Il existe des politiques publiques qui occupent quotidiennement l’espace médiatique et d’autres dont on ne mesure l’ampleur qu’au moment de dresser le bilan. L’inclusion sociale appartient probablement à cette seconde catégorie.
Le document de bilan publié par le Secrétariat d’État chargé de l’Inclusion sociale permet justement de prendre la mesure du travail engagé en faveur des personnes en situation de handicap et des personnes âgées.
Et, à sa lecture, une première impression domine : beaucoup de chantiers ont été ouverts ou accélérés dans un laps de temps relativement court.
L’ambition affichée est d'abord de changer de philosophie. Il ne s'agit plus de considérer le handicap uniquement sous l'angle de l'assistance, mais de passer progressivement à une politique fondée sur les droits, l'égalité des chances, l'accessibilité et l'autonomie.
Cette orientation s'incarne notamment dans le deuxième Plan national de promotion des droits des personnes en situation de handicap. Celui-ci comprend 407 mesures et actions, réparties sur cinq axes stratégiques et élaborées avec la participation de 26 départements ministériels.
500 millions de dirhams et un changement d'échelle
L'effort budgétaire constitue l'un des marqueurs les plus visibles de cette accélération.
Les crédits mobilisés dans le cadre du Fonds d'appui à la protection sociale et à la cohésion sociale sont passés de 203 millions de dirhams en 2020 à 500 millions en 2025, soit une progression annoncée de 164 %. Le dispositif a également permis de financer des aides techniques, des équipements compensatoires et différentes formes d'accompagnement.
Mais l'inclusion ne se mesure pas uniquement à l'argent mobilisé.
Le réseau des centres d'accueil et d'orientation des personnes en situation de handicap est passé de 80 centres en 2021 à 89 en juin 2025, tandis que leur fréquentation est passée de 62 563 personnes à plus de 208 000 bénéficiaires.
Dans le domaine de la réadaptation, le nombre de bénéficiaires des séances de prise en charge est passé de 123 808 en 2021 à 188 303 en 2024.
L'école : 70 000 élèves intégrés
L'un des chiffres les plus significatifs concerne probablement l'éducation.
Le programme national d'éducation inclusive a permis de classer 7 416 établissements scolaires comme inclusifs et d'intégrer 70 000 élèves en situation de handicap dans ces établissements.
Le dispositif comprend également 1 647 salles et espaces de ressources, de réadaptation et d'accompagnement. Plus de 6 000 établissements ont été équipés pour améliorer leur accessibilité.
En parallèle, le soutien aux associations qui prennent en charge la scolarisation et l'accompagnement des enfants en situation de handicap représente 396 millions de dirhams en 2025, au bénéfice de 416 associations encadrant 27 884 enfants.
L'effort touche également le monde rural : le nombre d'enfants bénéficiaires y est passé de 4 195 en 2022 à 7 947, tandis que 74 associations rurales ont bénéficié de plus de 64 millions de dirhams.
Le train à moitié prix : quand l'inclusion devient concrète
Certaines politiques publiques deviennent perceptibles lorsqu'elles modifient un geste quotidien.
C'est le cas de la carte « Idmaj ».
L'accord conclu avec l'Office national des chemins de fer permet aux personnes en situation de handicap de bénéficier d'une réduction pouvant atteindre 50 % sur le prix du billet de train. Pour les personnes aveugles, l'accompagnateur bénéficie également de la réduction.
Sur 20 053 demandes enregistrées, 17 640 avaient déjà été traitées et orientées vers les centres chargés de remettre les cartes aux bénéficiaires.
Le chantier de l'accessibilité s'étend également aux villes. Le programme « Villes accessibles » comptait 45 communes ayant approuvé les conventions correspondantes, contre 21 en 2021, avec neuf communes supplémentaires devant rejoindre le dispositif.
Même évolution concernant les transports urbains récents, les équipements sportifs et certains espaces publics, désormais conçus avec des dispositifs d'accessibilité.
Près de 1 000 recrutements publics
L'autre bataille est celle de l'autonomie économique.
Le bilan indique que 200 postes budgétaires sont réservés chaque année aux personnes en situation de handicap dans le cadre des concours unifiés. Au total, 996 personnes auraient bénéficié des postes créés durant la législature.
À cela s'ajoute la réservation de 7 % des postes budgétaires annoncés annuellement par les administrations, établissements publics et collectivités territoriales.
L'insertion professionnelle ne s'arrête pas à la fonction publique.
Entre 2021 et fin juin 2025, l'ANAPEC a accompagné l'insertion de 1 919 demandeurs d'emploi en situation de handicap. Quelque 1 188 très petites entreprises ont également été accompagnées et 1 318 personnes ont bénéficié du programme Awrach.
