Il y a des débats qu’un pays repousse pendant des années, puis qu’un choc géopolitique ramène d’un coup à la table, sans prévenir, sans politesse, sans anesthésie. Le dossier de la Samir est de ceux-là. Pendant longtemps, la question a été traitée au Maroc comme un mélange de nostalgie industrielle, de contentieux judiciaire et de polémique politique. Puis la guerre entre les États-Unis et l’Iran est arrivée, avec son cortège de frappes, de menaces, de perturbations maritimes et de flambée pétrolière. Et soudain, la vieille raffinerie de Mohammedia n’apparaît plus seulement comme une affaire du passé. Elle redevient une question d’avenir.
Le monde énergétique, ces derniers jours, a brutalement rappelé sa nature profonde. Il ne s’agit pas d’un simple marché régi par les courbes de l’offre et de la demande. Il s’agit d’un système nerveux mondial, vulnérable à la guerre, aux détroits, aux assurances maritimes, aux terminaux, aux ports, aux missiles et aux décisions des États.
Reuters rapportait au 15 mars 2026 que le détroit d’Ormuz était gravement perturbé dans le contexte du conflit en cours, alors qu’environ un cinquième du pétrole mondial transite normalement par cette zone. Dans le même temps, le Brent a franchi à nouveau les 100 dollars, et l’Agence internationale de l’énergie a coordonné une libération massive de stocks stratégiques. Quand les grandes puissances ouvrent leurs réserves, c’est qu’elles savent que le marché seul ne suffit plus à garantir le calme.
Pour le Maroc, ce n’est pas un débat abstrait. Notre pays reste structurellement dépendant des importations d’énergie. Le FMI souligne encore cette dépendance dans ses analyses récentes sur l’économie marocaine, en rappelant que les importations énergétiques demeurent un facteur de vulnérabilité externe important. Cela signifie qu’à chaque secousse sur les routes pétrolières, ce ne sont pas seulement les compagnies qui s’inquiètent. C’est toute l’économie qui encaisse: transport, agriculture, logistique, industrie, inflation, pouvoir d’achat, finances publiques. Le pétrole n’est jamais seulement du pétrole. C’est du coût de la vie déguisé en liquide noir.
C’est pourquoi la question doit être posée clairement, sans romantisme industriel mais sans naïveté libérale non plus: le Maroc a-t-il eu raison de renoncer à toute capacité significative de raffinage? En temps normal, certains répondront oui. Ils diront qu’il est plus rationnel d’importer des produits finis sur un marché mondialisé, d’éviter les lourds investissements, les coûts de maintenance, les exigences environnementales et les risques de gestion qu’implique une raffinerie. Ils rappelleront, à juste titre, que la Samir n’a pas sombré à cause d’un complot métaphysique, mais à cause d’un modèle fragilisé, d’un surendettement massif et d’une gouvernance devenue intenable.
Mais les temps ne sont plus normaux. Et c’est là que le raisonnement change de nature.
La ministère marocaine de la Transition énergétique l’écrit elle-même, de manière assez sobre mais très éclairante: la politique pétrolière nationale repose sur la sécurité d’approvisionnement, la constitution de stocks de sécurité, la diversification des marchés d’approvisionnement, le développement des infrastructures de réception et de stockage, et même le développement de l’industrie du raffinage.
Ce point est capital. Il signifie que, dans la doctrine publique marocaine elle-même, le raffinage n’a jamais cessé d’être considéré comme un instrument possible de souveraineté. Il ne s’agit donc pas d’une lubie militante ou d’un slogan de nostalgie ouvrière. Il s’agit d’un levier stratégique que le Maroc a laissé s’éteindre sans l’avoir véritablement remplacé.
Attention toutefois au piège intellectuel qui guette toujours ce sujet. Relancer la Samir ne ferait pas automatiquement baisser les prix à la pompe. Voilà le genre de vérité un peu ingrate qu’il faut assumer.
