Organisé dans la magnifique grande salle de Batha, en partenariat entre l’OIA – Observatoire de l’Intelligence Artificielle et l’École Normale Supérieure de Fès, cet événement a constitué bien plus qu’une simple rencontre autour de l’intelligence artificielle.
À l’heure où les grands modèles conversationnels occupent le devant de la scène médiatique et économique mondiale, il devenait nécessaire de revenir aux fondamentaux scientifiques, techniques, éthiques et culturels de ces technologies.
Les échanges ont ainsi porté sur les enjeux de l’éthique, le respect du cadre juridique, la responsabilité dans l’usage des données, ainsi que sur les transformations profondes que ces systèmes provoquent dans les organisations, les métiers, l’enseignement et les relations humaines.
Mais le cœur des discussions a surtout concerné ce que les modèles LLM ne disent pas.
Depuis plusieurs années, Wald Maâlam rappelle que les grands modèles de langage sont souvent présentés comme des formes d’intelligence quasi humaines, alors qu’ils demeurent avant tout des constructions informatiques et statistiques extrêmement sophistiquées, inscrites dans la longue trajectoire historique de l’évolution de la science informatique.
Les participants ont ainsi échangé sur les limites réelles des LLM, leurs biais culturels et linguistiques, leur dépendance aux infrastructures étrangères, les risques de standardisation cognitive, la concentration du pouvoir technologique, ainsi que les enjeux de souveraineté numérique et cognitive pour des pays comme le Maroc.
Wald Maâlam a notamment rappelé une distinction qu’il défend depuis longtemps : un algorithme n’est pas un logiciel.
Dans cette perspective, le Café IA a également donné lieu à des démonstrations concrètes autour de la conception d’un modèle LLM pseudo-local, entraîné à partir de données contextualisées marocaines — et même, pourrait-on dire, “fassies”.
L’objectif de ces démonstrations n’était pas de prétendre concurrencer les géants mondiaux de l’IA, mais d’illustrer une idée fondamentale : il est possible de construire des systèmes conversationnels davantage enracinés dans les réalités culturelles, linguistiques et sociales locales.
Cette approche rejoint la vision défendue par l’OIA : promouvoir une IA frugale, explicable, souveraine et culturellement responsable.
L’un des messages les plus importants de cette rencontre fut sans doute celui-ci : le Maroc dispose aujourd’hui d’une opportunité historique.
Encore faut-il ne pas subir cette révolution. Pour Wald Maâlam, la question n’est pas seulement de consommer des outils conçus ailleurs, mais de comprendre les logiques qui les structurent, d’en maîtriser les mécanismes et d’y intégrer nos propres références intellectuelles, linguistiques et culturelles.
Le véritable enjeu n’est donc pas simplement technologique. Il est aussi éducatif, culturel, épistémologique, économique, stratégique et civilisationnel.
Dans un contexte mondial marqué par une accélération sans précédent de l’innovation numérique, le Café IA de Fès aura ainsi rappelé qu’il existe une autre manière d’aborder l’intelligence artificielle : une approche plus humaine, plus systémique, plus critique et davantage enracinée dans les réalités locales.
Car derrière les modèles, les données et les infrastructures, il y a une question fondamentale : quelle intelligence voulons-nous réellement construire pour notre société ?
Par Dr Az-Eddine Bennani.












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Wald Maâlam face au nouveau patronat marocain : et si l’artisanat devenait le sixième axe stratégique ?