Et désormais, la question du vieillissement
Le deuxième grand chantier du Secrétariat d'État concerne une transformation moins spectaculaire mais probablement encore plus profonde : le vieillissement de la société marocaine.
Le document reconnaît explicitement que le Maroc connaît une évolution démographique importante, accompagnée d'une transformation de la structure familiale et des mécanismes traditionnels de solidarité entre générations.
Un Plan national 2023-2030 pour le vieillissement actif a ainsi été élaboré.
Aujourd'hui, le dispositif présenté comprend environ 71 établissements autorisés de protection sociale accueillant quelque 5 100 personnes, auxquels s'ajoutent 46 clubs de jour. Au total, plus de 8 000 personnes âgées bénéficieraient de ces différentes structures. Une enveloppe d'environ 90 millions de dirhams a été consacrée à leur accompagnement et à leur équipement.
Beaucoup a été fait. Le plus difficile commence peut-être maintenant
Ce bilan ne signifie évidemment pas que la question du handicap ou de la dépendance des personnes âgées est réglée au Maroc.
L'accessibilité réelle des villes demeure inégale. L'emploi des personnes handicapées reste un défi considérable. Les familles continuent de supporter une partie importante de la prise en charge. Et une mesure décidée à Rabat ne devient une réalité sociale que lorsqu'elle fonctionne effectivement à Oujda, Errachidia, Casablanca, Tiznit ou dans un douar éloigné.
Mais ce serait également une erreur de ne regarder que ce qui manque.
En peu de temps, plusieurs dossiers longtemps dispersés ont commencé à être transformés en politiques publiques structurées : école, mobilité, emploi, accessibilité, santé, accompagnement social, données statistiques et vieillissement.
Le véritable enjeu sera désormais de mesurer non seulement les budgets engagés, les conventions signées ou les dispositifs créés, mais leur impact réel sur la vie quotidienne.
Car l'inclusion sociale ne se mesure finalement ni au nombre de réunions ni au nombre de textes réglementaires.
Elle se mesure beaucoup plus simplement : à la possibilité d'aller à l'école, de prendre un train, d'obtenir un emploi, d'entrer dans une administration, de vivre dignement avec son handicap ou de vieillir sans être abandonné.
Et c'est probablement à cette aune que devra être jugée la prochaine étape.
Le document de bilan publié par le Secrétariat d’État chargé de l’Inclusion sociale permet justement de prendre la mesure du travail engagé en faveur des personnes en situation de handicap et des personnes âgées.
Et, à sa lecture, une première impression domine : beaucoup de chantiers ont été ouverts ou accélérés dans un laps de temps relativement court.
L’ambition affichée est d'abord de changer de philosophie. Il ne s'agit plus de considérer le handicap uniquement sous l'angle de l'assistance, mais de passer progressivement à une politique fondée sur les droits, l'égalité des chances, l'accessibilité et l'autonomie.
Cette orientation s'incarne notamment dans le deuxième Plan national de promotion des droits des personnes en situation de handicap. Celui-ci comprend 407 mesures et actions, réparties sur cinq axes stratégiques et élaborées avec la participation de 26 départements ministériels.
500 millions de dirhams et un changement d'échelle
L'effort budgétaire constitue l'un des marqueurs les plus visibles de cette accélération.
Les crédits mobilisés dans le cadre du Fonds d'appui à la protection sociale et à la cohésion sociale sont passés de 203 millions de dirhams en 2020 à 500 millions en 2025, soit une progression annoncée de 164 %. Le dispositif a également permis de financer des aides techniques, des équipements compensatoires et différentes formes d'accompagnement.
Mais l'inclusion ne se mesure pas uniquement à l'argent mobilisé.
Le réseau des centres d'accueil et d'orientation des personnes en situation de handicap est passé de 80 centres en 2021 à 89 en juin 2025, tandis que leur fréquentation est passée de 62 563 personnes à plus de 208 000 bénéficiaires.
Dans le domaine de la réadaptation, le nombre de bénéficiaires des séances de prise en charge est passé de 123 808 en 2021 à 188 303 en 2024.
L'école : 70 000 élèves intégrés
L'un des chiffres les plus significatifs concerne probablement l'éducation.
Le programme national d'éducation inclusive a permis de classer 7 416 établissements scolaires comme inclusifs et d'intégrer 70 000 élèves en situation de handicap dans ces établissements.
Le dispositif comprend également 1 647 salles et espaces de ressources, de réadaptation et d'accompagnement. Plus de 6 000 établissements ont été équipés pour améliorer leur accessibilité.