Une raffinerie ne fait pas disparaître le prix du brut, ni les frais de fret, ni les assurances, ni les tensions géopolitiques, ni les taxes intérieures. Si le pétrole arrive cher, il ne devient pas soudain charitable parce qu’on le raffine à Mohammedia. En revanche, disposer d’un outil national de raffinage et de stockage peut réduire la vulnérabilité aux ruptures, améliorer la gestion des réserves, offrir davantage de souplesse sur les approvisionnements et redonner à l’État une marge de manœuvre industrielle dans un marché devenu plus brutal. La différence est énorme: on ne parle pas d’un remède miracle contre la cherté, mais d’un amortisseur stratégique contre les chocs.
La situation de la Samir elle-même complique tout. Le dossier est toujours plombé par un passif colossal. En mars 2026, Médias24 rapportait que les créances admises dépassaient 30 milliards de dirhams, avec une forte présence de dettes publiques, tandis qu’une offre émiratie de reprise à 34 milliards de dirhams avait été rejetée pour dossier incomplet. Autrement dit, personne ne doit faire semblant: redémarrer la Samir, ce n’est pas appuyer sur un bouton poussiéreux dans une salle de contrôle abandonnée. C’est traverser un champ de mines juridique, financier, technique et politique.
Mais c’est précisément pour cette raison que le débat doit devenir adulte.
La vraie question n’est pas: « faut-il sauver la Samir parce qu’elle symbolise quelque chose? » La vraie question est: combien coûte au Maroc l’absence de raffinage national dans un monde désormais régi par les ruptures?
Cette question mérite d’être posée avec sang-froid. Car depuis la fermeture de la Samir, le Maroc a organisé son marché aval autour de l’importation de produits raffinés. Cela fonctionne tant que les routes maritimes restent ouvertes, que les hubs régionaux tournent normalement, que les assurances couvrent les flux, et que les tensions géopolitiques ne franchissent pas un certain seuil.
Or la guerre actuelle montre exactement l’inverse: tout peut être perturbé à la fois. Le brut, les terminaux, les flux, les coûts, les délais, la psychologie du marché. Le Conseil de la concurrence rappelait récemment que la capacité totale de stockage disponible au Maroc pour le gasoil et l’essence atteignait environ 1,56 million de tonnes à fin septembre 2024. C’est un progrès, mais cela pose une autre question redoutable: dans une crise prolongée, est-ce suffisant?
Voilà pourquoi il faut sans doute sortir du faux duel entre deux postures également paresseuses. La première consiste à dire: « rallumons la Samir et tout ira mieux ». C’est séduisant, mais simpliste. La seconde dit: « le raffinage est dépassé, laissons faire le marché ». C’est confortable, mais franchement léger dans le monde réel. Entre les deux, il existe une ligne stratégique plus sérieuse.
Cette ligne serait de traiter le dossier en trois niveaux.
D’abord, récupérer ou sécuriser les fonctions de stockage et de logistique liées à la Samir, indépendamment même d’un redémarrage immédiat de l’ensemble de l’outil. En période de guerre énergétique, les réservoirs valent presque autant que les colonnes de distillation.
Ensuite, lancer un audit technique et financier totalement indépendant sur le coût réel d’une remise en route partielle, progressive ou modernisée. Il faut connaître l’état des installations, le coût des mises aux normes, la compétitivité potentielle, les volumes nécessaires, les synergies portuaires et la rentabilité selon plusieurs scénarios de prix.
Enfin, étudier en parallèle la possibilité d’une nouvelle raffinerie, plus moderne, plus flexible, plus propre et pensée non comme un monument du passé, mais comme une infrastructure du Maroc 2030.
Car au fond, la vraie alternative n’est pas « Samir ou rien ». La vraie alternative est: un Maroc totalement dépendant de l’extérieur pour ses produits raffinés, ou un Maroc qui reconstruit une capacité de résilience énergétique adaptée à son poids économique, à sa géographie et à ses ambitions industrielles.
Le raffinement du problème, si l’on ose ce mot dans un sujet aussi inflammable, est là. Une raffinerie n’est pas rentable en permanence de la même façon. Elle exige de la taille, de la discipline, des volumes, des débouchés et une stratégie. Elle peut devenir un fardeau si elle est mal conçue, mal gouvernée ou mal intégrée. Mais son absence peut aussi devenir un luxe absurde dans un monde où les détroits se militarisent et où l’énergie redevient une arme.
