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Ce soir, un espoir, un doute, mais toujours le fair-play


Rédigé par le Lundi 29 Juin 2026

Ce soir, le Maroc entre dans un autre temps de sa Coupe du monde. Face aux Pays-Bas, les Lions de l’Atlas ont rendez-vous avec une équipe solide, expérimentée, habituée aux grands soirs. Il y a de l’espoir, forcément. Il y a aussi ce doute que les vrais supporters connaissent bien. Mais il reste une exigence : soutenir les nôtres sans abandonner ce qui fait notre force, notre dignité et notre fair-play.



Maroc–Pays-Bas : le Mondial 2026 ne laisse aucune place aux calculs

Depuis quelques jours, les discussions ont envahi les cafés, les groupes WhatsApp, les bureaux, les voitures coincées dans les embouteillages de Rabat ou Casablanca. Chacun a son onze de départ. Chacun a son schéma tactique. Chacun, surtout, a une conviction profonde : ce match-là ne ressemble pas tout à fait aux autres.

C’est le propre des grands rendez-vous. Ils font monter le cœur plus vite que d’habitude.

Le Maroc joue les Pays-Bas. Sur le papier, le décor est impressionnant. Une sélection européenne au riche passé, des joueurs habitués aux grands championnats, une équipe qui a de la vitesse, du métier, de la densité physique. Rien ne sert de faire semblant. Les Oranje ne sont pas arrivés là par hasard. Ils constituent un adversaire sérieux, ambitieux, organisé. Un adversaire qui ne donnera rien.

Mais depuis quand les Marocains ont-ils demandé des routes faciles ?

La Coupe du monde n’est pas un concours de confort. Elle ne récompense pas ceux qui choisissent leur voisin de table ou évitent les équipes qui font peur. Elle exige de regarder les meilleurs dans les yeux. Parfois de souffrir. Parfois de tenir sans ballon. Parfois de courir après une ombre, puis de saisir une seule occasion, la bonne, celle qui bascule une soirée et, avec elle, l’humeur d’un pays entier.

Le Maroc a appris cela. Il l’a appris dans son histoire récente, avec cette génération qui a changé le regard du monde sur le football africain et arabe. On se souvient de 2022, de ces nuits où les familles restaient collées à l’écran, où les cafés vibraient au moindre tacle, où les klaxons éclataient comme un feu d’artifice avant même le coup de sifflet final. Ce souvenir ne doit pas devenir un poids. Il doit rester une preuve : les Lions sont capables de franchir des montagnes lorsqu’ils jouent avec discipline, courage et confiance.

Ce soir, il ne s’agit pas de rejouer le passé. Il faut écrire une page différente.

Autour d’un match aussi chargé, les mots peuvent vite devenir plus lourds que le ballon. Une déclaration mal interprétée, une vidéo sortie de son contexte, une petite provocation sur les réseaux sociaux, et voilà qu’on demande à tout un peuple de se mettre en colère. C’est exactement le piège.

Le football moderne adore fabriquer des tensions. Il nourrit des rivalités, transforme des supporters en procureurs, pousse parfois à oublier que derrière les maillots, il y a des sportifs, des familles, des parcours. Marocains et Néerlandais partagent d’ailleurs une histoire humaine singulière. Beaucoup de familles marocaines ont construit leur vie aux Pays-Bas. Plusieurs joueurs connaissent intimement les deux cultures, les deux langues, les deux mémoires. Cette rencontre ne devrait pas être réduite à un concours de rancœurs importées ou à une bataille de commentaires agressifs.

Il faut être lucide : il y aura des provocations, des excès, des phrases inutiles. Il y en a toujours. Certains chercheront à opposer les communautés, à créer du bruit autour de détails qui ne méritent même pas une minute d’attention. D’autres voudront faire croire qu’un match de football résume tout : l’immigration, l’identité, les blessures du passé, les débats politiques, les frustrations sociales.

Non. Un match reste un match, même lorsqu’il fait battre très fort les cœurs.

Le meilleur soutien que nous puissions apporter aux Lions de l’Atlas consiste à protéger leur concentration. À ne pas les enfermer dans une guerre de nerfs fabriquée depuis les téléphones. À ne pas leur demander de porter sur leurs épaules davantage que ce qu’exige déjà une Coupe du monde.

