AIATSI — Artificial Intelligence: Advanced Topics and Societal Innovation — n’est pas un colloque de plus.
À Dakhla, l’ambition nationale et africaine était affirmée ; à Paris, elle s’est élargie à une perspective de co-souveraineté avec l’Europe. La question posée à Paris était décisive : l’IA universelle peut-elle être réellement universelle si elle est conçue, entraînée et gouvernée par un nombre limité d’acteurs dominants ?
Autrement dit, l’universalité technologique n’est-elle pas parfois une uniformisation économique ?
Wald Maâlam reformule la question autrement : qui tient l’aiguille ? Et qui tient les données ?
Transposé à l’IA, cela signifie que l’importation de modèles n’est pas en soi problématique ; la dépendance structurelle aux infrastructures, aux standards et aux pipelines de données l’est beaucoup plus.
La souveraineté ne se proclame pas. Elle se construit par des capacités réelles : infrastructures, talents, gouvernance et pouvoir de négociation.
Les échanges d’AIATSI ont mis en lumière un point fondamental : la valeur ne se concentre pas uniquement dans les modèles de langage, mais dans la chaîne complète — des semi-conducteurs aux centres de données, des frameworks aux données annotées, des applications aux standards réglementaires. Celui qui contrôle la chaîne contrôle la marge.
Dans ce contexte, l’Afrique et l’Europe partagent un intérêt stratégique commun :
Elle suppose co-investissements, centres d’excellence partagés, mobilité circulaire des talents et participation conjointe aux normes internationales.
Un autre point majeur a émergé : l’IA frugale. Trop souvent perçue comme une solution de substitution, elle doit être comprise comme une posture stratégique.
Dans l’atelier, on ne gaspille pas le tissu. Dans le numérique, on ne gaspille ni l’énergie ni les données ni les compétences. Concevoir des architectures sobres, hybrides, adaptées aux réalités africaines n’est pas un renoncement. C’est une optimisation intelligente.
Mais l’enjeu le plus profond est peut-être celui de la compétence.
Former à l’IA ne signifie pas enseigner l’usage d’outils, mais développer une souveraineté cognitive : comprendre, contextualiser, superviser.
Si nous formons uniquement des utilisateurs de plateformes importées, nous installons une dépendance durable. Si nous formons des concepteurs capables de dialoguer d’égal à égal avec ces plateformes, nous changeons de position dans la chaîne de valeur. AIATSI a également posé la question des talents.
L’Afrique forme des ingénieurs que l’Europe recherche. La fuite permanente n’est pas soutenable ; le blocage n’est pas réaliste. La seule voie viable est la mobilité circulaire structurée : apprendre, contribuer, revenir, transmettre. Mais cela suppose des centres d’excellence solides sur le sol africain.
L’IA universelle ne sera pas décrétée dans une salle de conférence.
Reste à franchir le cap de la matérialisation : infrastructures cofinancées, modèles entraînés sur des corpus locaux, gouvernance des données équilibrée, montée en compétence massive.
Wald Maâlam conclurait ainsi : une stratégie qui ne devient pas infrastructure reste un discours. Une ambition qui ne devient pas formation reste une déclaration. Et une souveraineté qui ne devient pas capacité opérationnelle reste une illusion. L’IA peut être un levier de codéveloppement euro-africain.
Elle peut aussi devenir un nouvel instrument de concentration du pouvoir. La différence se jouera dans notre capacité à rester maîtres du geste, maîtres des données, maîtres du sens.
Par Dr Az-Eddine Bennani & Dr Jaouad Dabounou.












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Wald Maâlam : et si le Maroc installait l’intelligence artificielle médicale dans ses rues ?