Pendant des années, nous avons raisonné comme si l’histoire s’était calmée. Comme si la logistique était éternelle. Comme si les chaînes mondiales étaient naturelles, stables, presque météorologiques. Puis la guerre est revenue rappeler sa vieille leçon: les infrastructures critiques ne sont jamais neutres. Elles sont politiques, économiques, militaires, sociales.
La Samir ne doit donc pas être regardée comme un reliquaire. Elle doit être examinée comme un test de lucidité nationale. Le Maroc n’a pas besoin de folklore industriel. Il a besoin d’une doctrine claire de sécurité énergétique. Et dans cette doctrine, le raffinage n’est peut-être pas la seule réponse, mais il ne peut plus être écarté d’un revers de main.
La guerre USA-Iran n’impose pas mécaniquement de ressusciter la Samir. Elle impose mieux que cela: elle oblige le Maroc à cesser de penser l’énergie comme une simple marchandise. Quand Ormuz vacille, ce n’est pas seulement le pétrole qui tremble. C’est toute l’illusion d’un confort importé sans filet.
Le monde énergétique, ces derniers jours, a brutalement rappelé sa nature profonde. Il ne s’agit pas d’un simple marché régi par les courbes de l’offre et de la demande. Il s’agit d’un système nerveux mondial, vulnérable à la guerre, aux détroits, aux assurances maritimes, aux terminaux, aux ports, aux missiles et aux décisions des États.
Reuters rapportait au 15 mars 2026 que le détroit d’Ormuz était gravement perturbé dans le contexte du conflit en cours, alors qu’environ un cinquième du pétrole mondial transite normalement par cette zone. Dans le même temps, le Brent a franchi à nouveau les 100 dollars, et l’Agence internationale de l’énergie a coordonné une libération massive de stocks stratégiques. Quand les grandes puissances ouvrent leurs réserves, c’est qu’elles savent que le marché seul ne suffit plus à garantir le calme.
Pour le Maroc, ce n’est pas un débat abstrait. Notre pays reste structurellement dépendant des importations d’énergie. Le FMI souligne encore cette dépendance dans ses analyses récentes sur l’économie marocaine, en rappelant que les importations énergétiques demeurent un facteur de vulnérabilité externe important. Cela signifie qu’à chaque secousse sur les routes pétrolières, ce ne sont pas seulement les compagnies qui s’inquiètent. C’est toute l’économie qui encaisse: transport, agriculture, logistique, industrie, inflation, pouvoir d’achat, finances publiques. Le pétrole n’est jamais seulement du pétrole. C’est du coût de la vie déguisé en liquide noir.
C’est pourquoi la question doit être posée clairement, sans romantisme industriel mais sans naïveté libérale non plus: le Maroc a-t-il eu raison de renoncer à toute capacité significative de raffinage? En temps normal, certains répondront oui. Ils diront qu’il est plus rationnel d’importer des produits finis sur un marché mondialisé, d’éviter les lourds investissements, les coûts de maintenance, les exigences environnementales et les risques de gestion qu’implique une raffinerie. Ils rappelleront, à juste titre, que la Samir n’a pas sombré à cause d’un complot métaphysique, mais à cause d’un modèle fragilisé, d’un surendettement massif et d’une gouvernance devenue intenable.
Mais les temps ne sont plus normaux. Et c’est là que le raisonnement change de nature.
La ministère marocaine de la Transition énergétique l’écrit elle-même, de manière assez sobre mais très éclairante: la politique pétrolière nationale repose sur la sécurité d’approvisionnement, la constitution de stocks de sécurité, la diversification des marchés d’approvisionnement, le développement des infrastructures de réception et de stockage, et même le développement de l’industrie du raffinage.
Ce point est capital. Il signifie que, dans la doctrine publique marocaine elle-même, le raffinage n’a jamais cessé d’être considéré comme un instrument possible de souveraineté. Il ne s’agit donc pas d’une lubie militante ou d’un slogan de nostalgie ouvrière. Il s’agit d’un levier stratégique que le Maroc a laissé s’éteindre sans l’avoir véritablement remplacé.
