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Abdellah Bakkali connaît la presse d’hier et d’aujourd’hui. Le vrai défi sera maintenant d’inventer celle de demain


Rédigé par le Mardi 1 Septembre 2026



Mon humble avis sur Abdellah Bakkali et à sa candidature au Conseil national de la presse.

Le prochain Conseil national de la presse ne devra pas seulement régler les problèmes traditionnels de notre profession. Il devra affronter une transformation beaucoup plus profonde : intelligence artificielle, réseaux sociaux, désinformation, nouveaux producteurs de contenus, économie numérique et crise de confiance. Dans cette période de bascule, l’expérience d’Abdellah Bakkali peut devenir un atout à une condition : qu’elle serve non pas à préserver le passé, mais à préparer l’avenir.

Je connais Ssi Abdellah Bakkali depuis de nombreuses années. Suffisamment longtemps pour que mon appréciation ne repose ni sur les circonstances du moment ni sur une candidature, mais sur ce que j’ai pu observer de l’homme, du journaliste et du responsable professionnel et politique au fil du temps.

J’ai toujours apprécié chez lui une qualité qui me paraît essentielle dans notre métier : l’honnêteté intellectuelle. Celle qui permet de défendre fermement ses convictions sans travestir les faits, d’assumer ses engagements sans considérer que ceux qui pensent autrement sont nécessairement des adversaires, et surtout de savoir distinguer ce qui relève du débat d’idées de ce qui relève du respect dû aux personnes.

Abdellah Bakkali est un homme engagé. Il ne s’en est jamais caché. Mais l’engagement, lorsqu’il est assumé avec cohérence et accompagné d’une véritable culture professionnelle, n’empêche ni le dialogue ni l’écoute. Au contraire, il oblige à davantage de responsabilité.

Sa réputation auprès de ses confrères ne s’est d’ailleurs pas construite en quelques semaines. Elle est le résultat d’un long parcours dans la presse marocaine, d’années passées à pratiquer ce métier, à en défendre les professionnels, à participer à ses débats parfois passionnés et à affronter ses contradictions. Car la profession en connaît beaucoup.

La presse est un univers où se croisent la liberté d’expression et la responsabilité, les convictions et les faits, les intérêts économiques et l’indépendance éditoriale, les entreprises de presse et les journalistes, les exigences du public et celles de la déontologie. Trouver l’équilibre entre toutes ces dimensions n’est jamais simple.

Ssi Abdellah possède précisément cette expérience et cette connaissance intime du métier qui permettent d’en comprendre les équilibres parfois fragiles. Il sait que défendre un journaliste ne signifie pas nécessairement approuver tout ce qu’il écrit. Que défendre la liberté de la presse suppose aussi d’en protéger la crédibilité. Et que la déontologie n’est pas l’ennemie de la liberté : elle en constitue, au contraire, l’une des meilleures protections.

Mais ce qui me paraît aujourd’hui le plus intéressant dans son parcours n’est pas seulement ce qu’il connaît déjà. C’est ce qu’il peut encore contribuer à construire.

Parce que l’expérience n’a véritablement de valeur que lorsqu’elle permet de comprendre les transformations qui arrivent. Et la presse marocaine entre précisément dans une période où presque toutes ses certitudes vont devoir être interrogées : intelligence artificielle, réseaux sociaux, désinformation, deepfakes, nouveaux producteurs de contenus, bouleversement des modèles économiques et crise de confiance envers l’information.

C’est pourquoi je regarde sa candidature non seulement à travers son parcours, mais surtout à travers ce qu’il pourrait apporter à cette nouvelle étape.

Connaître profondément la presse d’hier et celle d’aujourd’hui est un atout considérable.
Mais je voudrais regarder la question autrement.


Car, finalement, le véritable sujet n’est peut-être plus de savoir qui connaît le mieux la presse marocaine telle qu’elle existe. Il est de savoir qui saura accompagner celle qui est en train de naître.

Et elle arrive vite. Très vite.

Pendant longtemps, la profession reposait sur un paysage relativement identifiable : des journaux, des journalistes professionnels, des éditeurs, des imprimeries, des radios, des télévisions et, plus récemment, des médias électroniques.

Aujourd’hui, les frontières explosent.

Un citoyen disposant d'un téléphone peut toucher davantage de personnes qu'un journal. Un créateur de contenus peut devenir une source d'information. Une vidéo fabriquée artificiellement peut circuler comme un document authentique. Et une intelligence artificielle peut déjà rechercher, résumer, traduire, écrire, monter une vidéo ou générer une voix et un présentateur virtuel.

Demain, elle fera davantage encore. Dans ces conditions, que signifie réguler la presse ?
La question mérite d'être posée franchement.


Le prochain Conseil national de la presse ne pourra probablement plus être seulement le Conseil des journalistes. Il devra progressivement devenir l'une des institutions qui pensent l'écosystème marocain de l'information.

La nuance est considérable.

Il faudra naturellement continuer à défendre les journalistes, leur indépendance, leurs conditions de travail et la déontologie professionnelle. Mais il faudra simultanément ouvrir de nouveaux chantiers : l'utilisation de l'intelligence artificielle dans les rédactions, la traçabilité des contenus synthétiques, les deepfakes, la responsabilité éditoriale lorsqu'une machine participe à la production d'un article, la propriété intellectuelle des journalistes face aux modèles d'IA ou encore la frontière de plus en plus incertaine entre information, influence et communication.

Et une autre bataille sera peut-être encore plus importante : celle de la confiance.

Dans un monde où chacun pourra fabriquer une image, une voix ou bientôt presque n'importe quelle « preuve », le journaliste professionnel retrouvera paradoxalement une fonction essentielle : certifier le réel.

C'est précisément là que l'expérience d'Abdellah Bakkali peut avoir une utilité particulière.

Il appartient à une génération qui a connu plusieurs vies de la presse marocaine. Le papier triomphant, les transformations économiques du secteur, l'apparition du numérique, les réseaux sociaux et désormais l'irruption de l'intelligence artificielle.

Cette mémoire professionnelle compte. À condition de ne pas en faire une nostalgie.

Car nous n'avons pas besoin d'un Conseil chargé de protéger la presse d'hier contre le monde de demain. Nous avons besoin d'une institution suffisamment solide pour préserver ce qui ne doit jamais disparaître — la liberté, la responsabilité, la vérification, la déontologie — tout en étant suffisamment audacieuse pour remettre en question ce qui doit évoluer.

C'est peut-être là que se situe le véritable enjeu de la prochaine étape.

Je souhaite donc bonne chance à Abdellah Bakkali, mais avec une attente supplémentaire.

Qu'après avoir longtemps défendu le journaliste marocain et accompagné les transformations de sa profession, il contribue maintenant à ouvrir ce chantier beaucoup plus ambitieux : imaginer ce que devra être le journalisme marocain à l'âge de l'intelligence artificielle.

Parce que le prochain grand combat de la presse ne consistera probablement pas à choisir entre l'ancien et le nouveau. Il consistera à conserver l'essentiel de l'ancien pour avoir le courage d'inventer le nouveau.





Mardi 1 Septembre 2026

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