissance de la confrérie…
Le phénomène est encore plus évident avec les H’madcha, profondément enracinés dans la région de Meknès et de Zerhoun, dont les cérémonies ont longtemps associé invocation religieuse, musique, transe, possession et pratiques thérapeutiques populaires, ou avec les Gnawas, héritiers d’une histoire particulière liée aux populations subsahariennes et à la mémoire de l’esclavage, dont les « lilas », nuits où l’on associe musique, invocation, couleurs, parfums et univers symbolique des esprits.

Au XVIIIe siècle, une autre histoire commença avec Ahmed al-Tijani, né à Aïn Madhi dans l’actuelle Algérie, qui finit par s’installer à Fès où il mourut en 1815 et où son mausolée demeure l’un des grands pôles spirituels de la ville, tandis que la Tijaniyya connaissait une expansion spectaculaire en Afrique occidentale. 

Son importance dépasse désormais très largement le Maroc : Sénégal, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria et plusieurs autres pays africains abritent d’immenses communautés tijanies, faisant de Fès un point de référence d’un espace religieux transsaharien dont la profondeur historique rappelle que les relations du Maroc avec l’Afrique ne commencent certainement pas avec la diplomatie du XXIe siècle. 

La Zaouia Darqawiyya de Moulay Larbi al-Darqawi, branche marocaine de la grande famille shadhilie, allait elle aussi connaître à partir de la fin du XVIIIe siècle une diffusion considérable, en insistant sur le « Dhikr », le dépouillement intérieur et la lutte contre l’ego, avant d’engendrer ou d’influencer plusieurs ramifications à travers le Maghreb.

C’est dans cette généalogie lointaine qu’il faut également replacer la Zaouia Qadiriyya Boutchichiyya de Madagh, dans l’Oriental, probablement la confrérie marocaine contemporaine la plus connue, qui connut au XXe siècle un développement spectaculaire sous Cheikh Hamza al-Qadiri Boutchich puis sous son fils Jamal Eddine, en attirant des disciples issus de milieux urbains, universitaires et cadres, au Maroc comme à l’étranger. Elle a tenté d’offrir l’image d’un soufisme compatible avec la modernité, cultivé, organisé, internationalisé, mais la succession intervenue après la mort de Jamal Eddine en août 2025 a également révélé l’une des contradictions qui guettent toutes les organisations spirituelles lorsqu’elles deviennent des institutions puissantes : Mounir, fils aîné et successeur initialement désigné, céda finalement la direction à son frère Mouad quelques jours après le décès de leur père, au milieu d’informations faisant état de tensions internes, ce qui rappelle brutalement, qu’une fonction destinée en théorie à conduire des hommes vers l’effacement de l’ego peut elle-même devenir un enjeu de pouvoir, de légitimité et de succession.

Le paysage contemporain s’est encore enrichi de mouvements beaucoup plus récents, dont la Karkariyya constitue certainement le cas le plus déroutant visuellement, avec sa zaouïa mère située à Al-Aroui, près de Nador, autour de Cheikh Mohamed Faouzi al-Karkari, et surtout ses disciples immédiatement reconnaissables à leurs « mouraqaraat », ces longues tuniques constituées de pièces de tissus de toutes les couleurs cousues les unes aux autres. La confrérie explique que ce vêtement rapiécé doit notamment briser l’orgueil et libérer le disciple du regard social, ce qui produit un paradoxe assez savoureux puisque le moyen choisi pour apprendre à ne plus se soucier du regard des autres consiste précisément à porter dans la rue le vêtement qui garantit que tout le monde vous regardera ; elle place également parmi ses pratiques fondamentales le dhikr, la retraite, la « hadra » et une forme de danse spirituelle, tout en accordant une place centrale à l’expérience visionnaire de la « lumière divine ».
Cette diversité des Tariqas spirituelles constitue une richesse historique incontestable, mais elle interdit précisément de distribuer indistinctement le label de « soufisme » à toute pratique comportant un cheikh, un tombeau, quelques invocations et un groupe de fidèles en mouvement.

Car la vraie question du XXIe siècle n’est probablement plus de savoir si le soufisme marocain survivra, mais sous quelle forme il survivra, maintenant que le téléphone portable a pénétré dans la zaouïa et que chaque cérémonie peut devenir en quelques minutes une vidéo offerte au jugement de millions de personnes qui n’en connaissent ni l’histoire ni les codes. 