Les joueurs savent ce qu’ils ont à faire. Ils connaissent la pression. Ils connaissent les attentes, parfois démesurées, d’un public marocain qui aime fort, très fort, et qui souffre autant qu’il espère. Ils savent aussi qu’au plus haut niveau, les détails comptent : une relance manquée, un marquage oublié, une seconde de retard, un ballon perdu bêtement au milieu du terrain. Le football ne pardonne pas toujours. Il ne récompense pas non plus les discours les plus bruyants.

Il récompense souvent les équipes qui restent elles-mêmes.

C’est là que les supporters ont un rôle. Soutenir, ce n’est pas seulement publier un drapeau rouge et vert. Ce n’est pas insulter l’arbitre avant même le match, ni annoncer une victoire comme si elle nous était due. Soutenir, c’est croire sans aveuglement. Encourager sans déraper. Défendre les siens sans rabaisser les autres.

Le doute existe, et il serait presque suspect de prétendre le contraire. Les Pays-Bas ont des arguments. Leur expérience peut peser. Leur puissance offensive aussi. Certains Marocains regardent ce match avec une boule au ventre, parce qu’ils savent qu’un rendez-vous mondial peut basculer en quelques minutes.Ce doute ne doit pas devenir de la peur.

Fair-play et fierté marocaine : la vraie force d’un peuple derrière son équipe

Il y a une belle formule, souvent entendue dans les tribunes, qui dit que les musiciens sont payés à la fin du bal. Elle mérite d’être gardée en tête. Avant le coup de sifflet final, tout le reste n’est que bruit : les pronostics, les experts improvisés, les polémiques, les statistiques qui tournent sans fin, les scénarios écrits à l’avance.

Ce soir, les joueurs ont leur partition. Les supporters ont la leur.

Aux Lions de l’Atlas de mettre de l’intensité, de la rigueur, de la fierté dans chaque duel. De ne pas se laisser emporter par l’urgence si le match devient compliqué. De jouer leur football, sans complexe mais sans arrogance. Une équipe qui veut grandir doit savoir attaquer, résister, se réorganiser, accepter les moments moins brillants. Il y aura peut-être des instants de frustration. Des décisions contestables. Un public adverse bruyant. Une séquence où il faudra défendre à onze et respirer très fort.

C’est aussi cela, le très haut niveau.

Aux Marocains, au pays comme dans la diaspora, de faire entendre une force différente : celle d’un peuple qui aime son équipe sans perdre son élégance. Il y a quelque chose de précieux dans cette ferveur marocaine lorsqu’elle reste fraternelle. On l’a vu dans les rues de Doha, dans les quartiers de Bruxelles, d’Amsterdam, de Montréal, de Madrid, de Paris et bien sûr dans chaque ville du Royaume. Le maillot rassemble. Il réveille une fierté qui dépasse les générations.

Un père explique le hors-jeu à son fils. Une mère prépare le thé en regardant l’horloge. Un grand-père, pourtant peu convaincu par le football moderne, finit par s’asseoir devant l’écran. Dans les cafés, les inconnus deviennent des frères pendant quatre-vingt-dix minutes. Voilà ce que le Maroc sait produire lorsqu’il joue un grand match : une émotion collective, populaire, simple, immense.

Il faut préserver cela.

Que les Pays-Bas gagnent ou que le Maroc s’impose, une règle ne devrait jamais être négociable : le respect. Respect de l’adversaire. Respect de l’arbitre, même lorsque ses décisions irritent. Respect de nos propres joueurs, y compris si l’un d’eux rate une occasion ou commet une erreur. Un pays qui rêve grand doit aussi apprendre à perdre avec dignité, si le sort lui est défavorable. C’est douloureux, personne ne le niera. Mais c’est la condition pour mieux revenir.

La victoire, elle, serait une nouvelle preuve de maturité. Pas seulement sportive. Une confirmation que le Maroc avance avec une génération capable de rivaliser avec les grandes nations sans demander la permission. Une génération qui ne se contente plus de participer. Qui veut peser, durer, inspirer.

Ce soir, il y aura un espoir immense. Il y aura du doute, parce qu’il y en a toujours avant les matchs qui comptent vraiment. Mais il y aura surtout cette confiance silencieuse, presque têtue, qui appartient aux supporters marocains.

Pas besoin d’inventer des ennemis. Pas besoin de répondre à chaque provocation. Pas besoin de jouer le match avant les joueurs.

Gardons nos nerfs. Gardons notre classe. Gardons cette énergie positive qui traverse les maisons, les cafés et les écrans.

Et quand l’arbitre donnera le coup d’envoi, que chacun fasse sa part.

Dima Maghrib.





Lundi 29 Juin 2026

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