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AIATSI, souveraineté et IA plurielle : ce que nous dit Wald Maâlam


Par Dr Az-Eddine Bennani & Dr Jaouad Dabounou.

Wald Maâlam était présent aux conférences AIATSI, à Dakhla puis à Paris. Nous remercions les organisateurs de lui avoir donné la parole lors de ces deux rendez-vous majeurs. Ces invitations traduisent la reconnaissance d’une conviction simple : l’intelligence artificielle n’est pas seulement une technologie, c’est un choix stratégique.



AIATSI — Artificial Intelligence: Advanced Topics and Societal Innovation — n’est pas un colloque de plus.

C’est une plateforme née autour du laboratoire AIRA de l’Université Hassan 1er, réunissant chercheurs, ingénieurs, décideurs publics et acteurs économiques pour penser l’IA comme levier de codéveloppement euro-africain.

À Dakhla, l’ambition nationale et africaine était affirmée ; à Paris, elle s’est élargie à une perspective de co-souveraineté avec l’Europe. La question posée à Paris était décisive : l’IA universelle peut-elle être réellement universelle si elle est conçue, entraînée et gouvernée par un nombre limité d’acteurs dominants ?

Autrement dit, l’universalité technologique n’est-elle pas parfois une uniformisation économique ?

Wald Maâlam reformule la question autrement : qui tient l’aiguille ? Et qui tient les données ?

Dans l’atelier d’un Maâlam, on peut importer le tissu, mais on ne délègue pas la coupe.

Transposé à l’IA, cela signifie que l’importation de modèles n’est pas en soi problématique ; la dépendance structurelle aux infrastructures, aux standards et aux pipelines de données l’est beaucoup plus.

La souveraineté ne se proclame pas. Elle se construit par des capacités réelles : infrastructures, talents, gouvernance et pouvoir de négociation.

Les échanges d’AIATSI ont mis en lumière un point fondamental : la valeur ne se concentre pas uniquement dans les modèles de langage, mais dans la chaîne complète — des semi-conducteurs aux centres de données, des frameworks aux données annotées, des applications aux standards réglementaires. Celui qui contrôle la chaîne contrôle la marge.

Dans ce contexte, l’Afrique et l’Europe partagent un intérêt stratégique commun :

Eviter une dépendance intégrale au duopole américano-chinois sans sombrer dans l’illusion autarcique. La souveraineté collaborative est sans doute la seule voie crédible.

Elle suppose co-investissements, centres d’excellence partagés, mobilité circulaire des talents et participation conjointe aux normes internationales.

Un autre point majeur a émergé : l’IA frugale. Trop souvent perçue comme une solution de substitution, elle doit être comprise comme une posture stratégique.

Dans l’atelier, on ne gaspille pas le tissu. Dans le numérique, on ne gaspille ni l’énergie ni les données ni les compétences. Concevoir des architectures sobres, hybrides, adaptées aux réalités africaines n’est pas un renoncement. C’est une optimisation intelligente.

Mais l’enjeu le plus profond est peut-être celui de la compétence.

L’IA transforme la nature même du savoir. Ce qui était exécutif devient critique. Le professionnel devient arbitre et garant du sens.

Former à l’IA ne signifie pas enseigner l’usage d’outils, mais développer une souveraineté cognitive : comprendre, contextualiser, superviser.

Si nous formons uniquement des utilisateurs de plateformes importées, nous installons une dépendance durable. Si nous formons des concepteurs capables de dialoguer d’égal à égal avec ces plateformes, nous changeons de position dans la chaîne de valeur. AIATSI a également posé la question des talents.

L’Afrique forme des ingénieurs que l’Europe recherche. La fuite permanente n’est pas soutenable ; le blocage n’est pas réaliste. La seule voie viable est la mobilité circulaire structurée : apprendre, contribuer, revenir, transmettre. Mais cela suppose des centres d’excellence solides sur le sol africain.

L’IA universelle ne sera pas décrétée dans une salle de conférence.

Elle sera le résultat d’un tissage patient entre territoires, langues, cultures et infrastructures. L’universel n’est pas une uniformisation ; c’est une pluralité organisée. AIATSI a ouvert un espace de dialogue stratégique.

Reste à franchir le cap de la matérialisation : infrastructures cofinancées, modèles entraînés sur des corpus locaux, gouvernance des données équilibrée, montée en compétence massive.

Wald Maâlam conclurait ainsi : une stratégie qui ne devient pas infrastructure reste un discours. Une ambition qui ne devient pas formation reste une déclaration. Et une souveraineté qui ne devient pas capacité opérationnelle reste une illusion. L’IA peut être un levier de codéveloppement euro-africain.

Elle peut aussi devenir un nouvel instrument de concentration du pouvoir. La différence se jouera dans notre capacité à rester maîtres du geste, maîtres des données, maîtres du sens.

Par Dr Az-Eddine Bennani & Dr Jaouad Dabounou.



Mercredi 4 Mars 2026



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