C’est dans ce contexte que l’initiative Téramed prend tout son sens. Comme je l’ai rappelé lors de mon passage dans l’émission Tilt, animée par Mamoune Acharki, il ne s’agit pas seulement d’un projet énergétique. Il s’agit d’un choix stratégique pour l’avenir de la Méditerranée.
L’objectif est ambitieux : atteindre un térawatt de capacité en énergies renouvelables à l’horizon deux mille trente. Derrière ce chiffre impressionnant se trouve une idée simple : transformer la vulnérabilité climatique méditerranéenne en opportunité de coopération, d’investissement, d’emploi et de souveraineté énergétique.
Le bassin méditerranéen possède un paradoxe majeur. Les pays du Sud disposent d’un potentiel solaire et éolien considérable. Les pays du Nord disposent davantage des capacités financières, technologiques et industrielles. Téramed doit précisément servir à corriger ce déséquilibre en construisant un partenariat équitable entre les deux rives, fondé sur le partage des bénéfices et non sur une nouvelle dépendance.
L’enjeu est également social. Le passage vers les énergies propres peut générer des millions d’emplois dans la région, notamment pour les jeunes. Installation, maintenance, ingénierie, stockage, efficacité énergétique, industrie verte, formation professionnelle : toute une chaîne de valeur peut émerger si les États, les entreprises, les universités et les territoires travaillent ensemble.
Mais ce projet ne réussira pas par les seuls discours. Il faudra des investissements massifs, des réseaux électriques modernisés, des interconnexions régionales solides, des cadres juridiques harmonisés et une implication réelle du secteur privé. Il faudra aussi rassurer les investisseurs, notamment dans les pays du Sud, en garantissant visibilité, stabilité et transparence.
Le Maroc a ici une carte importante à jouer. Notre pays a déjà engagé, depuis plusieurs années, une politique volontariste en matière d’énergies renouvelables. Le solaire, l’éolien, l’efficacité énergétique et désormais l’hydrogène vert placent le Royaume dans une position stratégique. Le Maroc peut devenir un pont énergétique entre l’Afrique, l’Europe et le monde arabe.
Mais la transition énergétique ne peut pas être seulement technologique. Elle doit être territoriale, sociale et culturelle. Nos savoirs traditionnels en matière de gestion de l’eau, d’agriculture adaptée au climat et de sobriété doivent dialoguer avec la recherche scientifique contemporaine. L’avenir durable ne se construira pas contre nos mémoires locales, mais avec elles.
La réussite de Téramed dépendra aussi de la capacité des gouvernements à inscrire cette ambition dans leurs politiques climatiques nationales, à réorienter progressivement les soutiens publics vers les énergies propres et à associer les citoyens à cette transformation.
Car aucun projet de transition ne peut réussir sans pédagogie. L’énergie, le climat, l’eau et l’alimentation ne doivent pas rester des sujets réservés aux experts. Les médias, les associations, les enseignants et les collectivités doivent rendre ces enjeux compréhensibles, proches et mobilisateurs.
Téramed peut devenir une réponse méditerranéenne à une urgence mondiale. Mais pour cela, il faut dépasser la logique des conférences et passer à celle de l’exécution.
Le vrai défi n’est pas seulement de produire une énergie plus propre. Il est de construire une Méditerranée plus solidaire, plus souveraine et plus juste.
Notre jeunesse a besoin d’un horizon. Téramed peut en être un, à condition que nous transformions l’ambition en action.












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