L'ODJ Média

lodj





Une campagne électorale n’est pas un tribunal et surtout pas un ring, de combat sans foi ni loi


Rédigé par le Mardi 1 Septembre 2026



Une campagne électorale est faite pour se battre. Oui, se battre. Mais avec des idées, des projets, des bilans, des chiffres, des propositions et des visions différentes du Maroc.

Une élection sans confrontation serait d’ailleurs une drôle d’élection. La démocratie suppose le désaccord. Elle suppose que l’on puisse dire qu’une politique a échoué, qu’une promesse n’a pas été tenue, qu’un ministre s’est trompé, qu’un parti propose une mauvaise solution ou qu’un bilan mérite d’être sévèrement contesté.

Il faut pouvoir critiquer. Fortement même.

Mais critiquer n’est pas insulter. Contester n’est pas diffamer. Dénoncer une politique n’autorise pas à salir une personne. Et mener campagne ne devrait jamais signifier transformer l’espace public en gigantesque règlement de comptes.

À quelques semaines d’une échéance électorale importante, nous devrions collectivement nous rappeler cette frontière.

Car une campagne est d’abord un moment privilégié de démocratie.

C’est le moment où les partis doivent expliquer ce qu’ils veulent faire du pouvoir d’achat, de l’emploi, de l’école, de la santé, du logement, de l’eau, de la protection sociale, des retraites, de la fiscalité, de l’investissement, de la transition énergétique ou encore de l’intelligence artificielle.

C’est le moment où chacun doit répondre à quelques questions finalement très simples : qu’avez-vous fait lorsque vous étiez aux responsabilités ? Qu’est-ce qui a fonctionné ? Qu’est-ce qui a échoué ? Que voulez-vous changer ? Combien cela coûtera-t-il ? Comment le financerez-vous ? Et dans combien de temps les Marocains en verront-ils concrètement les résultats ?

Voilà une campagne. Elle peut être dure. Elle doit même parfois l’être.

On doit pouvoir opposer un bilan à une promesse. Un chiffre à un discours. Une réalité à un slogan. Une conception de la société à une autre.

Mais lorsque les arguments disparaissent, les attaques personnelles commencent souvent à prendre leur place.

On ne parle alors plus du chômage, mais de celui qui parle du chômage.
On ne discute plus d'une réforme, mais des intentions supposées de celui qui la propose.
On ne répond plus à un adversaire : on cherche à le disqualifier.

Puis arrivent les petites phrases, les insinuations, les procès d’intention, les vieilles rancœurs ressorties opportunément, les captures d’écran sorties de leur contexte et, désormais, les rumeurs amplifiées à la vitesse des réseaux sociaux.

À ce jeu-là, personne ne gagne vraiment. Certainement pas la politique. Et encore moins les citoyens. Car les Marocains ne sont pas seulement spectateurs de la campagne. Ils doivent en être les véritables destinataires.

Ce sont eux qui attendent des réponses.

Un jeune qui cherche son premier emploi se moque probablement de savoir quel responsable politique déteste personnellement quel autre responsable politique.

Une famille confrontée à la hausse du coût de la vie n’attend pas une nouvelle polémique sur les réseaux sociaux.

Un entrepreneur qui peine à financer son activité ne sera pas rassuré par une conférence de presse consacrée à régler de vieux comptes.

Ils veulent savoir ce qui changera dans leur vie. La campagne électorale devrait précisément servir à cela.

Et cette exigence vaut pour tout le monde : majorité comme opposition, grands partis comme petites formations, candidats comme militants, responsables politiques comme commentateurs.

La critique du bilan gouvernemental est légitime. La critique de l’opposition l’est tout autant.

L’interpellation sur les responsabilités, les contradictions, les conflits d’intérêts éventuels ou les décisions publiques est indispensable à la démocratie lorsqu’elle repose sur des faits vérifiés.

Mais il existe une différence fondamentale entre demander des comptes et régler ses comptes.

La première démarche appartient à la démocratie.
La seconde appartient aux rancœurs.

Il faudra également résister à une tentation particulièrement dangereuse pendant cette campagne : croire que la violence verbale serait une preuve de courage politique.

Elle ne l’est pas. Le courage consiste parfois à regarder son propre bilan avec lucidité. À reconnaître ce qui n’a pas marché. À défendre ce qui a réussi. À expliquer ses choix. À accepter la contradiction. Et surtout à proposer mieux.

Nous avons besoin d’une campagne vivante, passionnée, contradictoire.

Pourquoi pas de grands débats publics entre responsables politiques ?
Pourquoi pas des confrontations chiffrées entre programmes ?
Pourquoi pas des débats sur le financement des promesses ?
Pourquoi pas demander à chaque formation politique de présenter ses priorités pour les cent premiers jours, puis pour les cinq prochaines années ?

Voilà des affrontements qui seraient utiles.

Parce qu'au soir d'une élection, il faudra bien gouverner. Les insultes ne gouvernent pas. Les invectives ne créent aucun emploi. Les accusations sans preuve ne construisent aucune école. Les attaques personnelles ne font baisser aucun prix. Et les règlements de comptes ne dessinent aucun avenir.

Le Maroc mérite une campagne politique à la hauteur des transformations qu’il connaît et des attentes de sa nouvelle génération.

Une campagne où l’on puisse s’opposer sans se haïr.
Se confronter sans se salir.
Critiquer sans diffamer.
Être ferme sans être injurieux.

Et surtout débattre de ce qui devrait rester au centre de toute élection : quel Maroc voulons-nous construire, comment voulons-nous le construire et qui est capable d’en assumer la responsabilité ?

Que la campagne soit rude, donc. Mais qu’elle soit politique. Ce serait déjà une belle victoire de la démocratie.





Mardi 1 Septembre 2026

Breaking news | Info en affiche | Gaming | Communiqué de presse | Eco Business | Digital & Tech | Santé & Bien être | Lifestyle | Culture & Musique & Loisir | Sport Maroc | Auto-moto | Room | Podcasts R212 | Les dernières émissions de L'ODJ TV | Last Conférences & Reportages | Bookcase | LODJ Média


Bannière Lodj DJ






LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html








Agenda Culturel








Vos contributions
LODJ Vidéo