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En Inde, les démolitions de mosquées ravivent le procès de la « justice au bulldozer »


Rédigé par La rédaction le Mercredi 26 Août 2026

Plusieurs lieux musulmans ont été détruits dans des territoires dirigés par le BJP. Les autorités invoquent des occupations illégales, tandis que des associations dénoncent une application sélective du droit.



Des médias et des associations font état d’au moins 23 lieux religieux musulmans détruits en 45 jours dans des territoires gouvernés par le BJP. Plusieurs cas sont établis, mais leur total exact et leur conformité juridique restent à documenter.

En Inde, le bulldozer est devenu davantage qu’un engin de chantier. Il est désormais le symbole d’une controverse nationale sur la manière dont le droit de l’urbanisme et de la propriété est appliqué aux minorités.

Selon un décompte publié en juin par le média Muslim Mirror, plus de 23 mosquées, madrasas, mausolées soufis et espaces de prière auraient été démolis en 45 jours dans six territoires gouvernés par le Bharatiya Janata Party, le parti du Premier ministre Narendra Modi. Cette comptabilité a été reprise par plusieurs organisations musulmanes, mais elle ne peut être considérée comme un bilan officiel consolidé. 

Le phénomène, en revanche, n’est pas fictif. Des démolitions ont été documentées à Delhi, dans l’Uttar Pradesh et au Rajasthan. Dans les districts frontaliers de Barmer et Jaisalmer, les autorités ont mené des opérations contre des bâtiments présentés comme des empiètements sur des terres publiques, pastorales ou agricoles. À Malana, une mosquée a notamment été rasée dans le cadre d’une campagne visant les constructions irrégulières près de la frontière avec le Pakistan.

La justification officielle repose sur le droit foncier et, dans certaines zones frontalières, sur des impératifs de sécurité. Les opposants et les organisations de défense des droits ne contestent pas que l’État puisse démolir une construction réellement illégale. Ils demandent toutefois pourquoi les opérations recensées semblent se concentrer sur des institutions musulmanes et si les mêmes critères sont appliqués aux édifices appartenant à d’autres communautés.

Cette interrogation intervient dans un climat déjà tendu. Depuis plusieurs années, des gouvernements régionaux dirigés par le BJP utilisent la démolition contre des biens associés à des personnes accusées de violences ou d’infractions. Les critiques ont baptisé cette pratique « justice au bulldozer », estimant qu’elle transforme une mesure administrative en sanction publique.

En novembre 2024, la Cour suprême a rappelé qu’un État de droit ne pouvait punir un suspect en détruisant son bien. Elle a imposé des notifications préalables, des délais de recours et une documentation des opérations, tout en maintenant certaines exceptions liées aux empiètements manifestes sur l’espace public.

Le véritable enjeu dépasse donc le seul décompte des bâtiments rasés. Une démolition peut être légalement fondée et néanmoins devenir politiquement suspecte si les critères de contrôle sont opaques ou appliqués de façon inégale. À New Delhi comme dans les capitales régionales, il revient désormais aux autorités de démontrer, documents fonciers et procédures à l’appui, que le bulldozer applique la loi — et non une préférence religieuse.



 





Mercredi 26 Août 2026

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