En parallèle, le soutien aux associations qui prennent en charge la scolarisation et l'accompagnement des enfants en situation de handicap représente 396 millions de dirhams en 2025, au bénéfice de 416 associations encadrant 27 884 enfants.
L'effort touche également le monde rural : le nombre d'enfants bénéficiaires y est passé de 4 195 en 2022 à 7 947, tandis que 74 associations rurales ont bénéficié de plus de 64 millions de dirhams.
Le train à moitié prix : quand l'inclusion devient concrète
Certaines politiques publiques deviennent perceptibles lorsqu'elles modifient un geste quotidien.
C'est le cas de la carte « Idmaj ».
L'accord conclu avec l'Office national des chemins de fer permet aux personnes en situation de handicap de bénéficier d'une réduction pouvant atteindre 50 % sur le prix du billet de train. Pour les personnes aveugles, l'accompagnateur bénéficie également de la réduction.
Sur 20 053 demandes enregistrées, 17 640 avaient déjà été traitées et orientées vers les centres chargés de remettre les cartes aux bénéficiaires.
Le chantier de l'accessibilité s'étend également aux villes. Le programme « Villes accessibles » comptait 45 communes ayant approuvé les conventions correspondantes, contre 21 en 2021, avec neuf communes supplémentaires devant rejoindre le dispositif.
Même évolution concernant les transports urbains récents, les équipements sportifs et certains espaces publics, désormais conçus avec des dispositifs d'accessibilité.
Près de 1 000 recrutements publics
L'autre bataille est celle de l'autonomie économique.
Le bilan indique que 200 postes budgétaires sont réservés chaque année aux personnes en situation de handicap dans le cadre des concours unifiés. Au total, 996 personnes auraient bénéficié des postes créés durant la législature.
À cela s'ajoute la réservation de 7 % des postes budgétaires annoncés annuellement par les administrations, établissements publics et collectivités territoriales.
L'insertion professionnelle ne s'arrête pas à la fonction publique.
Entre 2021 et fin juin 2025, l'ANAPEC a accompagné l'insertion de 1 919 demandeurs d'emploi en situation de handicap. Quelque 1 188 très petites entreprises ont également été accompagnées et 1 318 personnes ont bénéficié du programme Awrach.
Et désormais, la question du vieillissement
Le deuxième grand chantier du Secrétariat d'État concerne une transformation moins spectaculaire mais probablement encore plus profonde : le vieillissement de la société marocaine.
Le document reconnaît explicitement que le Maroc connaît une évolution démographique importante, accompagnée d'une transformation de la structure familiale et des mécanismes traditionnels de solidarité entre générations.
Un Plan national 2023-2030 pour le vieillissement actif a ainsi été élaboré.
Aujourd'hui, le dispositif présenté comprend environ 71 établissements autorisés de protection sociale accueillant quelque 5 100 personnes, auxquels s'ajoutent 46 clubs de jour. Au total, plus de 8 000 personnes âgées bénéficieraient de ces différentes structures. Une enveloppe d'environ 90 millions de dirhams a été consacrée à leur accompagnement et à leur équipement.
Beaucoup a été fait. Le plus difficile commence peut-être maintenant
Ce bilan ne signifie évidemment pas que la question du handicap ou de la dépendance des personnes âgées est réglée au Maroc.
L'accessibilité réelle des villes demeure inégale. L'emploi des personnes handicapées reste un défi considérable. Les familles continuent de supporter une partie importante de la prise en charge. Et une mesure décidée à Rabat ne devient une réalité sociale que lorsqu'elle fonctionne effectivement à Oujda, Errachidia, Casablanca, Tiznit ou dans un douar éloigné.
Mais ce serait également une erreur de ne regarder que ce qui manque.
En peu de temps, plusieurs dossiers longtemps dispersés ont commencé à être transformés en politiques publiques structurées : école, mobilité, emploi, accessibilité, santé, accompagnement social, données statistiques et vieillissement.
Le véritable enjeu sera désormais de mesurer non seulement les budgets engagés, les conventions signées ou les dispositifs créés, mais leur impact réel sur la vie quotidienne.
Car l'inclusion sociale ne se mesure finalement ni au nombre de réunions ni au nombre de textes réglementaires.
Elle se mesure beaucoup plus simplement : à la possibilité d'aller à l'école, de prendre un train, d'obtenir un emploi, d'entrer dans une administration, de vivre dignement avec son handicap ou de vieillir sans être abandonné.
Et c'est probablement à cette aune que devra être jugée la prochaine étape.












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