Autrefois, l’excès rituel disparaissait avec ceux qui l’avaient observé ; aujourd’hui, une contorsion filmée au mausolée de Moulay Idriss Zerhoun, une transe autour de Cheikh al-Kamel, un fidèle embrassant les pieds d’un cheikh à Anjra ou une cérémonie particulièrement spectaculaire peuvent devenir, par la puissance des algorithmes, la représentation mondiale du soufisme marocain, alors même qu’ils n’en constituent qu’une infime périphérie.

Le danger est là, car une tradition qui a produit Ibn Mashish, al-Shadhili, al-Jazouli, la Nasiriyya, la Darqawiyya, des bibliothèques, des milliers de manuscrits, des réseaux transsahariens et une littérature spirituelle d’une profondeur exceptionnelle risque de se trouver progressivement jugée à travers ses manifestations les plus théâtrales, tandis que certains adeptes eux-mêmes semblent parfois oublier que la religion n’a nul besoin de gesticulations corporelles ou verbales pour acquérir du sens et que le soufisme en a moins besoin encore puisqu’il prétend justement conduire l’homme de l’apparence vers l’intérieur…

La grandeur du soufisme marocain ne se trouve donc ni dans la violence d’une transe, ni dans le nombre de disciples entourant un maître, ni dans la longueur d’une procession, ni dans la couleur d’une tunique, ni dans la capacité d’un moussem à produire des images virales, mais dans quelque chose d’infiniment moins spectaculaire et infiniment plus difficile : faire qu’un homme orgueilleux devienne humble, qu’un homme violent apprenne la maîtrise de lui-même, qu’un homme ignorant recherche le savoir, qu’un homme obsédé par les apparences apprenne à regarder en lui-même et qu’un croyant cesse enfin de vouloir être vu lorsqu’il prétend chercher Dieu.
Le Maroc possède cet héritage.
Il devrait simplement prendre garde à ce que le spectacle ne finisse pas par le dévorer…
Rachid Boufous



Lundi 24 Août 2026


Billet | Billet 2026 | Chroniqueurs invités | Experts invités | Deep Think | Quartier libre | Chroniques Vidéo | Replay vidéo & podcast outdoor | Documentaires IA


Bannière Réseaux Sociaux

Par ordre alphabétique : 

Abdallah Benzekri  (Fr)
Abdelaziz Koukas (Fr) & Abdelaziz Koukas  (Ar)
Abdelfettah Essadiki (Ar)
Abdelghani El Arrasse  (Fr)
Abdeslam Seddiki  (Fr) & Abdeslam Seddiki (Ar)
Abdessamad Alhyan  (Fr) & Abdessamad Alhyan (Ar) 
Adel Ghallab  (Fr) 
Adil Benhamza   (Fr) & Adil Benhamza (Ar) 
Adnan Debbarh (Fr) 
Ali Bouallou (Fr) & Ali Bouallou (Ar) 
Ali Tounsi (Ar)
Anissa Mekouar Senhadji (Fr) 
Ayoub Mechmoum (Ar)
Aziz Boucetta (Fr) & Aziz Boucetta (Ar)
Aziz Daouda (Fr) & Aziz Daouda (Ar) 
Aziz Rabbah (Fr) & Aziz Rabbah (Ar)
Aziza Benkirane (Fr) & Aziza Benkirane (Ar)
Badr Ben Allach (Ar)
Bargach Larbi (Fr)
Badreddine Aitlekhoui (Ar) 
Dr Anwar Cherkaoui (Fr) & Dr Anwar Cherkaoui (Ar) 
Dr Az-Eddine Bennani (Fr) 
Dr Hassan Bennani (Fr) 
Dr Idriss Qorich (Ar)
Dr Khalid Fathi (Fr) & ​ Dr Khalid Fathi (Ar)
Dr Mustapha Belaouni (Ar)
Dr Zakaria Benomar Farès (Fr) 
El Montacir Bensaid (Fr) & El Montacir Bensaid (Ar)
Fawzia Talout Meknassi (Fr) 
Hassan Abdelkhalek (Fr) & Hassan Abdelkhalek (Ar) 
Hicham El Aadnani (Fr) & Hicham El Aadnani (Ar)
Lahcen Haddad (Fr) & Lahcen Haddad (Ar) 
Marwane El Bouzdaini (Fr) 
Mohamed El Ouardi (Fr) & Mohamed El Ouardi (Ar)
Mohamed Yasser Mouline (Fr) & Mohamed Yasser Mouline (Ar)



Mustapha Sehimi  (Fr) & Mustapha Sehimi (Ar)
Naïm Kamal (Fr) & Naïm Kamal (Ar) 
Najib Mikou (Fr) & Najib Mikou (Ar)
Omar Hasnaoui (Fr) 
Saâd Faouzi (Fr) 
Rachid Boufous (Fr) & Rachid Boufous (Ar) 
Saïd Temsamani (Fr) & Saïd Temsamani  (Ar)
Souad Mekkaoui (Fr) 
Taoufiq Boudchiche (Fr) & Taoufiq Boudchiche (Ar)
Yasser Derkouli (Fr) 
Younes Amimi (Ar)
Zakaria Berala  (Fr)


Bannière Lodj DJ

Avertissement : Les textes publiés sous l’appellation « Quartier libre » ou « Chroniqueurs invités » ou “Coup de cœur” ou "Communiqué de presse" doivent être conformes à toutes les exigences mentionnées ci-dessous.

