Ce document mérite d'être lu bien au-delà des frontières françaises.
Depuis de nombreuses années, je défends une idée simple : l'intelligence artificielle est de l'informatique.
Les logiciels d'IA constituent une nouvelle génération de logiciels rendue possible par les progrès des mathématiques, des statistiques, de la puissance de calcul et de la disponibilité des données.
Ce qui change aujourd'hui n'est pas leur nature informatique, mais leur capacité à produire, transformer, diffuser et exploiter des connaissances à une échelle inédite.
C'est pourquoi la question culturelle devient aujourd'hui une question de souveraineté numérique.
Il rappelle également que la souveraineté culturelle ne pourra être assurée sans une véritable capacité technologique et industrielle. J'aimerais cependant prolonger cette réflexion.
Lorsque l'on parle de culture à l'ère de l'intelligence artificielle, on pense spontanément aux bibliothèques, aux archives, aux musées, aux livres, aux films, à la musique, au théâtre ou aux œuvres d'art. Mais la culture est bien davantage.
Au Maroc, elle est présente dans les médinas, les ksour, les kasbahs, les villages, les montagnes, les oasis et les villes modernes.
Cette diversité constitue une immense richesse, mais aussi une formidable base de connaissances.
Or les logiciels d'intelligence artificielle apprennent principalement à partir de contenus numériques. Ce qui n'est ni documenté, ni structuré, ni numérisé risque progressivement de devenir absent des futurs systèmes d'IA.
La souveraineté numérique ne peut donc plus être réduite aux centres de données, aux infrastructures cloud, aux semi-conducteurs ou aux modèles de langage. Elle dépend également de la capacité d'une nation à préserver, organiser et transmettre ses connaissances : connaissances scientifiques, mais aussi connaissances culturelles, langues, patrimoines matériels et immatériels, savoir-faire et traditions vivantes.
Dans cette réflexion, les Snahia et les Maâlam occupent naturellement une place importante, non parce qu'ils résument à eux seuls la culture marocaine, mais parce qu'ils illustrent parfaitement cette connaissance qui se transmet davantage par le geste, l'observation et l'expérience que par l'écrit.
Le Maroc gagnerait à engager une réflexion similaire. Après les élections législatives prévues à la fin du mois de septembre, je forme le vœu que la Commission de l'enseignement, de la culture et de la communication de la Chambre des représentants se saisisse, à son tour, de cette question.
Une mission d'information ou un rapport parlementaire consacré aux relations entre l'intelligence artificielle, la culture, les industries culturelles, le patrimoine matériel et immatériel, les langues nationales et les savoir-faire traditionnels permettrait d'ouvrir un débat national utile.
Ce travail pourrait réunir les acteurs de la culture, les universités, les chercheurs, les professionnels du numérique, les institutions patrimoniales, les créateurs, les artistes, les représentants des métiers d'art, les entreprises et les pouvoirs publics.
Car l'avenir de l'intelligence artificielle dépendra moins des logiciels eux-mêmes — qui restent des logiciels informatiques — que de la richesse, de la diversité et de la qualité des connaissances humaines que chaque nation aura su préserver, structurer et transmettre aux générations futures.












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Le 2 août 2026, l’Europe étiquettera l’IA. Mais saura-t-elle reconnaître l’auteur ?