Attention toutefois au piège intellectuel qui guette toujours ce sujet. Relancer la Samir ne ferait pas automatiquement baisser les prix à la pompe. Voilà le genre de vérité un peu ingrate qu’il faut assumer.
Une raffinerie ne fait pas disparaître le prix du brut, ni les frais de fret, ni les assurances, ni les tensions géopolitiques, ni les taxes intérieures. Si le pétrole arrive cher, il ne devient pas soudain charitable parce qu’on le raffine à Mohammedia. En revanche, disposer d’un outil national de raffinage et de stockage peut réduire la vulnérabilité aux ruptures, améliorer la gestion des réserves, offrir davantage de souplesse sur les approvisionnements et redonner à l’État une marge de manœuvre industrielle dans un marché devenu plus brutal. La différence est énorme: on ne parle pas d’un remède miracle contre la cherté, mais d’un amortisseur stratégique contre les chocs.
La situation de la Samir elle-même complique tout. Le dossier est toujours plombé par un passif colossal. En mars 2026, Médias24 rapportait que les créances admises dépassaient 30 milliards de dirhams, avec une forte présence de dettes publiques, tandis qu’une offre émiratie de reprise à 34 milliards de dirhams avait été rejetée pour dossier incomplet. Autrement dit, personne ne doit faire semblant: redémarrer la Samir, ce n’est pas appuyer sur un bouton poussiéreux dans une salle de contrôle abandonnée. C’est traverser un champ de mines juridique, financier, technique et politique.
Mais c’est précisément pour cette raison que le débat doit devenir adulte.
La vraie question n’est pas: « faut-il sauver la Samir parce qu’elle symbolise quelque chose? » La vraie question est: combien coûte au Maroc l’absence de raffinage national dans un monde désormais régi par les ruptures?
Cette question mérite d’être posée avec sang-froid. Car depuis la fermeture de la Samir, le Maroc a organisé son marché aval autour de l’importation de produits raffinés. Cela fonctionne tant que les routes maritimes restent ouvertes, que les hubs régionaux tournent normalement, que les assurances couvrent les flux, et que les tensions géopolitiques ne franchissent pas un certain seuil.
Or la guerre actuelle montre exactement l’inverse: tout peut être perturbé à la fois. Le brut, les terminaux, les flux, les coûts, les délais, la psychologie du marché. Le Conseil de la concurrence rappelait récemment que la capacité totale de stockage disponible au Maroc pour le gasoil et l’essence atteignait environ 1,56 million de tonnes à fin septembre 2024. C’est un progrès, mais cela pose une autre question redoutable: dans une crise prolongée, est-ce suffisant?
Voilà pourquoi il faut sans doute sortir du faux duel entre deux postures également paresseuses. La première consiste à dire: « rallumons la Samir et tout ira mieux ». C’est séduisant, mais simpliste. La seconde dit: « le raffinage est dépassé, laissons faire le marché ». C’est confortable, mais franchement léger dans le monde réel. Entre les deux, il existe une ligne stratégique plus sérieuse.
Cette ligne serait de traiter le dossier en trois niveaux.
D’abord, récupérer ou sécuriser les fonctions de stockage et de logistique liées à la Samir, indépendamment même d’un redémarrage immédiat de l’ensemble de l’outil. En période de guerre énergétique, les réservoirs valent presque autant que les colonnes de distillation.
Ensuite, lancer un audit technique et financier totalement indépendant sur le coût réel d’une remise en route partielle, progressive ou modernisée. Il faut connaître l’état des installations, le coût des mises aux normes, la compétitivité potentielle, les volumes nécessaires, les synergies portuaires et la rentabilité selon plusieurs scénarios de prix.
Enfin, étudier en parallèle la possibilité d’une nouvelle raffinerie, plus moderne, plus flexible, plus propre et pensée non comme un monument du passé, mais comme une infrastructure du Maroc 2030.
