Par 339 voix contre 225 et 16 abstentions, le Parlement européen a adopté une résolution particulièrement sévère sur la crise de Ceuta. À Madrid, le Parti populaire y voit une confirmation de ses accusations contre le Maroc. La lecture du texte officiel révèle pourtant une position plus complexe : Bruxelles qualifie les événements, exige davantage de Rabat, mais ne tranche pas la question de leur commanditaire.
La différence tient à quelques mots, mais elle est politiquement considérable.
Dans sa résolution du 17 septembre, le Parlement européen condamne les franchissements irréguliers massifs « depuis le Maroc, par voie terrestre et maritime » et dénonce « l’instrumentalisation de la migration irrégulière comme outil de guerre hybride contre l’intégrité territoriale d’un État membre ». Le vocabulaire est inhabituellement dur. La procédure parlementaire elle-même porte d’ailleurs sur les « récentes attaques hybrides et l’instrumentalisation des migrants à Ceuta ».
Mais le texte ne franchit pas une étape supplémentaire : il ne déclare pas que le gouvernement marocain a conçu, ordonné ou coordonné cette opération.
C’est précisément là que commence la bataille d’interprétation.
Le PP va plus loin que le texte : Depuis le début de septembre, Alberto Núñez Feijóo affirme que l’opération « est partie du Maroc », qu’elle aurait été consentie par les autorités marocaines et que certains éléments laisseraient penser à une coordination. Le dirigeant du PP a également évoqué un « possible acte de guerre hybride ». Ces affirmations constituent la lecture politique du principal parti d’opposition espagnol ; elles ne sont pas une conclusion de la résolution européenne.
Le Parlement demande en revanche clairement aux autorités marocaines de respecter leurs engagements concernant le contrôle des frontières, la lutte contre les réseaux de passeurs, l’identification des personnes et les réadmissions. Il avertit également que les avantages liés au marché européen et aux financements européens doivent aller de pair avec une coopération effective.
La pression sur Rabat est donc réelle. L’attribution de la responsabilité de l’opération reste, elle, ouverte.
Même différence sur les retours. Feijóo a résumé le vote en affirmant que « tous ceux qui sont entrés depuis le Maroc doivent revenir ». Le texte européen demande en réalité le retour rapide des personnes « qui n’ont pas le droit de rester dans l’Union », y compris des mineurs non accompagnés, dans le respect du droit européen et international. Ce n’est juridiquement pas exactement la même chose.
Madrid également dans le viseur : La résolution est d’ailleurs loin d’être exclusivement dirigée contre Rabat. Le gouvernement de Pedro Sánchez y est sévèrement critiqué.
Le Parlement estime notamment que la politique espagnole de régularisation à grande échelle peut produire un « effet d’appel » et demande à Madrid d’utiliser pleinement les mécanismes européens et les ressources disponibles pour protéger la frontière extérieure de l’Union.
Le vote devient ainsi une pièce supplémentaire dans l'affrontement entre le PP et le gouvernement Sánchez : le Maroc est un sujet du texte, mais la gestion espagnole de la crise en est un autre.
La comparaison avec 2021 est particulièrement éclairante.
Après la précédente crise de Ceuta, le Parlement européen avait alors expressément consacré sa résolution à « l’utilisation de mineurs par les autorités marocaines » et rejeté l’utilisation par le Maroc du contrôle des frontières et de la migration comme moyen de pression politique sur l’Espagne. L’attribution était explicite.
En septembre 2026, les mots sont paradoxalement plus lourds — « invasion », « guerre hybride », « instrumentalisation » — mais la responsabilité étatique est formulée avec davantage de prudence.
Cette prudence n’est probablement pas accidentelle. La veille du vote, le Parlement avait lui-même réclamé une enquête « indépendante et exhaustive » afin d’établir qui avait planifié et exécuté les événements et quels objectifs étaient poursuivis. Demander que la responsabilité soit établie revient précisément à reconnaître qu’elle ne l’est pas encore définitivement.
