Seulement 19 % des inscrits ont entre 18 et 34 ans .Arrêtons-nous un instant sur les chiffres.
Puis est arrivé le deuxième chiffre : 38,02 % de participation nationale.
Attention toutefois à ne pas mélanger les deux statistiques. On ne sait pas, à partir de ces seules données, quelle proportion des 18-34 ans inscrits a effectivement voté. Mais nous savons quelque chose de suffisamment préoccupant : avant même l'ouverture des bureaux de vote, les moins de 35 ans étaient déjà très minoritaires parmi ceux appelés aux urnes.
Voilà peut-être l'information politique la plus importante du scrutin.
Parce qu'au fond, les 395 députés élus le 23 septembre vont légiférer sur l'emploi des jeunes, leur formation, l'université, le logement, la santé, l'intelligence artificielle, la protection sociale, les retraites, la dette publique, le climat ou encore le modèle économique qui structurera leur vie professionnelle.
Et pourtant, cette génération pèse étonnamment peu dans le corps électoral. Ce n'est pas une accusation contre la légitimité du scrutin. C'est une interrogation sur la représentativité sociologique de la participation politique.
Le premier « parti » reste celui de ceux qui restent en dehors
On peut commenter pendant des jours les gains et les pertes du PAM, du RNI, de l'Istiqlal, du PJD et des autres formations. Mais une autre réalité traverse toutes les familles politiques.
Avec 38,02 % de participation, près de six électeurs inscrits sur dix n'ont pas voté. Et encore, ce calcul ne parle que des inscrits.
Il laisse hors champ tous les Marocains en âge de voter qui ne figurent pas sur les listes électorales.
C'est pourquoi on se doit d'utiliser volontairement cette formule : le premier « parti » du Maroc demeure celui de l'abstention et de la non-inscription.
Évidemment, ce n'est pas un parti. Il n'a ni secrétaire général, ni programme, ni siège, ni couleur politique. Et surtout, il serait absurde de considérer tous les abstentionnistes comme partageant la même opinion.
Certains rejettent l'offre politique. D'autres ne croient plus à l'utilité de leur vote. Certains ne connaissent pas suffisamment les institutions. D'autres encore suivent passionnément la politique sur TikTok, Instagram ou YouTube mais ne franchissent jamais la porte administrative de l'inscription électorale.
Et beaucoup ne se reconnaissent tout simplement pas dans ce qu'on leur propose. C'est justement cela qui devrait inquiéter.
Avant de conquérir des parts de marché, reconstruisons le marché politique. Les partis politiques font peut-être une erreur de diagnostic lorsqu'ils se demandent comment « récupérer le vote des jeunes ». Pour récupérer quelque chose, encore faudrait-il qu'il soit entré dans le système.
Le problème est donc plus profond qu'une campagne TikTok, qu'un slogan rajeuni ou que quelques candidats de vingt ans photographiés pendant quinze jours.
En langage économique, je dirais ceci : avant de chercher à conquérir des parts de marché, il faut reconstruire le marché politique lui-même.
Et cela ne se fera pas trois semaines avant une élection.
Il faudra probablement plusieurs années.
Expliquer ce qu'est un député.
Montrer à quoi sert une commune.
Expliquer comment se vote une loi, comment fonctionne un budget public, ce que peut réellement faire un ministre et ce qu'il ne peut pas faire.
Il faudra retourner dans les universités, les écoles, les quartiers, les entreprises, les associations et, bien entendu, sur les plateformes numériques où cette génération vit une partie de son espace public.
Non pour lui dire : votez pour moi. Mais d'abord pour lui donner envie de dire : cela me concerne.
Une génération très politique, mais peu présente dans la politique institutionnelle
Il faudrait d'ailleurs se garder d'une conclusion paresseuse : les jeunes Marocains ne seraient pas intéressés par la politique.
Regardons leurs conversations numériques.
Emploi, santé, école publique, corruption, pouvoir d'achat, logement, libertés, migration, intelligence artificielle, avenir économique : ils parlent quotidiennement de sujets profondément politiques.
Le paradoxe est ailleurs. Ils parlent politique sans nécessairement entrer dans la politique institutionnelle.
C'est probablement l'une des grandes fractures que les partis devront comprendre avant les prochaines échéances.
Le problème n'est donc pas uniquement de rajeunir les candidats.
Il faut rajeunir la relation entre le citoyen et la chose publique.
Les députés de 2026 décideront aussi du Maroc de 2030 et d'après
Le 23 septembre, le Maroc a élu démocratiquement ses 395 députés.
Il faut respecter ce choix.
Mais vingt-quatre heures après le scrutin, une autre question mérite d'être posée : qui n'était pas autour de la table lorsque ce choix a été fait ?
Une partie considérable de la génération qui entrera demain sur le marché du travail, créera des entreprises, financera la protection sociale, utilisera massivement l'intelligence artificielle et devra affronter les transformations économiques des années 2030 était faiblement représentée parmi les inscrits.
C'est peut-être cela, finalement, le paradoxe des législatives de 2026.
Nous avons beaucoup parlé du Maroc de demain pendant la campagne. Mais la génération de demain, elle, pesait très peu dans le corps électoral chargé de choisir ceux qui vont commencer à le construire.
Et cette question-là ne se réglera ni par une coalition gouvernementale, ni par un remaniement, ni par un meilleur slogan. Elle commence le lendemain de l'élection. Et elle porte un nom beaucoup moins spectaculaire qu'une victoire électorale : reconstruire la confiance politique.












L'accueil




On peut toujours espérer… que nos futurs représentants élèvent le niveau