Car au fond, la vraie alternative n’est pas « Samir ou rien ». La vraie alternative est: un Maroc totalement dépendant de l’extérieur pour ses produits raffinés, ou un Maroc qui reconstruit une capacité de résilience énergétique adaptée à son poids économique, à sa géographie et à ses ambitions industrielles.
Le raffinement du problème, si l’on ose ce mot dans un sujet aussi inflammable, est là. Une raffinerie n’est pas rentable en permanence de la même façon. Elle exige de la taille, de la discipline, des volumes, des débouchés et une stratégie. Elle peut devenir un fardeau si elle est mal conçue, mal gouvernée ou mal intégrée. Mais son absence peut aussi devenir un luxe absurde dans un monde où les détroits se militarisent et où l’énergie redevient une arme.
Pendant des années, nous avons raisonné comme si l’histoire s’était calmée. Comme si la logistique était éternelle. Comme si les chaînes mondiales étaient naturelles, stables, presque météorologiques. Puis la guerre est revenue rappeler sa vieille leçon: les infrastructures critiques ne sont jamais neutres. Elles sont politiques, économiques, militaires, sociales.
La Samir ne doit donc pas être regardée comme un reliquaire. Elle doit être examinée comme un test de lucidité nationale. Le Maroc n’a pas besoin de folklore industriel. Il a besoin d’une doctrine claire de sécurité énergétique. Et dans cette doctrine, le raffinage n’est peut-être pas la seule réponse, mais il ne peut plus être écarté d’un revers de main.
La guerre USA-Iran n’impose pas mécaniquement de ressusciter la Samir. Elle impose mieux que cela: elle oblige le Maroc à cesser de penser l’énergie comme une simple marchandise. Quand Ormuz vacille, ce n’est pas seulement le pétrole qui tremble. C’est toute l’illusion d’un confort importé sans filet.
Relancer la Samir ou construire une nouvelle raffinerie: un pari coûteux, risqué et possiblement dépassé
Sur le plan économique et financier, relancer la Samir ou engager le Maroc dans la construction d’une nouvelle raffinerie peut apparaître comme une tentation stratégique, mais c’est aussi, vu froidement, un pari extrêmement lourd. D’abord, une raffinerie n’est pas un simple équipement industriel: c’est une infrastructure à très forte intensité capitalistique, qui exige des investissements massifs au départ, puis des dépenses continues de maintenance, de mise aux normes, de sécurité, d’assurance et de modernisation. Dans un contexte mondial marqué par la volatilité des prix du brut, le durcissement des normes environnementales et l’incertitude sur la trajectoire énergétique de long terme, immobiliser des milliards dans un tel outil peut rapidement ressembler à une décision de prestige plus qu’à une décision de rentabilité.
Le premier problème est celui de la taille critique. Une raffinerie ne devient compétitive que si elle fonctionne avec des volumes suffisants, une logistique maîtrisée et des débouchés sécurisés. Or le Maroc, malgré sa position géographique utile, demeure un marché limité à l’échelle des grands hubs mondiaux du raffinage. Il affronterait la concurrence d’installations géantes situées dans le Golfe, en Asie ou en Méditerranée, souvent plus modernes, mieux intégrées et capables de produire à des coûts inférieurs. Le risque est alors évident: bâtir ou réhabiliter un outil coûteux qui, au lieu de renforcer la souveraineté, finirait par nécessiter des protections implicites, des avantages réglementaires ou même des soutiens publics indirects pour survivre.
Il y a ensuite la question de l’héritage financier de la Samir. Toute tentative de relance se heurterait à la mémoire toxique d’un dossier de dettes, de contentieux et de gouvernance défaillante. Même si l’on changeait d’actionnaires, même si l’on repartait sur une base assainie, le simple fait de remettre ce dossier au centre du jeu porterait un signal ambigu au marché: celui d’un État prêt à réinvestir dans un secteur historiquement miné, alors même que d’autres priorités industrielles, logistiques ou énergétiques réclament des capitaux. Chaque dirham mobilisé pour une raffinerie est un dirham qui ne finance ni stockage stratégique plus agile, ni renouvelables, ni réseaux, ni électrification, ni efficacité énergétique.
