Ce type d’instrument financier, souvent réservé aux acteurs institutionnels, est loin d’être anodin. Il s’agit d’une obligation qui n’a pas de date de remboursement fixe : elle est dite perpétuelle. Autrement dit, son détenteur touche une rémunération annuelle sans que l’émetteur soit tenu de rembourser le capital à une échéance définie et ce, tant que les conditions de marché et réglementaires le permettent.
L’opération a été réalisée en placement privé et s’inscrit dans le cadre de l’article 3 de la loi 44-12 relative à l’appel public à l’épargne. Elle porte sur 10 000 obligations subordonnées, chacune ayant une valeur nominale de 100 000 dirhams. Cette structure, complexe pour le grand public, est pensée pour répondre avant tout à un impératif prudentiel : renforcer les fonds propres de la banque une exigence incontournable dans un monde bancaire où les normes internationales de solidité financière se renforcent année après année.
À la lumière des dernières données publiées par Bank Al-Maghrib, le taux monétaire à 52 semaines, qui sert de référence pour le calcul du rendement de ces titres, était de 2,31 % à la date du 19 décembre 2025. À ce taux s’ajoute une prime de risque de 200 points de base, ce qui porte le rendement brut servi la première année à 4,31 % une rémunération susceptible d’évoluer à mesure que les taux d’intérêt de référence changent.
Cependant, ce type de placement n’est pas sans contraintes. Les obligations subordonnées perpétuelles ne bénéficient d’aucune garantie de remboursement et sont négociées de gré à gré, hors Bourse, ce qui les rend peu liquides pour un investisseur non professionnel.
Un signal fort aux marchés et aux acteurs institutionnels
Derrière ces chiffres parfois arides, c’est une confiance des investisseurs dans la solidité de la BCP qui ressort. Ce type d’instrument — bien que technique est prisé par les institutionnels recherchant des rendements ajustés au risque tout en contribuant à l’ossature capitalistique des banques. À une époque où la Banque Centrale Populaire accélère sa transformation, avec des opérations majeures comme la prise de contrôle total d’Atlantic Business International (ABI) pour 1,88 milliard de dirhams fin décembre 2025, ce nouveau jalon s’inscrit dans une stratégie expansive et robuste.
Sur les marchés, ces émissions servent aussi de baromètre de liquidité et d’appétit pour le risque bancaire. Rappelons que d’autres établissements, comme Bank of Africa, ont eux aussi réalisé des émissions similaires récemment, également autour du milliard de dirhams, signe d’une tendance plus large dans le secteur marocain vers des instruments hybrides renforçant les fonds propres tout en diversifiant les sources de financement.
Les responsables de la BCP ont souligné dans leur communiqué que cette émission vise à conforter la capacité de la banque à soutenir l’économie nationale, à répondre aux exigences prudentielles tout en diversifiant ses sources de ressources financières. C’est un message clair envoyé aux partenaires institutionnels et aux marchés : le système bancaire marocain sait innover et s’adapter dans un environnement de taux volatil et d’incertitudes économiques mondiales.
Pour le grand public marocain, en particulier les lecteurs âgés de 24 à 54 ans sensibles aux enjeux économiques, cette opération illustre une réalité souvent méconnue : derrière les grands titres, c’est bien souvent une architecture financière complexe mais structurante qui forge la solidité de nos institutions. Dans un pays où la liberté d’initiative économique est encouragée, comprendre ces mécanismes permet aussi de mieux saisir les dynamiques qui influencent l’accès au crédit, l’épargne et la confiance dans le système financier national.












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