1-L’objectif de l’ODJ est de d’offrir un espace d’expression libre aux internautes en général et des confrères invités (avec leurs accords) sur des sujets de leur choix, pourvu que les textes présentés soient conformes à la charte de l’ODJ.

2-Cet espace est modéré  par les membres de la rédaction de lodj.ma, qui conjointement assureront la publication des tribunes et leur conformité à la charte de l’ODJ

3-L’ensemble des écrits publiés dans cette rubrique relève de l’entière responsabilité de leur(s) auteur(s).la rédaction de lodj.ma ne saurait être tenue responsable du contenu de ces tribunes.

4-Nous n’accepterons pas de publier des propos ayant un contenu diffamatoire, menaçant, abusif, obscène, ou tout autre contenu qui pourrait transgresser la loi.

5-Tout propos raciste, sexiste, ou portant atteinte à quelqu’un à cause de sa religion, son origine, son genre ou son orientation sexuelle ne sera pas retenu pour publication et sera refusé.

Toute forme de plagiat est également à proscrire.

 


Par ordre alphabétique : 

Abdallah Benzekri  (Fr)
Abdelaziz Koukas (Fr) & Abdelaziz Koukas  (Ar)
Abdelfettah Essadiki (Ar)
Abdelghani El Arrasse  (Fr)
Abdeslam Seddiki  (Fr) & Abdeslam Seddiki (Ar)
Abdessamad Alhyan  (Fr) & Abdessamad Alhyan (Ar) 
Adel Ghallab  (Fr) 
Adil Benhamza   (Fr) & Adil Benhamza (Ar) 
Adnan Debbarh (Fr) 
Ali Bouallou (Fr) & Ali Bouallou (Ar) 
Ali Tounsi (Ar)
Anissa Mekouar Senhadji (Fr) 
Ayoub Mechmoum (Ar)
Aziz Boucetta (Fr) & Aziz Boucetta (Ar)
Aziz Daouda (Fr) & Aziz Daouda (Ar) 
Aziz Rabbah (Fr) & Aziz Rabbah (Ar)
Aziza Benkirane (Fr) & Aziza Benkirane (Ar)
Badr Ben Allach (Ar)
Bargach Larbi (Fr)
Badreddine Aitlekhoui (Ar) 
Dr Anwar Cherkaoui (Fr) & Dr Anwar Cherkaoui (Ar) 
Dr Az-Eddine Bennani (Fr) 
Dr Hassan Bennani (Fr) 
Dr Idriss Qorich (Ar)
Dr Khalid Fathi (Fr) & ​ Dr Khalid Fathi (Ar)
Dr Mustapha Belaouni (Ar)
Dr Zakaria Benomar Farès (Fr) 
El Montacir Bensaid (Fr) & El Montacir Bensaid (Ar)
Fawzia Talout Meknassi (Fr) 
Hassan Abdelkhalek (Fr) & Hassan Abdelkhalek (Ar) 
Hicham El Aadnani (Fr) & Hicham El Aadnani (Ar)
Lahcen Haddad (Fr) & Lahcen Haddad (Ar) 
Marwane El Bouzdaini (Fr) 
Mohamed El Ouardi (Fr) & Mohamed El Ouardi (Ar)
Mohamed Yasser Mouline (Fr) & Mohamed Yasser Mouline (Ar)
Mustapha Sehimi  (Fr) & Mustapha Sehimi (Ar)
Naïm Kamal (Fr) & Naïm Kamal (Ar) 
Najib Mikou (Fr) & Najib Mikou (Ar)
Omar Hasnaoui (Fr) 
Saâd Faouzi (Fr) 
Rachid Boufous (Fr) & Rachid Boufous (Ar) 
Saïd Temsamani (Fr) & Saïd Temsamani  (Ar)
Souad Mekkaoui (Fr) 
Taoufiq Boudchiche (Fr) & Taoufiq Boudchiche (Ar)
Yasser Derkouli (Fr) 
Younes Amimi (Ar)
Zakaria Berala  (Fr)






LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html

















Vos contributions
LODJ Vidéo