Enfin, il faut se garder d’une confusion classique: raffiner localement ne protège pas d’un pétrole cher. Quand le brut flambe, la raffinerie ne supprime ni le coût d’importation, ni le risque géopolitique, ni la pression sur les marges. Elle transforme, elle n’annule pas la crise. Le danger serait donc de vendre au pays une illusion économique: celle qu’un grand retour du raffinage suffirait à discipliner les prix ou à réduire mécaniquement la vulnérabilité. En réalité, une mauvaise raffinerie peut devenir un actif rigide dans un monde qui exige de plus en plus de flexibilité. Et en économie, les symboles industriels ont parfois la mauvaise habitude de coûter plus qu’ils ne rapportent.
Le premier problème est celui de la taille critique. Une raffinerie ne devient compétitive que si elle fonctionne avec des volumes suffisants, une logistique maîtrisée et des débouchés sécurisés. Or le Maroc, malgré sa position géographique utile, demeure un marché limité à l’échelle des grands hubs mondiaux du raffinage. Il affronterait la concurrence d’installations géantes situées dans le Golfe, en Asie ou en Méditerranée, souvent plus modernes, mieux intégrées et capables de produire à des coûts inférieurs. Le risque est alors évident: bâtir ou réhabiliter un outil coûteux qui, au lieu de renforcer la souveraineté, finirait par nécessiter des protections implicites, des avantages réglementaires ou même des soutiens publics indirects pour survivre.
Il y a ensuite la question de l’héritage financier de la Samir. Toute tentative de relance se heurterait à la mémoire toxique d’un dossier de dettes, de contentieux et de gouvernance défaillante. Même si l’on changeait d’actionnaires, même si l’on repartait sur une base assainie, le simple fait de remettre ce dossier au centre du jeu porterait un signal ambigu au marché: celui d’un État prêt à réinvestir dans un secteur historiquement miné, alors même que d’autres priorités industrielles, logistiques ou énergétiques réclament des capitaux. Chaque dirham mobilisé pour une raffinerie est un dirham qui ne finance ni stockage stratégique plus agile, ni renouvelables, ni réseaux, ni électrification, ni efficacité énergétique.
Enfin, il faut se garder d’une confusion classique: raffiner localement ne protège pas d’un pétrole cher. Quand le brut flambe, la raffinerie ne supprime ni le coût d’importation, ni le risque géopolitique, ni la pression sur les marges. Elle transforme, elle n’annule pas la crise. Le danger serait donc de vendre au pays une illusion économique: celle qu’un grand retour du raffinage suffirait à discipliner les prix ou à réduire mécaniquement la vulnérabilité. En réalité, une mauvaise raffinerie peut devenir un actif rigide dans un monde qui exige de plus en plus de flexibilité. Et en économie, les symboles industriels ont parfois la mauvaise habitude de coûter plus qu’ils ne rapportent.
Relancer une capacité de raffinage: un coût élevé, certes, mais peut-être le prix rationnel de la résilience
À l’inverse, réduire la question du raffinage à une simple équation de rentabilité immédiate serait une lecture trop courte, presque comptable au mauvais sens du terme. Une raffinerie n’est pas seulement une usine qui transforme du brut en carburants. Dans certaines circonstances, c’est aussi une assurance stratégique, un outil de sécurité économique et un levier de stabilisation nationale. Or une assurance paraît toujours trop chère avant l’accident. Après, son absence devient soudain beaucoup plus coûteuse. Dans un contexte de guerre régionale, de tensions sur les routes maritimes et de fragilité accrue des chaînes d’approvisionnement, l’existence d’une capacité nationale de raffinage peut représenter bien plus qu’un rendement financier direct: elle peut incarner une forme de résilience souveraine.
Le premier argument en faveur d’une relance tient justement à la nature du risque. Le Maroc importe massivement son énergie et reste exposé aux chocs extérieurs. Cette dépendance n’est pas théorique; elle se transmet rapidement aux transports, aux coûts logistiques, à l’agriculture, à l’industrie et au pouvoir d’achat. Dans un tel schéma, disposer d’un outil national de raffinage, même partiel, offre une marge de manœuvre que le pays ne possède plus. Cela ne signifie pas que les carburants deviendraient magiquement bon marché. Cela signifie que l’État et les opérateurs disposeraient d’une capacité supplémentaire pour lisser les ruptures, gérer des stocks plus intelligemment, diversifier les provenances du brut et mieux organiser la continuité d’approvisionnement en cas de crise prolongée.