Le Parlement européen a donc durci le rapport de force avec Rabat. Mais entre dire qu’il y a eu instrumentalisation migratoire et établir qui l’a organisée demeure une frontière juridique et politique que la résolution du 17 septembre n’a pas franchie.
La différence tient à quelques mots, mais elle est politiquement considérable.
Dans sa résolution du 17 septembre, le Parlement européen condamne les franchissements irréguliers massifs « depuis le Maroc, par voie terrestre et maritime » et dénonce « l’instrumentalisation de la migration irrégulière comme outil de guerre hybride contre l’intégrité territoriale d’un État membre ». Le vocabulaire est inhabituellement dur. La procédure parlementaire elle-même porte d’ailleurs sur les « récentes attaques hybrides et l’instrumentalisation des migrants à Ceuta ».
Mais le texte ne franchit pas une étape supplémentaire : il ne déclare pas que le gouvernement marocain a conçu, ordonné ou coordonné cette opération.
C’est précisément là que commence la bataille d’interprétation.
Le PP va plus loin que le texte : Depuis le début de septembre, Alberto Núñez Feijóo affirme que l’opération « est partie du Maroc », qu’elle aurait été consentie par les autorités marocaines et que certains éléments laisseraient penser à une coordination. Le dirigeant du PP a également évoqué un « possible acte de guerre hybride ». Ces affirmations constituent la lecture politique du principal parti d’opposition espagnol ; elles ne sont pas une conclusion de la résolution européenne.
Le Parlement demande en revanche clairement aux autorités marocaines de respecter leurs engagements concernant le contrôle des frontières, la lutte contre les réseaux de passeurs, l’identification des personnes et les réadmissions. Il avertit également que les avantages liés au marché européen et aux financements européens doivent aller de pair avec une coopération effective.
La pression sur Rabat est donc réelle. L’attribution de la responsabilité de l’opération reste, elle, ouverte.
Même différence sur les retours. Feijóo a résumé le vote en affirmant que « tous ceux qui sont entrés depuis le Maroc doivent revenir ». Le texte européen demande en réalité le retour rapide des personnes « qui n’ont pas le droit de rester dans l’Union », y compris des mineurs non accompagnés, dans le respect du droit européen et international. Ce n’est juridiquement pas exactement la même chose.
Madrid également dans le viseur : La résolution est d’ailleurs loin d’être exclusivement dirigée contre Rabat. Le gouvernement de Pedro Sánchez y est sévèrement critiqué.
Le Parlement estime notamment que la politique espagnole de régularisation à grande échelle peut produire un « effet d’appel » et demande à Madrid d’utiliser pleinement les mécanismes européens et les ressources disponibles pour protéger la frontière extérieure de l’Union.
Le vote devient ainsi une pièce supplémentaire dans l'affrontement entre le PP et le gouvernement Sánchez : le Maroc est un sujet du texte, mais la gestion espagnole de la crise en est un autre.
La comparaison avec 2021 est particulièrement éclairante.
Après la précédente crise de Ceuta, le Parlement européen avait alors expressément consacré sa résolution à « l’utilisation de mineurs par les autorités marocaines » et rejeté l’utilisation par le Maroc du contrôle des frontières et de la migration comme moyen de pression politique sur l’Espagne. L’attribution était explicite.
En septembre 2026, les mots sont paradoxalement plus lourds — « invasion », « guerre hybride », « instrumentalisation » — mais la responsabilité étatique est formulée avec davantage de prudence.
Cette prudence n’est probablement pas accidentelle. La veille du vote, le Parlement avait lui-même réclamé une enquête « indépendante et exhaustive » afin d’établir qui avait planifié et exécuté les événements et quels objectifs étaient poursuivis. Demander que la responsabilité soit établie revient précisément à reconnaître qu’elle ne l’est pas encore définitivement.
Le Parlement européen a donc durci le rapport de force avec Rabat. Mais entre dire qu’il y a eu instrumentalisation migratoire et établir qui l’a organisée demeure une frontière juridique et politique que la résolution du 17 septembre n’a pas franchie.












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