Le second argument est macroéconomique. Une raffinerie bien pensée peut générer des effets d’entraînement au-delà du seul carburant: services industriels, maintenance, logistique portuaire, stockage, ingénierie, formation, sous-traitance technique, voire certains segments pétrochimiques. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de comparer un coût d’investissement à une marge de raffinage. Il faut aussi mesurer la valeur systémique d’un outil structurant dans une économie qui ambitionne davantage d’industrialisation, plus de souveraineté productive et une meilleure robustesse face aux crises mondiales. Dans ce cadre, la dépense initiale peut être interprétée non comme un caprice industriel, mais comme un investissement dans une capacité stratégique nationale.
Enfin, sur le plan financier, une approche moderne permettrait d’éviter le piège du “retour au passé”. Il n’est pas nécessaire de ressusciter à l’identique une vieille architecture industrielle. Le Maroc peut concevoir une solution hybride: récupération des actifs logistiques utiles, redémarrage partiel si cela est viable, ou nouvelle raffinerie plus flexible, plus propre, mieux intégrée aux ports et aux besoins futurs. La bonne question n’est donc pas “combien coûte une raffinerie?”, mais “combien coûte au Maroc l’absence totale de raffinage quand le monde se dérègle?”. Et dans le désordre géopolitique actuel, la réponse pourrait être sévère: l’absence de capacité nationale n’est pas une économie, c’est une dépendance. Et les dépendances, tôt ou tard, envoient toujours la facture.
Le premier argument en faveur d’une relance tient justement à la nature du risque. Le Maroc importe massivement son énergie et reste exposé aux chocs extérieurs. Cette dépendance n’est pas théorique; elle se transmet rapidement aux transports, aux coûts logistiques, à l’agriculture, à l’industrie et au pouvoir d’achat. Dans un tel schéma, disposer d’un outil national de raffinage, même partiel, offre une marge de manœuvre que le pays ne possède plus. Cela ne signifie pas que les carburants deviendraient magiquement bon marché. Cela signifie que l’État et les opérateurs disposeraient d’une capacité supplémentaire pour lisser les ruptures, gérer des stocks plus intelligemment, diversifier les provenances du brut et mieux organiser la continuité d’approvisionnement en cas de crise prolongée.
Le second argument est macroéconomique. Une raffinerie bien pensée peut générer des effets d’entraînement au-delà du seul carburant: services industriels, maintenance, logistique portuaire, stockage, ingénierie, formation, sous-traitance technique, voire certains segments pétrochimiques. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de comparer un coût d’investissement à une marge de raffinage. Il faut aussi mesurer la valeur systémique d’un outil structurant dans une économie qui ambitionne davantage d’industrialisation, plus de souveraineté productive et une meilleure robustesse face aux crises mondiales. Dans ce cadre, la dépense initiale peut être interprétée non comme un caprice industriel, mais comme un investissement dans une capacité stratégique nationale.
Enfin, sur le plan financier, une approche moderne permettrait d’éviter le piège du “retour au passé”. Il n’est pas nécessaire de ressusciter à l’identique une vieille architecture industrielle. Le Maroc peut concevoir une solution hybride: récupération des actifs logistiques utiles, redémarrage partiel si cela est viable, ou nouvelle raffinerie plus flexible, plus propre, mieux intégrée aux ports et aux besoins futurs. La bonne question n’est donc pas “combien coûte une raffinerie?”, mais “combien coûte au Maroc l’absence totale de raffinage quand le monde se dérègle?”. Et dans le désordre géopolitique actuel, la réponse pourrait être sévère: l’absence de capacité nationale n’est pas une économie, c’est une dépendance. Et les dépendances, tôt ou tard, envoient toujours la facture.












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